Abbe J-S

Abbe J-S

dimanche 24 avril 2016

Homélie du Ve dimanche de Pâques C (24 avril 2016)


Dans la première lecture, les Apôtres, Paul et Barnabé, « rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux, et comment il avait ouvert aux nations la porte de la foi » (Ac 14,27). Dieu, par le labeur de ses serviteurs, a ouvert aux peuples du monde « la porte de la foi ».
« Traverser cette porte, dit le Pape Benoît XVI, implique de s’engager sur ce chemin qui dure toute la vie. Il commence par le baptême (cf. Rm 6, 4), par lequel nous pouvons appeler Dieu du nom de Père, et s’achève par le passage de la mort à la vie éternelle, fruit de la résurrection du Seigneur Jésus qui, par le don de l’Esprit Saint, a voulu associer à sa gloire elle-même tous ceux qui croient en lui (cf. Jn 17, 22) ». (Porta fidei, 1)
La foi, qui nous est donnée comme un don de Dieu dans le baptême n'est donc pas une fin en soi. La foi est une « porte », elle nous révèle un chemin, elle nous engage à parcourir ce chemin de la foi.
Mais vers où nous mène ce chemin ? La Pape nous dit : il nous mènera vers « le passage de la mort à la vie éternelle », vers la « gloire » du Ressuscité, à laquelle nous sommes invités à nous « associer ». C'est-à-dire : par le don de la foi, notre vie, notre existence même a reçu un sens, une orientation – nous sommes destinés à cette vie éternelle promise par Dieu, par la résurrection de son Fils, et nous participerons à sa gloire. C'est ce que nous appelons « l'espérance chrétienne », le don de la foi est lié au don de l'espérance en la vie éternelle.
Cependant, espérons-nous vraiment « la vie éternelle » ? Qu'est-ce que c'est cette « vie éternelle », pour que nous la désirons et y mettons notre espérance ? pourquoi est-elle digne d'être considérée comme le sens de notre vie ?
Voilà que le livre de l'Apocalypse nous offre un paysage surprenant qui illustre bien ce qu'est cette vie éternelle. Il nous parle d'« un ciel nouveau et une terre nouvelle », une cité divinement belle descendue du Ciel d'auprès de Dieu. Mais cette cité céleste, le ciel nouveau et la terre nouvelle ne désigne aucun lieu géographique ou spatial, elle signifie en effet une réalité inouïe : « Voici la demeure de Dieu avec les hommes ; il demeurera avec eux, et ils seront ses peuples, et lui-même, Dieu avec eux, sera leur Dieu ». Et voilà ce qu'est la vie éternelle : la vie éternelle n'est rien d'autre que notre communion véritable et parfaite avec Dieu et avec tous nos frères en Dieu.
Et cette communion va transfigurer notre vie présente : Dieu « essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur : ce qui était en premier s’en est allé. » C'est-à-dire : toutes nos souffrances, tous nos chagrins, tous nos regrets, en un mot, tous ceux qui pourraient rendre notre vie vilaine, insupportable, voire absurde seront recueillis et complètement transformés en Dieu, et nous-mêmes serons libérés de notre pauvre finitude – c'est-à-dire notre condition mortelle, et notre vie deviendra véritablement Vie en atteignant en Dieu sa perfection et sa plénitude.
Et voilà pourquoi Dieu nous a créé et que nous sommes nés dans le monde : nous ne sommes pas nés pour qu'un jour, nous soyons anéantis par une mort définitive et irréversible ; nous ne sommes pas nés pour être arrachés aux personnes que nous aimons et sombrer dans leur regret et l'oubli des âges à venir ; nous ne sommes pas nés pour retourner à la poussière comme toutes les œuvres des mains humaines de jadis. C'est par l'amour totalement gratuit que Dieu, qui est Lui-même la perfection et la plénitude, nous a créés, et nous sommes nés pour l'amour, pour la perfection, pour la plénitude. Nul amour n'est vain, et rien de ce que nous avons et de ce que nous aurons semé de beau et de vrai en cette vie ne sera perdu.
Et la vie éternelle, Dieu nous l'a déjà donnée : en nous faisant renaître de l'eau et de l'Esprit, en nous ouvrant la porte de la foi, Il nous a donné la vie éternelle sous forme de la promesse et comme un grain de l'espérance, cette vie véritable a été semée en nous.
Et l'apôtre saint Pierre nous dit : « Soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre raison de l’espérance qui est en vous » (1P 3,15).
Oui, tenons-nous toujours prêts à rendre raison de l'espérance qui est en nous. Seuls nous qui pouvons rendre visible le don invisible que nous avons reçu de Dieu.
En voyant les chrétiens sortaient de l'église, le philosophe Nietzsche dit : « Je croirais en Dieu quand je verrai les chrétiens plus heureux ». Pour quelqu'un qui questionne, il n'avait pas tort. Soyons donc les messagers de l'amour de Dieu par notre joie, la joie du Ressuscité, la joie de la vie éternelle.

