Abbe J-S

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dimanche 12 février 2017

VIe Dimanche du Temps Ordinaire A - 12 février 2017

Je vous invite à revenir sur la première lecture, l’extrait du livre de Ben Sirac le Sage, et la deuxième lecture, tirée de la première Epître de l’Apôtre saint Paul aux Corinthiens. S’il y a un mot qui peut relier ces deux textes séparés par environ deux siècles, c’est bien le mot « sagesse » ; et il ne s’agit pas d’une sagesse quelconque, une sagesse purement humaine ou mondaine, mais bien la sagesse de Dieu.

Selon le sage de l’Ancien Testament : « La sagesse du Seigneur est grande, fort est son pouvoir, et il voit tout » ; c’est-à-dire, par sa sagesse divine, le regard de Dieu est tellement pénétrant, Il scrute le secret de toutes créatures et Il connaît aussi l’homme jusqu’au profondeur de son cœur, comme dit le Prophète Jérémie : le Seigneur « pénètre le cœur et scrute les reins » (Jr 17,10).

Et dans sa première Epître aux Corinthiens, l’Apôtre Paul confirme ces paroles transmises par la sainte Ecriture et il développe en disant que cette Sagesse divine, Dieu en a fait un don à ses fidèles : Il l’a mise devant « ceux qui sont adultes dans la foi » ; et plus exactement, elle est un don de son Esprit-Saint, l’Esprit par lequel Dieu a révélé son dessein, sa volonté. Et l’Apôtre dit : « l’Esprit scrute le fond de toutes choses, même les profondeurs de Dieu ». C’est-à-dire, par le don de la Sagesse reçu de l’Esprit-Saint, l’homme peut lui aussi discerner et contempler les mystères de Dieu.  
Maintenant nous pouvons comprendre que la Sagesse de Dieu est essentiellement liée au regard, elle nous permet de voir ce que nos yeux ne voient pas. C’est dans le même sens que le Pape François nous enseigne dans sa catéchèse sur les dons de l’Esprit-Saint, il dit : « La sagesse est ce que le Saint-Esprit accomplit en nous afin que nous voyons toutes les choses avec les yeux de Dieu ». Regarder toute chose avec le regard de Dieu, mais aussi reconnaître et contempler Dieu par ce même regard, en discernant sa présence dans notre vie, en repérant ses actions et sa conduite dans notre histoire. Puisque cette Sagesse vient de Dieu, elle est le don de son Esprit-Saint, elle nous permet donc de découvrir Dieu dès ici et maintenant.
Mais comment pouvons-nous recevoir de Dieu ce don précieux qui est la sagesse ? Je pense que c’est tout simplement nous mettre en présence de Dieu, nous laisser regarder par Dieu, nous livrer totalement à Lui. C’est-à-dire : nous nous exposons sans réserve à son regard pénétrant qui scrute nos cœurs et nos reins. C’est par son regard posé sur nous, que Dieu peut purifier, éclairer, jusqu’à sanctifier nos regards ; et c’est par cette communication de regard que nous entrerons enfin en communion intime avec Dieu.
Cependant, nous livrer sans réserve au regard de Dieu, nous le savons, c’est bien souvent difficile. Nous avons peur du regard de Dieu, nous avons peur d’être jugés par Dieu ; puisqu’au fond de nous, nous avons tous quelques choses que nous aurions préféré garder exclusivement pour nous-mêmes.
Qui peut vraiment s’ouvrir entièrement à Dieu et se livrer librement à son regard et entrer ses mains ? En me questionnant, il m’est venu ce poème de Marie Noël tiré de ses Notes intimes, intitulé : Prière d’un pauvre.
Vous voilà, mon Dieu. Vous me cherchiez ?
Que me voulez-vous ?
(Je n’ai rien à vous montrer,) Je n'ai rien à vous donner.
Depuis notre dernière rencontre,
je n'ai rien mis de côté pour vous.
Rien... pas une bonne action. J'étais trop lasse.
Rien... Pas une bonne parole. J'étais trop triste.
Rien que le dégoût de vivre, l'ennui, la stérilité.
- Donne !
(-répond-Il)
-
(et) La hâte, chaque jour, de voir la journée finie, sans servir à rien ;
le désir de repos loin du devoir et des œuvres,
le détachement du bien à faire, le dégoût de vous, ô mon Dieu !
- Donne !
(-répond-Il encore)
- La torpeur de l'âme, le remords de ma mollesse
et la mollesse plus forte que le remords...
- Donne !
- Le besoin d'être heureuse, la tendresse qui brise,
La douleur d'être moi sans recours.
- Donne !
- Des troubles, des épouvantes, des doutes...
- Donne ! donne ! donne !

