Abbe J-S

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mercredi 18 février 2015

Homélie du 18 février 2015, pour le Mercredi des Cendres (Sur le Ps 50)

Nous venons de réciter ensemble le Psaume 50e, le Miserere, une très belle et célèbre prière, un vrai bijou du Psautier. Le Pape saint Jean-Paul II considérait ce psaume comme « la méditation la plus profonde sur la faute et sur la grâce ». Cette méditation nous ouvre aujourd'hui le temps quadragésimal, le saint temps du Carême.
« Miserere mei, Deus : secundum magnam misericordiam tuam, Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton grand amour miséricordieux », le psalmiste – ou le roi David, selon la tradition juive ainsi que la tradition chrétienne, implore d'abord la miséricorde de Dieu, la puissante miséricorde qui est capable d'effacer le péché, de purifier le pécheur en le lavant tout entier de sa grâce. Ces quelques premiers versets nous font entendre le motif de tout le psaume – le pécheur s’adresse à un Dieu riche d'amour et capable de pardon, un Dieu sensible, un Dieu qui se laisse toucher et qui sauve.
Cependant, une telle vision de Dieu suppose en même temps une vision sincère et honnête du pécheur sur lui-même. Dans l'exemple du psalmiste, il s'agit de la contrition, dire à Dieu : « Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi ». Il est question de se regarder en vérité. Il est question de se présenter devant Dieu avec sa misère et dans sa nudité : c'est bien mon péché qui est devant moi, non celui d'un autre ; et il est tellement présent devant moi, comme une poutre dans mon œil, il m'accuse et il me rend aveugle.
Mais qu'est-ce que le péché ?
Le mot « péché » vient du mot hébreu « pesha », « il exprime la rébellion d'un sujet à l'égard de son souverain » ; et pour le croyant, il ne signifie rien de moins que « un défi ouvert lancé à Dieu et son projet pour l'histoire humaine » (Jean-Paul II). C'est pourquoi le psalmiste continue en disant : « Contre toi et toi seul j'ai péché, ce qui est mal à tes yeux je l'ai fait ». Ce verset touche en effet le sens profond du péché : « le péché n'est donc pas une simple question psychologique ou sociale, mais c'est un événement qui entame la relation avec Dieu, en violant sa loi, en refusant son dessein, en détruisant l'échelle des valeurs, ''en faisant des ténèbres la lumière et de la lumière les ténèbres'', c'est-à-dire ''en appelant le mal bien et le bien mal'' (cf. Is 5,20). Avant d'être une quelconque injure faite à l'homme, le péché est tout d'abord une trahison à l'égard de Dieu ». (Jean-Paul II)
Si le péché est d'abord et surtout une trahison à l'égard de Dieu, il abîme inévitablement notre relation avec Lui. Et par conséquent, le pardon du péché n'est rien d'autre que la réparation de cette relation blessée : elle est blessée par notre péché, mais Dieu seul capable de la réparer, c'est pourquoi le psalmiste se met en présence de Dieu et il s'accuse.
Le pécheur s’accuse devant Dieu : les plus âgés entre nous gardent peut-être encore ce souvenir que dans le temps d'autrefois, dans la confession on commençait toujours son aveu par « Je m'accuse ». Cette formule n'est plus exigée aujourd'hui sans doute à cause de sa connotation très grave. Cependant, nous pouvons voir dans l'exemple du psalmiste qu'il est nécessaire de se reconnaître pécheur devant Dieu et nommer son péché avec courage et humilité, afin de reconstruire avec le Seigneur une relation nouvelle, vraie et juste.
Mais il est aussi important de souligner que cette auto-accusation n'est en aucun cas une simple culpabilisation qui nous fait replier sur nous-mêmes ; en effet, elle est un véritable acte de foi et d'espérance. Regardons le psalmiste, en se reconnaissant pécheur, il demande à Dieu la purification : oui le péché m'a souillé, mais toi mon Créateur, tu sais que je ne peux pas être réduit à mon péché, puisque c'est Toi qui m'as créé, tu m'as créé selon ton image et j'ai été bon et innocent à l’origine ; alors si tu daignes effacer mon péché, si tu daignes me recréer par ta miséricorde, moi pécheur, je serai de nouveau pur comme une créature nouvelle : « Purifie-moi avec l'hysope, et je serai pur ; lave-moi et je serai blanc, plus que la neige », ce verset 9 que nous n'avons pas récité dans la liturgie d’aujourd’hui est pourtant une clef pour comprendre tout le psaume 50e.
Oui, la miséricorde divine est infiniment plus grande et plus puissante que notre péché, quelque soit sa pesanteur, Dieu dans sa miséricorde sans limite peut toujours nous libérer et nous relever ; et comme dit la sœur sainte Faustine : « que le pécheur entrouvre un peu la porte de son cœur, […] le reste c'est Dieu qui l'accomplira ».
Que le temps du Carême soit pour nous un chemin de l’ouverture du cœur : l’ouverture à Dieu, l’ouverture à notre prochain, et que la grâce de Dieu nous pénètre, nous purifie et nous transforme.