Homélie lors d'un mariage (16 avril 2016)

Chère V., cher N., vous voici devant l’autel du Seigneur, dans quelques instants, vous allez vous donner la main, et, par vos paroles, par vos gestes, vous allez vous donner l’un à l’autre, et cet amour qui vous lie depuis de nombreuses années, sera ainsi béni et sanctifié par ce beau sacrement de mariage établi par le Seigneur Dieu.
Oui, votre amour sera béni par Dieu et sanctifié. Et vous avez entendu cette parole de l’Apôtre Paul : « L’amour ne passera jamais ». L’amour que vous célébrez aujourd’hui, demeurera en vous pour toujours.
Mais il est bon de nous poser cette question : de quel amour parle l’Apôtre Paul ? parle-t-il de cet élan qui vous habite, qui vous anime et qui vous pousse l’un vers l’autre ? parle-t-il de cette petite lueur qui allume vos regards lorsque vous vous regardez profondément les yeux dans les yeux ? parle-t-il de cette chaleur intérieure ou ce gémissement de cœur quand vos doigts se croisent, vos bras se serrent ?
Oui, saint Paul nous parle de l’amour, cependant il ne parle pas d’un amour aussi sublime, aussi poétique, mais d’un amour d’humble apparence : il nous parle d’un amour qui prend patience, qui rend service, qui ne jalouse pas, qui ne se vante pas, qui ne se gonfle pas d’orgueil, qui ne fait rien d’inconvénient, qui ne cherche pas d’intérêt ; il nous parle d’un amour qui n’est pas la description d’un état d’esprit dans lequel nous pouvons nous trouver un jour ou l’autre, mais d’un amour qui est un acte concret que nous avons à poser.
L’amour dans lequel le sacrement de mariage se réalise n’est pas un état mais un acte.
Puisque cet amour est un acte, il ne sera pas affaibli lorsque l’élan de nos cœurs décline ou la chaleur de nos émotions refroidit et il ne sera pas affadi lorsque nos âges avancent et que le temps vienne raidir nos corps et transformer nos visages ; puisque cet amour est un acte, il peut progresser, il peut s’embellir, il peut se perfectionner, par nos soins, par nos attentions, par nos sollicitudes ; et puisque cet amour est un acte, il peut se perpétuer, s’éterniser, en se renouvelant chaque jour, chaque instant.
Oui, cet amour ne passera jamais, puisqu’il est bien plus que ce beau sentiment qui peut faire jaillir votre larme, mais il sollicite votre volonté, et engage toute votre personne. Et cet amour n’est possible que s’il s’enracine et se ressource sans cesse dans un amour plus grand encore, l’amour de celui qui fait de sa vie un don total, celui qui vous a dit aujourd’hui dans l’Evangile : « Demeurez dans mon amour ».
Demeurez dans l’amour du Christ, demeurez dans celui qui nous a aimé par son corps livré et par son sang versé, et ce faisant, votre amour grandira et se consolidera et il fera rayonner la splendeur de la joie parfaite.