- Seigneur ! Voilà que, comme un chiffonnier,
Vous allez ramasser des déchets, des immondices.
Qu'en voulez-vous faire, Seigneur ?
- Le Royaume des Cieux.

dimanche 22 janvier 2017

3e Dimanche du Temps Ordinaire A (22 janvier 2017)



« Convertissez-vous, car le Royaume de Dieu est tout proche ». Selon l’évangéliste saint Matthieu, c’est ainsi que le Seigneur Jésus a commencé son ministère messianique.

Mais qu’est-ce que « convertir » ? Aujourd’hui, c’est un mot qui peut provoquer quelque malaise, voire faire peur à certains. On y entend une intention d’endoctrinement. Les auteurs des terreurs récentes, on les qualifie parfois de « convertis », n’est-ce pas ? Est-ce bien cela la conversion dans la bouche de Jésus ?

Dans une catéchèse qui date du juin dernier, le Pape François a essayé de définir le mot « conversion » : « Qu’est-ce que la conversion ? dit le Pape, elle est présente tout au long de la Bible, et particulièrement dans la prédication des prophètes, qui invitent continuellement le peuple à “retourner au Seigneur” en lui demandant pardon et en changeant notre mode de vie. Se convertir, selon les prophètes, signifie changer de direction et s’adresser à nouveau au Seigneur, en s’appuyant sur la certitude qu’Il nous aime et que son amour est toujours fidèle ».

Se convertir, c’est donc se retourner, c’est changer d’orientation. Et c’est bien cela cet appel que Jésus a adressé à la foule : Que voulez-vous ? Que cherchez vous ? Vous voulez la libération ? Vous cherchez le salut ? Vous cherchez le Règne de Dieu ? Vous cherchez un bonheur durable ? Vous cherchez la Vie, la vraie Vie, la vie éternelle ? Mais la Vie est là, le Royaume est là, il est tout proche de vous : puisque je suis là, je viens à vous, moi Emmanuel, Dieu-parmi-son-peuple. « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos ». (Mt 11,28)

C’est seulement en nous appuyant sur les enseignements de Jésus que nous pouvons distinguer en réalité ce qu’est l’endoctrinement et ce qu’est la véritable conversion.

L’endoctrinement manipule notre conscience, avec nos peurs, nos indignations, et parfois nos tristesses, mais la vraie conversion éveille notre conscience, éclaircit notre regard, engage notre intelligence et nous invite au discernement ;
L’endoctrinement enchaine notre liberté, avec des propos qui semblent toujours plus séduisants et sécurisants, il finira par nous instrumentaliser et nous chosifier, mais la vraie conversion exige notre liberté, exige notre responsabilité, puisqu’elle nous demande une décision personnelle, une adhésion qui vient du fond de notre cœur ;

L’endoctrinement, en nous isolant, en nous conditionnant, en nous dessinant un salut utopique et artificiel nous détache du réel, mais la vraie conversion, en faisant lever la lumière, nous replace dans le réel ;

L’endoctrinement en nous imposant des réponses toutes faites et nous promet le progrès ainsi que toute sorte de facilité, mais la vraie conversion nous anoblit, car elle nous invite à nous mettre debout, à aller de l’avant, à faire la route avec le Seigneur.

La vraie conversion exclut toute sorte d’esclavage, puisque la foi veut faire de nous des enfants de Dieu, des sujets libres, des héritiers du Royaume des cieux. Mais l’endoctrinement est propre à l’esclavage.

« Convertissez-vous, car le Royaume de Dieu est tout proche » ; oui le Royaume de Dieu est tout proche, puisque Dieu nous est proche, Il se fait proche de nous, Il se donne à nous, jusqu’à faire de Lui-même notre nourriture.  