Amen.

dimanche 8 février 2015

Homélie du 5e dimanche du Temps Ordinaire de l'Année B, 8 Février 2015

Dans la première lecture de ce dimanche, Job nous a fait entendre cette triste affirmation : « Vraiment, la vie de l'homme sur la terre est une corvée » ; il est surprenant, il est peut-être même injurieux qu'une telle parole nous l'avons attribuée à Dieu, et nous avons même rendu grâce pour elle. Est-ce vraiment que la vie de l'homme sur la terre n'est qu'une corvée ? Et quelle corvée ? Job nous dit ceci : « Comme l'esclave qui désire un peu d'ombre, comme le manœuvre qui attend sa paye, […] (mais) je n'ai en partage que le néant » ; cette lamentation de Job nous fait voir le vrai malheur de cette corvée : si l'homme n’œuvre que pour lui-même, s'il n'a pour l'objet qu'une consolation éphémère et une rétribution imminente, il n'obtiendrait rien que le néant, et il ne serait jamais comblé, satisfait ; et toute sa peine, ne certifie que davantage le vide sans fond qui l'habite. Et si notre vie n'est que cela, est-elle vraiment un don de Dieu ?
Or, dans la deuxième lecture, l'apôtre Paul, en décrivant son engagement dans la mission, nous illustre une autre possibilité de notre vie actuelle. Cette vie est en effet aussi laborieuse, puisque Paul dit : « libre à l'égard de tous, je me suis fait l'esclave de tous ». Et pourtant, cet esclavage que Paul lui-même a choisi ne vise aucunement un gain à son intérêt personnel, mais il a pour but de « gagner le plus grand nombre possible » d'hommes – non pour lui Paul, mais pour l’Évangile de Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour que cet Évangile soit annoncé à tous, qu'il gagne le cœur de tous. Et même s'il ne pouvait gagner que « quelques uns », peu importe, pour ces quelques uns, « à tout prix », il se fera « tout à tous ». Et cet engagement, que lui-même a qualifié de l’esclavage, n'est point pour lui une infortune, le malheur est plutôt le contraire : « Malheur à moi si je n'annonçais pas l’Évangile ! » dit l'Apôtre.
Nous voyons que Job pris dans sa peine, pour lui, sa vie n'est qu'une corvée ; et Paul labourait dans le champ du Seigneur, mais pour lui son malheur c'est surtout être séparé de son ouvrage. En comparant ces deux témoignages, nous pouvons comprendre que ce qui décide si notre vie est heureuse ou malheureuse, ce n'est pas tant la pesanteur qu'elle porte, mais plutôt l'horizon qu'elle vise.
La vie de Paul est laborieuse mais heureuse, puisque cette vie est entièrement un don offert à Dieu pour son œuvre dans le service des autres.
Offrir sa vie à Dieu, c'est la noble vocation de tout homme. Saint Ignace de Loyola nous dit : « L’homme est créé pour louer, respecter et servir Dieu Notre-Seigneur ». Puisque nous sommes créés pour Dieu, pour sa gloire et pour participer à sa gloire, notre vie ne se réalise que en tant que offrande faite à Dieu. Cette offrande peut se réaliser dans une vie formellement consacrée, comme la vie religieuse ou la vie sacerdotale qui porte en soi un signe visible du Royaume de Dieu dans le monde présent ; elle peut aussi se réaliser dans la vie de tout homme et de toute femme, dans la vie familiale, dans la vie professionnelle, en tant que époux ou épouse, en tant parent ou enfant, en tant employé ou employeur. Le même saint Paul nous enseigne ainsi dans sa lettre aux colossiens : « tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus, en offrant par lui votre action de grâce à Dieu le Père » (Col 3,17).
Et une vie offerte à Dieu s'oriente nécessairement vers le service des autres. Puisque, si nous osons libérer en nous le don de Dieu qui est l'amour gratuit que nous avons reçu dans le sacrifice de Notre-Seigneur, il deviendra un élan puissant qui nous poussera à dépasser notre égoïsme, et nous nous inclinerons dans la joie pour laver les pieds de nos frères comme Notre-Seigneur Jésus-Christ, et comme l'Apôtre Paul, nous serons fiers d'être esclaves de tous.

