Abbe J-S

Abbe J-S

samedi 25 juillet 2015

Homélie du 19 juillet, XVIe dimanche du Temps Ordinaire de l'Année B, prononcée à l'église de l'Immaculée Conception de Queuleu

En accueillant ses disciples revenant de leur première mission, Le Seigneur Jésus voulait conduire son petit troupeau – uniquement les sien – vers un endroit désert, à l’écart, et le faire reposer.
Cependant, la foule ne voulait pas le lâcher. À pieds, de toutes les villes, ils coururent, et même ils devancèrent Jésus et ses disciples sur l’autre rive, et ils l’attendirent. Cette foule affamée, cette foule épuisée, cette foule vulnérable et perdue, elle se présentait en ce jour devant Jésus dans toute sa pauvreté, avec son désir ardent, elle semblait vouloir s’imposer à lui, avec foi et insistance, afin qu’il devienne dès maintenant son berger, son Pasteur.
Oui, cette foule semble avoir bien compris la véritable mission de Jésus : il n’est pas venu pour établir quelques-uns, mais Dieu l’a envoyé pour eux et pour tous. En venant vers lui, en le suivant, la foule voulait réveiller en lui cette insondable miséricorde divine, et le pousser à aller plus loin dans sa mission rédemptrice.
N’est-ce pas étonnant de voir que sur cette page d’Évangile, cette foule audacieuse semble être plus lucide que Notre-Seigneur lui-même sur sa propre mission ? Et si cette foule a pu reconnaître en Jésus son Pasteur, n’est-ce pas parce qu’elle en a vraiment besoin ? N’est-ce pas parce que depuis si longtemps elle a souffert de l’abandon, elle a été affligée par la faim et la soif et tourmentée par la peur et l’égarement, et qu’elle attendait un Pasteur, un vrai bon Pasteur, un Pasteur juste et miséricordieux, qui saura prendre soin d’elle, qui va la nourrir par d’herbe fraîche en abondance et la rassasier par la source d’eau vive, et enfin la conduire jusqu’à sa demeure désirée ?
Dans ce désir ardent de la foule, nous pouvons entendre résonner le beau psaume XXIIe que nous venons de chanter : le Seigneur est mon Berger, rien ne saurait me manquer, sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer…
Jusqu’au IVe siècle, berger et brebis, pâturage verdoyant et eaux vives appartenaient à la décoration des baptistères. Et un peu partout dans l’Église à cette époque, les néophytes – c’est-à-dire les nouveaux baptisés, chantaient le Ps XXII quand ils se rendaient du baptistère à la basilique pour y recevoir pour la première fois la très sainte Eucharistie – le pain de la vie et la coupe du salut, le très saint Corps et le très précieux Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Le peuple de Dieu, régénéré par la grâce, éprouve en lui la faim et la soif de Dieu, son unique Pasteur, et le désir de s’y attacher.
La faim et la soif de Dieu, c’est la vitalité du peuple de Dieu, c’est la vitalité de son Église. Nous ne pouvons pas être nourris par Dieu sans que nous soyons habités par cette faim et cette soif. Dieu ne peut pas être le sauveur d’un peuple qui n’a pas besoin de son salut. Dieu ne peut pas habiter un cœur dans lequel il n’est pas attendu. C’est notre désir qui peut hâter les pas de Dieu pour qu’Il vienne à nous. C’est notre désir ardent qui peut faire de nous son peuple, et que sans ce désir, nous redeviendrons des brebis sans berger.
Il y a quelque temps, un représentant de nos frères d’une autre religion a manifesté publiquement son désir de récupérer nos églises désertées pour en faire leurs lieux de culte. Je ne suis pas ici pour commenter cette réclamation. Mais vous le savez comme moi : nos églises ne peuvent être remplies par nos soupirs de regret ou de nostalgie, ni par notre indignation, elles ne peuvent être remplies que par les chrétiens, les chrétiens en chair et en os, les chrétiens qui sont habités par la faim et la soif de Dieu.
Dans quelques instants, le Seigneur notre bon Pasteur viendra vers nous et il va nous nourrir de son propre Corps. Que ici et maintenant le Seigneur ravive en nous notre faim notre soif, et notre désir de nous unir à Lui.



lundi 25 mai 2015

Homélie de la Pentecote 2015


Le Seigneur nous dit aujourd'hui : « L'Esprit de vérité vous conduira dans la vérité tout entière ».

L'Esprit de Dieu, l'Esprit qui procède du Père et du Fils, l'Esprit comme don que le Seigneur nous envoie d'auprès du Père, est l'Esprit de Vérité.

Mais qu'est-ce que la Vérité ? Cette question a été posée à Jésus par Ponce Pilate, lors du procès du Christ. Lorsque Jésus lui dit : « Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix » ; Pilate lui demanda alors : « Quid est veritas – qu'est ce que la vérité ? » (Jn 18, 27-38)

« Qu'est ce que la vérité ? » Nous pouvons très bien rester indifférents à cette question. En effet, si nous ne nous interrogeons pas sur notre vie, sur le sens de notre existence, cette question a pour nous peu d'importance. Comme Ponce Pilate, qui, en posant cette question, n'attendait aucune réponse, il ne s'y intéressait pas. 