dimanche 27 mars 2016

Homélie pour le saint Jour de Pâques

« Marie-Madeleine se rend au tombeau de grand matin, c'était encore les ténèbres ».
Depuis le jour de la sainte Passion, l'obscurité qui enveloppa le monde sembla inébranlable. Et c'est dans cette obscurité régnante, que Marie-Madeleine avançait en allant vers celui que son cœur aimait. Elle allait vers lui, vers celui qui l'a sauvée en brisant les chaînes de honte qui l'avaient rendue esclave, celui qui l'a revêtue d'innocence et d'une beauté toute nouvelle – la beauté de fille de Dieu ; elle allait vers lui, qui était non seulement son libérateur mais aussi son ami, son Maître, son Seigneur, en qui s'incarnait la Parole de vie et le véritable sens de son existence.
Mais elle avançait dans les ténèbres : le soleil pouvait-il encore se lever, si la lumière de toutes lumières était déjà engloutie par la nuit de la mort ?
Marie-Madeleine marchait dans les ténèbres. Mais elle ne fut pas la seule prisonnière de cette nuit interminable. Les apôtres qui n'ayant rien compris de la sainte Écriture ni les enseignements du Seigneur, s'étaient réfugiés derrière la porte verrouillée de Cénacle, là où la nuit de la tristesse se prolongea, s'obscurcit et s'alourdit par les doutes et la peur grandissante.
La nuit semble indéfiniment installée, son règne semble irréversible. Mais c'est justement au cœur de cette nuit même que le vrai Vainqueur s'est levé d'entre les morts.
« J'avais dit: les ténèbres m'écrasent ! mais la nuit devient lumière autour de moi. Même la ténèbre pour toi n'est pas ténèbre, et la nuit comme le jour est lumière ! » Ces mots du psaume 138e semblent vouloir bien illustrer ce qui s'est produit dans la nuit de la résurrection : du tombeau sort le soleil invincible, en Lui la nuit se transfigure en lumière.
Dans la sainte Écriture, la nuit est bien souvent cette scène mystérieuse sur laquelle se déroulent les œuvres les plus éclatantes de Dieu. C'était durant une nuit bien longue que le déluge inaugura une ère nouvelle ; c'était également durant une nuit particulièrement intense que la Mer Rouge fut divisée afin que les fils d'Israël pussent traverser à pieds secs et poursuivre leur chemin de libération ; c'était dans la nuit la plus douce, que le divin Enfant naquit à Bethléem, comme une lumière se leva au sein des ténèbres ; et c'est également dans une nuit bénie et sanctifiée, que le Christ est ressuscité, et par sa mort Il a détruit la mort.
Marchant dans les ténèbres, les amis Jésus, accablés par la tristesse et les questionnements cherchèrent le corps de leur Maître meurtri, sur lequel ils pouvaient pleurer et lamenter. Mais ils ne trouveront que le tombeau vide, l’œuvre de la méchanceté n'est plus, le Seigneur n'est pas prisonnier du tombeau, Il est vivant.
Dans le tombeau vide, est née la foi en Ressuscité.
Frères et sœurs, ne sommes nous pas, nous aussi, les disciples marchant sur un chemin obscur ? En voyant les spectacles de la barbarie se produire devant nos yeux l'un après l'autre avec une férocité toujours plus fracassante, en voyant la terre que nous avons reçu de la main du Créateur se défigurer et se désertifier à cause de notre lâcheté et notre cupidité, en voyant les cœurs s'éloigner et s'endurcir par la haine, l’ignorance et l'indifférence, en voyant la pourriture de la corruption s'enfler, se dilater, jusqu'à envahir toutes les sphères de notre société, les désordres de ce monde nous embrouille le cœur et nous rend aveugles, nous pouvons nous demander : où sommes nous ? Vers où allons nous? Que cherchons nous finalement ?
Mais frères et sœurs, cherchons le Seigneur ! Comme Marie-Madeleine, comme Pierre et Jean, malgré la nuit obscure, malgré notre tristesse, malgré nos chagrins et nos doutes, allons en avant et cherchons le Seigneur, et nous découvrirons que le tombeau est vide, et Notre-Seigneur est vivant comme Il l'avait promis.
Oui, Notre-Seigneur et notre Dieu est vraiment ressuscité. Saisons donc la main du Ressuscité, et avec Lui, traversons ce monde qui passe et allons vers Père de Miséricorde : tel est le chemin de notre foi, le sens véritable de notre vie. Ne laissons pas notre foi étouffer par les soucis de ce monde, et soyons sûrs de l'amour de Dieu, le Dieu d'Amour, le Dieu de Jésus-Christ, l'unique vrai Dieu ne se détourne jamais à un cœur qui s'ouvre à Lui, même dans la nuit la plus obscure.
Je voudrais terminer par ces quelques vers de saint Jean de la Croix, tirés d'un poème intitulé « Chant de l'âme » :
« Je sais bien la source qui coule et fuit, malgré la nuit.
« Cette source éternelle est hors de vue, moi je sais bien là où est sa venue, malgré la nuit.
« L'origine n'en sais, car n'en a point, mais je sais que toute origine en vient, malgré la nuit.