Chers amis, c'est à nous de choisir si notre vie est une corvée ou un bonheur, choisissons le chemin du bonheur, il nous mènera vers le Seigneur.

samedi 31 janvier 2015

Homélie du 4e dimanche du Temps Ordinaire de l'Année B, 1 Février 2015

Dans l’Évangile qui vient d'être proclamé, nous avons entendu une « profession de foi », une profession de foi d'un esprit mauvais, d'un démon.

Qu'est-ce qu'un démon ? Existe-t-il vraiment ? Au jour d'aujourd'hui, peut-on encore croire l'existence du démon ? N'est-ce pas une simple superstition ? 

Dans le Credo que l'on professe à la sainte Messe chaque dimanche, on dit : « je crois en Dieu, le Père tout puissant, Créateur du ciel et de la terre, de l'univers visible et invisible ». Il y a donc un univers invisible, peuplé par les créatures spirituelles, que l'on appelle les anges, dont les démons faisaient partie. À l'origine, ils ont été créés bons, comme les autres anges, vivaient en pleine communion avec Dieu. Mais à cause de l'orgueil et de la jalousie et par un choix délibéré, ils se sont détournés de Dieu un fois pour toutes. Le premier parmi eux, appelé Satan, ou le Diable, et ceux qui l'ont suivi, les démons. Se coupant de la grâce de Dieu, ils sont devenus les artisans du péché et de la mort et l'origine de l'Enfer, confirme le catéchisme de l’Église catholique.

Et qu'est qu'est-ce que le démon peut faire de l'homme ? Dans l’Évangile de ce dimanche, le démon porte le nom de « l'esprit impur », c'est-à-dire, l'esprit qui s'oppose à la sainteté de Dieu. C'est un esprit qui nous souille, qui nous rend impurs. Qu'est-ce que cette impureté ? Dans les Béatitudes, le Seigneur dit : heureux les cœurs purs, car il verront Dieu. L'esprit impur est donc celui qui peut nous détourner de Dieu, qui nous rendre aveugles devant sa présence, devant la lumière de sa sainteté.

D'où viens cette puissance du démon, qui peut jusqu'à nous détourner de Dieu? En effet, le démon n'a aucun pouvoir sur nous, sinon celui que nous lui aurons donné. Mais comment ? Quand est-ce que nous donnons du pouvoir au démon ? Au lendemain de son élection, notre Pape François dit dans sa tout première homélie en tant que Pape, en citant citant Léon Bloy : « Celui qui ne prie pas le Seigneur, prie le Diable ». Celui qui ne prie pas le Seigneur, c'est-à-dire, celui oublie le bon Dieu, celui qui délaisse sa relation avec le Seigneur Jésus-Christ, celui qui vit comme si Dieu n'existait pas, il devient, qu'il le veuille ou non, partisan de Satan, l'associé du Diable ; car par sa négligence, par sa tiédeur, par son indifférence, il donne pouvoir aux démons et les rend forts.

Cependant, si nous prions le Seigneur, si nous accueillons sa Parole, si nous nous laissons façonner par Dieu notre Créateur et Sauveur, si nous demeurons constamment en communion avec Lui, avec Lui, nous sommes dès aujourd’hui, vainqueur du Mal et de son auteur. 