Accueillions le don de Dieu, que sa lumière se lève sur nous, et qu’elle dissipe toute ténèbre de nos cœurs.

mercredi 2 novembre 2016

L'Homélie du 2 novembre 2016 - La Commémoration de tous les fidèles défunts

« Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume » À cette demande du malfaiteur repenti, le Seigneur répondit sur sa Croix : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis ».
« Demande, et il te sera donné » (Mt 7,7), et bien plus que tu n’as osé demander, puisque le salut n’est plus une simple promesse, tu le reçois aujourd’hui, à l’instant-même où tu ouvres ton cœur au pardon de Dieu : oui, « aujourd’hui, avec le Fils de Dieu, comme un enfant égaré mais retrouvé, tu seras accueilli dans le Paradis ».
Dans la bouche de Jésus, le mot « aujourd’hui » est un mot chargé d’importance. À la Synagogue de Nazareth, le jeune rabbi encore méconnu du public prononça son premier sermon : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre » (Lc 4,21) ; et sur le chemin vers Jérusalem, vers l’achèvement de sa Mission terrestre, le Messie dit au sujet de Zachée, le publicain méprisé : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham » (Lc 19,9).
Avec la venue de Jésus, l’« aujourd’hui » de Dieu entra dans l’histoire de l’homme. Désormais, chaque jour devient « aujourd’hui » de Dieu, puisqu’à chaque jour, le salut nous est donné et la Miséricorde est à l’œuvre. Le temps du salut de Dieu, le temps de son inépuisable Miséricorde, est cet éternel « aujourd’hui ».
Et c’est pourquoi aujourd’hui, rassemblés dans la Maison de Dieu, nous prions avec ferveur et confiance pour nos fidèles défunts, pour ces êtres chers que nous avons perdu. Mais si nous nous sommes perdus de vue avec nos défunts, ils ne nous ont pas quitté pour autant : puisque, « […] il n’y a pas un royaume des vivants et un royaume des morts, il n’y a que le royaume de Dieu, vivants ou morts, et nous sommes dedans »1, ainsi écrit Georges Bernanos dans le Journal d'un Curé de campagne.
Il n’y a que le Royaume de Dieu, il n’y a que le Royaume de sa divine Miséricorde. Avec chaque acte de foi et chaque acte de charité que nous posons dans la confiance et la liberté, et à chaque fois lorsque nous nous ouvrons à la sainte Espérance, la grâce que nous recevons de la Miséricorde de Dieu sera aussi une source de joie et de consolation pour nos chers défunts, puisque, l’amour toujours présent et actuel de Dieu nous tient dans une même et seule Communion ; et le catéchisme de l’Église catholique nous la confirme fermement dans son N° 958 […] « Reconnaissant dès l’abord cette communion qui existe à l’intérieur de tout le corps mystique de Jésus-Christ, l’Église en ses membres qui cheminent sur terre a entouré de beaucoup de piété la mémoire des défunts dès les premiers temps du christianisme en offrant aussi pour eux ses suffrages ; car ‘la pensée de prier pour les morts, afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés, est une pensée sainte et pieuse’ (2 M 12, 45) » (LG 50). Notre prière pour eux peut non seulement les aider mais aussi rendre efficace leur intercession en notre faveur. »
Oui, c’est dans la foi en Communion des saints que nous prions aujourd'hui pour les fidèles défunts. Et cette Communion est la preuve et l’expression même de l’infinité et de l’éternelle actualité de la Miséricorde divine, qui a, d’ores et déjà, vaincu la séparation de la vie et de la mort.
Oui, aujourd'hui, et à chaque aujourd'hui, nous sommes en communion avec nos frères défunts par la Sainteté de Dieu, par son infinie Miséricorde, et nous sommes sur le même chemin, et nous marchons ensemble vers la vision bienheureuse de Dieu.