« Je sais qu'il n'est nulle chose si belle, et que cieux et terre boivent en elle, malgré la nuit. » 

dimanche 20 décembre 2015

Homélie pour le IVe dimanche l'Avant - 2015, l'Année C

Après avoir reçu l’Annonce de l’Ange, Marie, portant déjà en elle le germe du Messie, « se rendit avec l’empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée », pour visiter sa cousine Élisabeth, l’épouse de Zacharie ; la vieille femme appelée « stérile » se trouvant à ce jour-là à son sixième mois de grossesse.
« Cette épisode, dit le Pape Benoît XVI, n’est pas un simple geste de courtoisie, mais représente avec une grande simplicité la rencontre de l’Ancien avec le nouveau Testament. Les deux femmes, toutes deux enceintes, incarnent en effet l’attente et l’attendu. Élisabeth âgée symbolise Israël qui attend le Messie, tandis que la jeune Marie, porte en elle l’accomplissement de cette attente, au profit de toute l’humanité ». (Catéchèse du 23 décembre 2012)
Selon l’enseignement du saint Père, en Élisabeth s’incarne la première Alliance. Cette œuvre généreuse de Dieu était, à cette époque, considérée comme mourante et stérile. Cependant, la fécondité d’Élisabeth est aujourd’hui miraculeusement éveillée par l’Esprit-Saint : puisqu’en elle est conçu le plus grand des enfants de l’homme, le Précurseur, celui qui préparera la venue du Sauveur, celui qui désignera au sein de son peuple la présence du Messie. Cet inouï et inespéré renouveau dans l’histoire sainte nous fait comprendre la véritable vocation du peuple élu : par son Alliance avec le Très Haut, Israël est chargé de faire connaître au monde, plongé dans l’ignorance de la nuit par le péché, le nom de l’unique vrai Dieu, la clarté et la beauté de son visage, la tendresse de son amour miséricordieux. Cette vocation est la vitalité même de ce peuple choisi par Dieu entre toutes les nations. Sans aucun mérite de sa part, Dieu veut, par ce peuple, se révéler au monde entier.
Et pourtant, de génération en génération, malgré les efforts généreux et inlassables de nombreux Prophètes, Israël n’a pas su persévérer dans sa vocation. Et par la voix d’Isaïe, on entend le regret profond du cœur blessé de Dieu : « La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël. Le plant qu’ il chérissait, ce sont les hommes de Juda. Il en attendait le droit, et voici le crime ; il en attendait la justice, et voici les cris » (Is 5,7).
Mais au sein de la maison d’Israël, il y a ces quelques pauvres et insignifiants qui demeurent fidèles à l’Alliance sacrée, ils ne veulent pas que l’œuvre de Dieu se trouve en définitif abandon et ils supplient le Seigneur : « Dieu de l’univers reviens ! Du haut des cieux regarde et vois : visite cette vigne et protège-la, celle qu’a plantée ta main puissante. Que ta main soutienne ton protégé, le fils de l’homme qui te doit sa force. Jamais plus nous n’irons loin de toi : fais-nous vivre et invoquer ton nom ! » (Ps 79)
La conception de Jean le Baptiste par Élisabeth la « stérile », n’est-ce pas la réponse clémente de Dieu à l’humble et insistante prière de ses fidèles ? La vie d’Israël refleurit dans la naissance du dernier et le plus grand Prophète de la première Alliance, et sa vocation aboutit par cette voix qui acclamant : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ».
Et nous, mes chers frères et sœurs, nous sommes l’Église de Dieu, le peuple racheté par le sang du Christ, nous sommes l’Israël nouveau d’aujourd’hui, le peuple élu pour l’Alliance nouvelle, et nous avons la même vocation de faire connaître au monde le visage de l’unique vrai Dieu, le Dieu de Jésus-Christ, le Dieu de l’infinie miséricorde. Et la vie de l’Église ne peut trouver sa vigueur et sa fécondité qu’en recevant sans cesse sa vocation. Si notre Église est aujourd’hui vieillissante, si notre travail se trouve stérile, c’est peut-être parce que nous avons égaré en quelque sorte notre vocation. Mais en faisant rayonner la miséricorde de Dieu, en vivant la joie de l’Évangile, nous pouvons recevoir de Dieu un élan toujours nouveau.
Que le divin enfant de Bethléem qui va naître sème en nous un ardent désir évangélique, et que nous puissions, durant cette année sainte inaugurée par le Pape François, être tous des authentiques et courageux apôtres de la miséricorde de Dieu dans un monde assoiffé de l’amour et de la paix. Amen.