Dans le chapitre X de l'évangile selon Luc, les disciples sont envoyés, deux par deux, pour annoncer la Parole de Dieu et l'avènement du Royaume. Une fois la mission accomplie, ils sont rentrés, remplis de joie. Alors Jésus leur dit : « Je voyais Satan tomber du Ciel comme l'éclair ». Oui, si nous accueillions la Parole du Seigneur, si nous laissons la puissance de cette Parole agir en nous et par nous, si nous sommes vraiment des témoins authentique et crédible de cette puissante et agissante Parole, nous faisons Satan tomber du Ciel !

dimanche 25 janvier 2015

Homélie pour la fin de la semaine de prière pour l'unité des chrétiens (25 janvier 2015)

« Donne-moi à boire », dit Jésus à la femme samaritaine.
À cet instant-là, cette femme surprise, voire troublée par une telle demande aussi brusque que inattendue, qu’est-ce qu’elle voit ? Elle voit sous le soleil brûlant un homme assis à côté du puits, épuisé et affamé, accablé par la fatigue et tourmenté par la chaleur insupportable du midi, un homme totalement exposé dans sa vulnérabilité, dans sa fragilité, et qui la regarde avec insistance.
En cet homme-là, elle reconnaîtra, dans quelques instants, le Messie, le Sauveur du monde, le Sauveur qu’elle-même a tant désiré et attendu.
Augustin d’Hippone, le très grand penseur chrétien et philosophe, en commentant ce passage de l’Évangile dans un sermon, il dit : Jésus qui est « la force même », est présentement « faible » ; il est fort, car il est la Parole créatrice de Dieu – au commencement était le Verbe, par Lui tout a été fait et rien n’a été fait sans lui ; mais il est faible, car – le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous. La force du Christ nous a créés, la faiblesse du Christ nous a recréés ; « la force du Christ a donné l’existence à ce qui n’était pas, la faiblesse du Christ a préservé de la mort ce qui était ; il nous a créés par sa force, il nous a recherchés par sa faiblesse ».
« Donne-moi à boire », dans cette voix assoiffée, nous entendons peut-être quelques faibles échos des pleurs de l’Enfant de Bethléem qui agitait dans la pauvre mangeoire, ou nous entendons peut-être aussi, de loin, la voix de l’homme de douleur, suspendu sur la Croix qui dit : «  j’ai soif ».
Mais qu’est-ce que cette soif de Jésus ? Cette soif si ardente, sinon la soif de notre soif.
Oui, Jésus a soif de notre soif, et en nous montrant sa soif, il veut éveiller la nôtre, la vraie soif profonde qui se cache en nous ; il veut nous entendre dire enfin : donne-nous ton eau qui deviendra en nous une source d’eau vive, et qu’elle étanche notre soif pour l’éternité !
Mais connaissons-nous cette soif ? Cette soif si vive mais bien souvent insensible, qui se déguise en une multitude de désirs, mais qui nous ronge à l’intérieur et qui creuse en nous un vide toujours plus grand ? Ou bien, sachions nous que en chacun il y a cette femme samaritaine, qui vit en usant sa liberté comme un enfant insolent traite capricieusement ses jouets, mais qui, ayant peur du regard des autres, s’enferme dans sa solitude, et s’expose seule sous le soleil hostile, et s’épuise jour après jour sur un chemin qui ne finit pas, en cherchant cette eau qui ne peut apaiser sa soif que pour un instant.
Mais entendons-nous cette voix qui vibre en nous et nous demande : donne-moi à boire ? Voyons-nous ce regard, ce regard comme ce puits au lueur profonde qui sans violence aucune, pénètre en nous en faisant taire la honte dont depuis si longtemps nous sommes captifs.

Oui, il est là, ici et maintenant et il nous demande humblement : donne-moi à boire. Et si nous sommes aujourd’hui ici réunis, n’est-ce pas pour nous offrir tout simplement à son regard, et lui répondre chacun en son nom : mais donne-moi ton eau, qu’elle devienne en moi la fontaine d’eau vive.