1 Georges Bernanos, Œuvres Romanesques, coll. Bibliothèque de la Pléiade ; 1961, Paris ; p. 1161.

mardi 1 novembre 2016

Homélie pour la Solennité de la Toussaint - 1 novembre 2016

« Au Seigneur, le monde et sa richesse, la terre et tous ses habitants ! » Le commencement du Psaume 23e que nous venons d’entendre, est en effet une véritable profession de foi : Dieu, le Créateur de tout ce qui existe, Il est et demeurera éternellement le Maître de son œuvre. Il est le Maître, puisqu’il est non seulement l’auteur, mais aussi la source perpétuelle, le fondement indéfectible et le gardien fidèle et absolument fiable de toute la création. « C’est lui qui l’a fondée sur les mers et la garde inébranlable sur les flots ». « Les mers », « les flots », ces mots imagés nous demandent de les entendre selon le langage biblique. En effet, dans l’Écriture sainte, les eaux signifient bien souvent la force du néant, la puissance redoutable que l’homme ne peut pas maîtriser. Dieu créa le monde à partir du néant, et Il continue à le garder de cette menace. C’est en s’enracinant dans la miséricorde inépuisable du Créateur que l’homme ainsi que toute créature puisse demeurer « inébranlable » devant la possibilité du néant.
Cependant, distingué de toutes les autres créatures, l’homme seul a été créé à l’image de Dieu. C’est-à-dire, il est la seule créature douée de conscience et de liberté. Il peut discerner et se décider pour son avenir. C’est pourquoi la vie qui lui est donnée est un chemin à parcourir. Mais c’est à lui de choisir, de déterminer, à chaque jour et à chaque instant, si son chemin se dirige vers Dieu.
« Qui peut gravir la montagne du Seigneur, et se tenir dans le lieu saint ? L’homme au cœur pur, aux mains innocentes, qui ne livre pas son âme aux idoles. » Ces versets du Psaume peut être interprétés d’une façon simplement légaliste et moralisante. Mais la Parole de Dieu n’est pas un manuel de la théologie morale. Elle nous révèle qui est Dieu et qui nous sommes, elle nous dessine la volonté aimante et bienfaisante de Notre-Seigneur. Si le Créateur nous a donné un cœur, c’est parce qu’Il veut y faire sa demeure ; et s’Il nous a donné les mains, c’est pour que nous cultivons et embellissons ce monde dans lequel Il nous a établi gardiens et gouverneurs. Mesurons-nous sa confiance et sa libéralité ? Sommes-nous fidèles à notre vocation ? Ou bien, nous nous laissons envahir et asservir par ces choses qui ne sont pas Dieu : que ce soit l’argent, le pouvoir, le confort, la facilité, ou notre propre ego ? Salir nos mains et notre cœur, c’est nous laisser égarer dans ce labyrinthe de tentations, c’est nous laisser charmer par les séductions malicieuses et éphémères des idoles mondaines qui finiront par nous aliéner, par nous chosifier. En vivant dans ce monde, il est tellement aisé de se laisser aller. Et le contraire, ce serait de vivre cette vie comme une épreuve et la mener comme un combat.
« Ces gens vêtus de robes blanches, qui sont-ils ? Et d’où viennent-ils ? » L’Apôtre saint Jean nous invite à lever nos yeux vers le Ciel, vers cette assemblée lumineuse des saints, vers cette Église triomphante qui glorifie Dieu devant sa Majesté, et Il nous fait entendre cette voix qui dit : « ils viennent de la grande épreuve ». Mais quelle épreuve ? Pour le chrétien, il n’y a jamais qu’une seule épreuve qui se résume par cette contradiction : vivre dans ce monde tout en s’attachant à Dieu, c’est-à-dire : vivre déjà en citoyen du Ciel. Cette épreuve peut prendre la forme d’une persécution avérée et sanglante, comme dans certains pays islamiques, ou celle d’une terreur déguisée – la terreur des mensonges politiques et médiatiques, la terreur des injures publiques ou la terreur de l’indifférence de la majorité – comme dans nos pays occidentaux ; mais elle peut aussi prendre la forme de la simple routine, et se cacher derrière les petites tentations du quotidien. Tous ceux qui peuvent nous séparer de Dieu nous mettent à l’épreuve, et nous devons les combattre, et les saints du Ciel sont vainqueurs de ces mêmes combats.

Et nous savons aussi que nous ne serons jamais orphelins : regardons nos saints du Ciel : « ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau ». Oui, nous aussi, nous serons vainqueurs, puisque l’Agneau est Vainqueur : le Christ, le Ressuscité, Il est Vainqueur du Mal et de la Mort. Il est notre vie, Il est le chemin qui nous conduit vers Dieu, Il est notre chemin de sainteté. Tous, nous sommes appelés à la sainteté, et c’est en nous revêtant du Christ que nous deviendrons saints. Nos aînés du Ciel en ont fait expérience. Marchons dans leurs pas, poursuivons leur chemin, et nous y parviendrons nous aussi.