mardi 8 décembre 2015

La solennité de l'Immaculée Conception 2015

« Ecce ancilla Domini : fiat mihi secundum verbum tuum ; voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta Parole. » C’est, nous le savons, avec le « fiat » de Marie, cette jeune fille humble et méconnue de Nazareth, que la lumière du salut perça l’obscurité du péché, et que l’histoire du genre humain entra dans une ère nouvelle.
Si aujourd’hui, Marie est vénérée par tous les chrétiens authentiques comme la « Porte du Ciel, Porta caeli », c’est bien parce qu’à ce jour-là, à cet instant-là, elle a été pour Dieu, par son consentement libre et total, la porte de ce monde, la porte par laquelle, le Créateur entra dans l’univers créé, en faisant siennes la pesanteur et la fragilité de notre chair.
En effet, depuis que le tentateur vola le « oui » d’Ève, la mère de tous les vivants, et souilla ainsi l’innocence de nos premiers parents, une porte close s’installa entre Dieu et l’humanité et les sépara. Cependant, l’amour incessant et inlassable du Créateur ne s’est point découragé ; ne voulant pas que le porteur de son image soit à jamais sujet de la corruption, alors il tint devant cette porte fermée, et il attendit.
Dans un passage du Cantique des Cantiques, Dieu fit entendre à son peuple le désir profond et ardent de son cœur par la voix de l’Époux : « Aperi mihi, soror mea, amica mea, columba mea, immaculata mea ; ouvre-moi, ma sœur, mon amie, ma colombe, mon immaculée. » (Ct 5,2)
Oui, comme un mendiant d’amour, Dieu veut que cette porte s’ouvre devant Lui, et qu’elle soit ouverte par la volonté de celle qui, ayant un cœur vraiment pur et une âme généreuse, sait accueillir l’impossible avec une liberté audacieuse et innocente, et Il l’appela déjà son « Immaculée ».
Et voilà, avec le « fiat » de Marie, avec le « oui » de l’Immaculée, le monde renaquit, la Miséricorde divine devint une réalité visible, puisqu’elle portera désormais un visage d’homme, et la terre entière s’éveilla en s’ouvrant aux merveilles du Ciel, et sur la blancheur de l’aurore, se dessina le renouveau de l’Alliance entre Dieu et son peuple.
Aujourd’hui nous célébrons la solennité de la Conception Immaculée de la très sainte Mère de Dieu, mais méditons davantage sur cet instant unique de toute l’histoire, méditons sur cet « oui » qui a été décisif non seulement pour elle-même, pour sa nation, mais aussi pour nous tous, en nous souvenant le « oui » que nous avons nous-mêmes prononcé un jour dans notre vie. 
Je pense à cet « oui » que j’ai dit devant l’évêque à Dieu et à toute son Église lors de mon ordination sacerdotale, il y a à peine quelques mois. Et vous, une grande partie d’entre vous aussi, un jour vous avez dit cet « oui » dans le sanctuaire de Dieu l’un à l’autre, et par ce mot si beau et si solennel, vous êtes devenus l’unique l’un pour l’autre et ensemble, unis par Dieu, vous êtes devenus « un », pour toujours.
Cependant, nous savons, vous comme moi, que combien sommes-nous fragiles et inconstants, et que le chemin que nous avons à arpenter est jalonné de dangers et de tentations. Mais n’oublions pas le « oui » de l’Immaculée, le « oui » qu’elle a prononcé ce jour-là à l’Ange de Dieu, pour l’humanité et pour chacune et chacun d’entre nous ; et c’est bien par cet « oui » qu’elle est devenue pour nous l’étoile du matin, l’étoile qui nous annonce le jour sans déclin et qui éclaire nos cœurs et nous conduit vers la finalité de notre pèlerinage, vers son divin Fils, Notre-Seigneur.
Oui, méditons le « oui » de Marie, gravons-le dans le plus profond de notre cœur, que la lumière de sa pureté dissipe les ténèbres de nos doutes, de nos peurs, et que nos « oui », si souvent timides et hésitants soient consolidés par le sien. Amen.