vendredi 23 janvier 2015

Homélie pour la Fête de Rémi - 18 janvier 2015

L’Église fête la mémoire de l'évêque saint Rémi le 13 janvier, le jour de son trépas. Mais si aujourd'hui, la sainte Messe est célébrée en l'honneur de ce vénérable confesseur de foi, c'est parce que notre église paroissiale a été consacrée sous le patronage de ce grand saint, et il nous convient donc, ce dimanche proche du 13 janvier, d'honorer solennellement cette fête.
Rémi de Reims était un saint évêque. Durant son ministère, il fut très vénéré pour sa sollicitude généreuse envers les plus pauvres, pour son zèle infatigable dans l'annonce de l’Évangile, mais ce qui est encore plus admirable chez lui c'était sa miséricorde sans limite pour les pécheurs repentis, les pénitents – il disait à ses frère prêtres que : « ce n'est pas pour la colère que le Seigneur nous a établis, mais pour la guérison des hommes ».
Oui, saint Rémi était une authentique figure de la sainteté chrétienne. Cependant, la grande célébrité de saint Rémi est dû à un événement particulier, l'événement qui a aussi profondément marqué l'histoire de la France, c'est, vous le savez, le baptême de Clovis.
C'est très probablement en 506, que Clovis, le roi des francs, guidé par sa très religieuse épouse sainte Clotilde, s'est fait baptiser par Rémi l'évêque de Reims, et avec lui, 3000 francs furent baptisé. À ce jour-là, la terre de la France devint une terre bénie du Ciel, la chrétienté s'y est enracinée, et la France – la nation française fut baptisée la « fille aînée » de l’Église.
Le baptême de Clovis par saint Rémi est cet événement, me semble-t-il, qui prouve qu'il y a réellement une racine chrétienne de la France, même si aujourd'hui cette expression frotte peut-être la sensibilité de certains. Oui, la France est née dans l'expansion de la chrétienté en Europe, sa naissance est la naissance-même de l'Europe chrétienne, et cela est un fait historique. Mais considérer la racine chrétienne de la France, cela ne veut pas dire que les autres cultures, les peuples venant d'autres horizons doivent d'être exclus. Au contraire, la terre de la France a toujours été une terre accueillante, et la charité chrétienne oblige les chrétiens de chaque génération à ouvrir leurs bras et recevoir les autres tels qu'ils sont, quelques soient leurs origines et leurs croyances religieuses.
En disant cela nous rejoignons notre saint Père dans son message pour la journée mondiale des migrants et des réfugiés de cette année. Dans ce message le saint Père nous dit que Notre-Seigneur dans sa « sollicitude, particulièrement envers les plus vulnérables et marginalisés, nous invite tous à prendre soin des personnes plus fragiles et à reconnaître son visage souffrant, surtout dans les victimes des nouvelles formes de pauvreté et d’esclavage » ; il souligne que « La mission de l’Église, pèlerine sur la terre et mère de tous, est donc d’aimer Jésus Christ, de l’adorer et de l’aimer, particulièrement dans les plus pauvres et abandonnés ; (et) au nombre de ceux-ci figurent […] les migrants et les réfugiés, qui cherchent à tourner le dos aux dures conditions de vie et aux dangers de toute sorte » et qui sont venu dans les pays plus développés, et le saint Père nous dit que : « Jésus-Christ est toujours en attente d’être reconnu dans les migrants et dans les réfugiés, dans les personnes déplacées et les exilés, et aussi de cette manière il nous appelle à partager nos ressources, parfois à renoncer à quelque chose de notre bien-être acquis ».
Oui, si nous considérons en profondeur notre racine chrétienne, nous savons qu'elle n'est pas quelque chose qui nous rend les yeux aveuglés et le cœur fermé ; au contraire, elle nous rappelle notre vocation : le baptême que nous avons reçu a fait de nous des frères de Jésus-Christ, mais aussi des frères de tous.
Et si vraiment nous sommes les frères de tous, notre vocation ne s'arrête pas à seulement accueillir les autres qui viennent vers nous. Le Pape dit dans son message : « l’Église ouvre ses bras pour accueillir tous les peuples, sans distinctions et sans frontières » mais aussi « pour annoncer à tous que ''Dieu est amour'' » !
Oui, si nous devons aimer tous les frères que nous rencontrons sur notre chemin, c'est parce que nous avons tous un même Père, le Dieu et Père de Jésus-Christ, le Dieu d'Amour. Comme dans l'évangile de ce jour, André se précipita pour annoncer à son frère Simon : « nous avons trouvé le Messie », nous aussi, allons annoncer à nos frères la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, puisque si elle nous est confiée, ce n'est pas pour que nous la gardions dans nos coffre-forts, mais pour que nous l’annoncions à tous.
Oui, l'accueil de tous dans l'amour fraternel et l'annonce de l'amour de Dieu, ces deux constituent ensemble notre vocation chrétienne, et un grand nombre de fils et filles de la France ont pleinement vécu cette noble vocation, ils sont devenus des saints et des saintes, et aujourd'hui, au Ciel, ils veillent sur nous avec affection et bienveillance, et par leur intercession ils nous protègent ; et parmi eux, il y a saint Rémi de Reims, que nous fêtons aujourd'hui avec reconnaissance.

Saint Rémi, priez pour nous, priez pour la France !   

samedi 3 janvier 2015

Homélie de l’Épiphanie du Seigneur - 4 janvier 2015 (Clouange)

À la sainte nuit de Noël, nous avons poursuivi les bergers, ces hommes qui, à l'annonce des Anges, aussitôt se sont mis en marche, pour aller voir le Messie nouveau-né, le Sauveur donné par Dieu à son peuple.
Aujourd'hui, dans la Sainte Famille sont accueillis de nouveaux adorateurs, venus de bien plus loin.
Ces mages, ces bienheureux qui ont contemplé le visage du nouveau Roi, qui sont-ils ?
Très probablement, ils sont des astronomes de l'Est, plus précisément, de la Mésopotamie, là où il y avait déjà une longue tradition de l'astronomie bien connue.
N'est-ce pas l'apparition d'une nouvelle étoile qui les a mis en route ? Oui, mais cette étoile porte en elle une signification bien plus grande qu'elle-même : « Lumen requirunt lumine », en suivant une lumière, ces hommes de science cherchaient une autre lumière : la lumière ; et cette lumière, est le Roi qui vient de naître.

Nous pouvons comprendre plus aisément la promptitude des bergers : ils sont comme Syméon, comme la prophétesse Anne, ils sont les pauvres du Seigneur, les pauvres d'Israël, dans leurs misères ils attendaient la délivrance, et ils ne pouvaient être insensible, être indifférents à cette annonce angélique : aujourd'hui, vous est né le Sauveur, c'est le Messie, le Seigneur. Ils l'entendirent et instantanément ils crurent.
Mais les mages, que cherchent-ils en cherchant le Roi d'Israël ? Sans doute, ils n'ignoraient pas la prophétie du prophète païen Balaam, venu aussi de la Mésopotamie, que nous lisons dans le Livre des Nombres : « Un astre issu de Jacob devient chef et un sceptre se lève, issu d’Israël », et cet astre sera le « héro » qui « dominera sur des peuples nombreux », et « sa royauté sera exaltée ». (Cf. Nb, 24)
Oui, dans cette prophétie, les mages y entendirent une promesse de Dieu, et aujourd'hui, l'éclat de la nouvelle étoile leur annonce la venue du Roi promis : ce Roi, établi par Dieu, envoyé par Dieu, il est non seulement le Roi des Juifs, il est aussi le Roi du monde, il est aussi leur Roi : et ils sont venus pour lui rendre hommage.
Certes, les mages sont des hommes de science, des hommes qui observent attentivement le monde et son univers ; mais s'ils scrutent et interroge le réel avec tant d'insistance, ce n'est pas seulement pour acquérir toujours plus de connaissances, mais aussi pour repérer les vestiges du Créateur, et pour lire les messages du Divin. Le Pape émérite Benoît XVI a décrit dans une homélie les mages comme « des personnes au cœur inquiet », qui ne se contentaient pas de l'apparence des choses et de tout ce qui est habituel. « Mais ils étaient des hommes à la recherche de la promesse, à la recherche de Dieu ».
Les mages sont des « hommes au cœur inquiet » : mais qu'est-ce que cette inquiétude du cœur ? Le Pape explique cette expression dans un texte qui date avant son pontificat dans lequel il dit : (Cette) attitude fondamentale d'inquiétude du cœur (est celle) qui empêche l'homme d'être tranquillement en lui-même, dans son petit monde à lui, mais elle aide l'homme à se mettre en chemin, à partir vers l'éternel, qui lui seul peut lui donner sérénité et plénitude.
Sur ces mots, j'entends l'écho de la célèbre phrase de saint Augustin : « Tu nous as fait pour Toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos, quand tant qu'il ne se repose en Toi ».
L'homme au cœur inquiet est donc l'homme purifié de toute l'auto-suffisance et de toute sorte de l'illusion idolâtre, il est l'homme qui se sait pauvre et pécheur, qui a besoin de la rédemption du vrai Dieu, et qui aspire à être comblé par ce Dieu, par sa divine bonté et son infinité.
La même vérité, saint Bernard de Clairvaux la dit avec les expressions encore plus nettes et radicales, il dit : « Qui ne connaît pas son malheur, ne peut non plus connaître sa consolation. Et qui ne sent pas la nécessité de la consolation […], n'a pas la grâce de Dieu. C'est pourquoi l'homme mondain absorbé par leurs affaires et leurs passions, n'ayant point le sentiment de leur misère, n'ont aucun souci de la miséricorde ».
Alors, nous, sommes-nous des hommes et des femmes au cœur inquiet ? Aujourd'hui, devant les mages en adoration, il est peut-être bon de nous poser cette question ; et que la piété de ces humbles adorateurs puisse purifier notre cœur de tout son orgueil et nous aider à voir l'essentiel.
Oui, heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.