dimanche 15 novembre 2015

Homélie du 10 novembre 2015, suite aux attentats à Paris

Depuis cette nuit, la France n’est plus la même ; depuis cette nuit, le monde n’est plus le même ; depuis cette nuit, notre vie n’est plus la même.
Depuis cette nuit : cette nuit tachée de sueurs et de sangs, cette nuit saturée de peur, de cris, de hurlements, cette nuit portant le visage de la barbarie, et depuis, tout n’est plus le même. Rien ne demeure le même.
Et cette nuit que nulle aube ne peut effacer, que nulle lumière ne peut dissiper, que nulle force ne peut ébranler, elle se prolonge, elle se prolonge dans notre peur, elle voile notre vue, elle enveloppe notre cœur.
Et nous le savions. Nous le savions depuis si longtemps. Nous le savions depuis le matin du 7 janvier dernier. Une année s’ouvrant dans le sang, elle s’achèvera sous la pesanteur de la mort.
Nous ne parlons plus de sécurité. Il n’y a plus de sécurité. Nous sommes en guerre. La France est en guerre. Puisque quelqu’un nous a déclaré la guerre.
Monsieur le président de la république nous dit que : nous savions d’où venaient ces attaques, nous savions qui étaient ces terroristes. Mais qui sont ils ? Que savons-nous ? Savons-nous leur visage ? Oui, puisque leur visage est le même que le nôtre. Savons-nous où se trouvent leurs maisons ? Oui, puisque leurs maisons sont à côté des nôtres. Ils sont là, ils sont parmi nous, ils sont nos voisins d'un même quartier, nous les voyons le matin en allant au travail, nous les croisons dans le train, dans le métro, dans les supermarchés.
Et nous savons même le nom qu’ils portent : ils s’appellent « homme ».
Ceux sont des hommes. Et comme elle est terrifiante cette réalité : « L'homme est un loup pour l'homme – Homo homini lupus », selon la fameuse formule de Plaute.
Mais comment se fait-il ? Que se passe-t-il ? Il m’est revenue cette horrible sentence de Louis Veuillot : « Lorsque l’insolence de l’homme a obstinément rejeté Dieu, alors Dieu dit : Eh bien, que ta volonté soit faite ! Et le dernier fléau est lâché. Ce n’est pas la famine, ce n’est pas la peste, ce n’est pas la mort, c’est l’homme. Quand l’homme est livré à l’homme, alors on peut dire qu’il connaît la colère de Dieu. »
Mais, est-ce vraiment l'absence de Dieu qui a fait disparaître l'humanité de ces hommes ? Ces hommes-là, n'est-ce pas au nom de dieu qu'ils tuent et qu'ils se tuent ? N'est-ce pas en criant le nom de leur dieu qu'ils ont tiré sur les hommes et ont fait exploser leurs propres chairs ?
Mais, existe vraiment un dieu qui se réjouit du spectacle d'un tel carnage ? Existe vraiment un dieu qui prend plaisir en s'abreuvant au sang de ses créature ? Existe vraiment un dieu qui veut la mort de l'homme au lieu de lui donner la vie ? Existe vraiment ce dieu ?
Nous, nous connaissons cependant notre Dieu, qui est doux et humble de cœur, il se laisse conduire par ses bourreaux comme une brebis qui se laisse conduire pour aller jusqu'à l’abattoir, et il a été outragé, bafoué, martyrisé. Et bien plus, chaque fois lorsque l'on outrage un homme, c'est toujours lui que l'on outrage ; lorsque l'on bafoue un homme, c'est toujours lui que l'on bafoue ; et lorsque l'on martyrise un homme, c'est encore lui que l'on martyrise.
À cette nuit, à cette nuit meurtrière, à chaque balle tirée, les épines de son couronne s'enfoncent dans son front, et il saigne, et il pleure, il pleure avec nous, il pleure sur nous.
Mais, espérons, espérons, et disons peut-être avec notre ami Charles Péguy : « Les armes de Jésus c'est la peine de l'homme, c'est le chemin qui mène et qui ramène à Rome, c'est la main qui le frappe et poing qui l'assomme. »
Seigneur, que ta grâce vienne, que ce monde passe. Amen.