Amen.

Homélie du 30 juin 2014 - Mémoire des Protomartyrs romains

Aujourd'hui, au lendemain de la Solennité de Saint-Pierre et Saint-Paul, l’Église notre sainte Mère célèbre la Mémoire des Protomartyrs de la Ville éternelle. En fidèles disciples, ils ont, avec le Prince des Apôtres et le Docteur des Nations, glorifié Dieu en offrant leurs vies d'une manière particulièrement héroïque.
Un jour, un ambassadeur auprès du Saint-Siège demanda quelques reliques de saints au Pape saint Pie V, le Pape lui remit tout simplement un peu de terre recueillie devant la Basilique vaticane. L'ambassadeur crut que le Pape s'était moqué de lui et s'en plaignit, mais le saint Pontife lui montra la terre, alors miraculeusement teinte d'un sang vermeil.
Quand nous allons à Rome, en tant que pèlerins – cela m'est arrivé déjà plusieurs fois – nous ne pouvons oublier d'aller à la Basilique Saint-Pierre et prier devant le tombeau de l'Apôtre. Mais lorsque nous nous recueillions devant l'autel de la Confession et prions pour le Pape et notre Église, pensons-nous que le sol qui nous soutient est aussi consacré par le sang de tous ces martyrs dont nous ignorons le nom ?
Quand, en 1626, sous le pontificat du Pape Urbain VIII, on creusa les fondements du baldaquin de bronze qui maintenant recouvre l'autel de la Confession de Saint-Pierre, on trouva de nombreux tombeaux, dont une grande partie contenaient des ossements calcinés mêlés à de la cendre et à des charbons. On pensa immédiatement aux martyrs brûlés par Néron dans son Cirque. Nous pouvons lire dans le récit de Tacite qui nous relate comment les chrétiens de Rome furent accusés comme responsables de l'incendie de la Ville par le Tyran qui fut lui-même l'auteur de ce drame, et furent atrocement exterminés par ce dernier : « On ne se contenta pas de les faire périr, écrivit l'historien romain, on se fit un jeu de les revêtir de peaux de bêtes pour qu’ils fussent déchirés par la dent des chiens, ou bien ils étaient attachés à des croix et enduits de matières inflammables, quand le jour avait fui, ils éclairaient les ténèbres comme des torches… » Cette scène, nous pouvons encore la contempler dans la magnifique toile de Henryk Siemiradzki, intitulée Les torches de Néron.
« Ils éclairaient les ténèbres comme des torches » ; en écrivant cela, Tacite révéla, sans doute inconsciemment, le sens profond de la Martyre de ces chrétiens, il prophétisa, en quelque sorte, comme le grand prêtre Caïphe quand il disait, lors de la condamnation de Jésus : « Il est préférable qu'un homme meure plutôt que la nation tout entière ».
« La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue » (Jn 1, 5) ; et pourtant, il y eut des hommes et des femmes qui furent touchés par cette lumière, et ils ne voulurent pas qu'elle soit engloutie par les ténèbres, alors ils se transformèrent en charbons, ils se consumèrent, afin que la lumière persiste, afin que la lumière grandisse, jusqu'à ce que la lumière triomphe, jusqu'à ce que toutes les ténèbres soient absorbées par cette lumière.
Telle est la vocation de ces martyrs, telle est la vocation de tous les martyrs chrétiens.
Les martyrs de l'an 64 furent littéralement les témoins de la Lumière du Christ Jésus, leur unique Maître ; et par leur foi, ils ont transformé le spectacle de la cruauté du Tyran en un drame sacré, une louange incomparable à la Sainte Croix.
« Le Sang des martyrs est la semence des chrétiens », nous dit Tertullien. Nous sommes donc la descendance de ces glorieux martyrs, et nous sommes, nous aussi, appelés à être des témoins de cette même lumière, en offrant notre vie, chacun et chacune dans sa vocation propre.

Que ces glorieux martyrs intercèdent pour nous, amen.

(Ce sermon a été prononcé le lendemain de mon ordination diaconale.)