lundi 2 novembre 2015

Homélie pour la solennité de la Toussaint 2015

« Voici une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant Trône et devant l’Agneau ».
Cette vision de l’Apôtre saint Jean dessinée dans le livre de l’Apocalypse nous révèle ce qu’est réellement la victoire du Christ : la victoire du Christ, la victoire de la sainte Croix se manifeste par ce peuple des sauvés ; ce peuple en chair et en os, ce peuple debout, vivant, ce peuple qui est la nouveauté suprême et ultime du Ciel nouveau et de la terre nouvelle, ce peuple qui élève nos âmes vers les réalités d’en haut, vers les réalités du siècle à venir, vers les réalités qui, pénétrant déjà dans l’air de notre temps comme signe de salut et de contradiction.
Oui, en cette foule immense et indénombrable, rayonne la victoire du Christ, la gloire de l’amour de Dieu. Mais pourquoi l’Église nous invite à contempler cette liturgie céleste aujourd'hui ? En quoi cette foule nous concerne, de sorte qu’elle fasse l’objet de cette solennité que nous célébrons ? Qui sont-ils pour nous, ceux qui constituent cette immense foule ?
Ces questionnements nous invitent à revenir sur un élément essentiel de notre foi : à la Messe dominicale chaque fois lorsque nous professons notre foi baptismale par le symbole des Apôtres, nous disons que nous croyons à la Communion des saints. Cette Communion des saints, qui semble peut-être à un concept théologique plutôt difficile est en effet le nom le plus exacte de notre Église : « l’Église une, sainte, catholique et apostolique » est véritablement la Communion des saints, sa réalité totale déborde grandement sa réalité visible et terrestre. Les saints dont les noms et les visages nous sont bien familiers, les saints qui nous ont touchés par la sublimité de leur enseignement, par l’ardeur de leur amour, par le rayonnement de l’exemple de leur vie, mais aussi les saints dont les noms et les parcours nous sont inconnus mais Dieu seul connaît la beauté de l’âme bien qu'elle est bien cachée sous le voile de l'humilité : tous ces élus du Ciel qui forment ensemble cette immense foule devant la majesté de Dieu, ils sont nos aînés dans la foi. Par leur ouverture intérieure à l’Esprit-Saint, le Christ, Fils unique du Dieu vivant est présent en chacun de ces membres. C’est par eux que nous voyons la destinée lointaine de notre chemin de chrétien ; c’est par eux que nous comprenions que notre combat ne consiste pas à instaurer une chrétienté mondaine, ou à réaliser un idéal spirituel à notre mesure humaine, et qu’ici-bas l’amour véritable, l'amour que nous recevons de Dieu, ne peut qu’être vécu comme une blessure ouverte, dans laquelle sera semée la semence du Royaume des Cieux.
Mais en admirant cette liturgie céleste de tous les saints, nous savons aussi que ce n’est pas non plus un arrière monde ou une arrière vie que nous espérons : lorsque nos voix rejoignent les leurs, nos cœurs s’enflamment en touchant la pureté de leur charité, et le Ciel est déjà parmi nous : puisque, cimentés par la foi reçue d’un même baptême, nous constituons ensemble d’un même édifice, qui s’élève sur l’horizon de l’éternité, et unifiés par celui-ci notre vie béatifique a déjà commencé.

Oui, aujourd’hui cette foule immense s’ouvre devant nous, afin que nous puissions y prendre chacun et chacune notre place, bien qu’il y a encore ce chemin qui nous sépare, bien qu'il y a encore ce mystérieux paradoxe du « déjà là et pas encore », mais que cette vision bienheureuse soit déjà le visage de notre espérance, qui nous illumine, qui nous encourage, qui veille sur nous.