Et nous, sommes-nous intéressés par la Vérité ? Cherchons-nous à savoir ce qu'est la vérité ? Si vous avez fait un peu de grec, vous savez que le mot « vérité » vient du mot « alétheia », qui signifie le contraire de « l'oubli » ou le contraire de ce qui « est caché ». En effet, « Léthé », la seconde partie d'« alétheia », est, dans la mythologie grecque, le fleuve où les âmes y buvant après leur mort, perdent le contact avec ce qu'elles étaient – leurs mémoires s'effacent dans ce fleuve. Si la vérité est le contraire de « ce qui est caché dans l'oubli », elle est donc en quelque sorte un « dévoilement ». Nous pouvons dire que par la vérité, nous nous souvenons de « qui nous sommes réellement », de ce « moi » profond qui, bien souvent, est caché par le brouillard du quotidien, et défiguré par de diverses artifices.

« Qui sommes-nous réellement » ? C'est seulement lorsque nous réussissons à répondre à cette question, que notre existence peut prendre un sens, et devenir vraiment « vie » ; et elle se développe, et tend vers son achèvement. Mais la réponse de notre question ne se trouve qu'en Dieu, qui, comme affirme le symbole de la foi, est notre Créateur et le Créateur de toutes choses. Dieu seul est vérité, puisqu'il est l'origine de toutes existences et en qui toutes réalités se reposent.

Cependant, que pouvons-nous savoir de Dieu, s'il ne se donne pas à nous ? Mais nous savons que pour nous, Dieu, la Vérité suprême, s'est fait chair. Par l'incarnation du Verbe, la Vérité a reçu désormais un visage,  un visage humain. Et ce visage est pour nous un miroir, un miroir qui reflète ce que nous sommes en vérité : la noblesse de notre origine, la grandeur de notre destinée. Ce miroir est le visage du Fils de Dieu qui nous révèle que nous sommes, nous aussi, enfants de Dieu.

Étant retourné auprès du Père, Notre-Seigneur n'est plus présent à nous comme il l'était autrefois auprès des Apôtres ; mais nous ne l'avons pas perdu, puisqu'il nous envoie aujourd'hui son Esprit : l'Esprit de Vérité, qui nous révèle la présence de Notre-Seigneur qui persiste dans notre monde : sa présence dans la sainte Écriture, sa présence dans notre prière, sa présence dans le sacrifice de l'autel, sa présence dans notre prochain. Mais bien plus, l'Esprit de Vérité nous « conduira dans la vérité tout entière ». C'est en accueillant son Esprit que nous pouvons entrer dans le Christ, et devenir Un avec Lui : nous deviendrons « fils » dans le Fils, en Esprit et en Vérité.

Oui, mesurons le don que Dieu veut nous remettre aujourd'hui, c'est don de son amour en plénitude. Amen.

 

jeudi 14 mai 2015

Homélie de la solennité de l'Ascension du Seigneur (14 mai 2015 - l'Année B)

Devant ses disciples, le Seigneur Jésus est monté au Ciel. « Que veut dire : Il est monté ? – écrit Apôtre saint Paul – cela veut dire qu'il était d'abord descendu dans les régions inférieures de la terre. Et celui qui était descendu est le même qui est monté au-dessus de tous les cieux pour remplir l'univers ». (Ep IV)
Jésus-Christ Notre-Seigneur, le Fils unique de Dieu, le Verbe divin, avant son retour auprès du Père, il est d'abord descendu du Ciel. Cette descente du Fils de Dieu est mentionnée dans notre profession de foi ; dans le Symbole de Nicée-Constantinople : « Pour nous les hommes et pour notre salut, il est descendu du Ciel ; par l'Esprit-Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s'est fait chair ». Dieu s'abaisse pour devenir « l'un parmi nous » – le Dieu-Emmanuel, et pour nous relever et nous redonner la dignité de l'enfant de Dieu – la dignité que nous avons perdu à cause du péché.
Et nous savons que l'abaissement du Christ Jésus s'est accompli sur la Croix. Dans son Épître aux Philippiens, saint Paul nous a livré ce magnifique hymne christologique qui résume tous les mystères du Christ : « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, [...], il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : ''Jésus Christ est Seigneur'' à la gloire de Dieu le Père ».
De son humble abaissement à sa glorieuse exaltation, de la fête de Noël à la fête de l'Ascension, se dessine devant nous le chemin tracé par Notre-Seigneur, balisé par ses paroles vivifiantes et ses œuvres rédemptrices. Ce chemin, chers frères et sœurs, devrait aussi être le nôtre : puisque le Christ est notre chemin, comme il est notre unique vérité et la plénitude de notre vie ; il nous invite à arpenter ce chemin qu'il a aplani pour nous – ce chemin qui commence par l'abaissement, et s'achève dans l'élévation.
« Abaissez-vous devant le Seigneur, et il vous élèvera » (Jc 4,10), nous dit l'Apôtre saint Jacques. Mais quel abaissement – sinon l'humilité de reconnaître en Dieu notre Créateur, l'unique tout-puissant et notre sauveur infiniment miséricordieux, et reconnaître en nous la créature infime et blessée, mais qui est appelé à redevenir enfant de Dieu ?
C'est en ayant un cœur d'enfant, un cœur rempli d'affection filial et d'obéissance que nous devenions vraiment enfant de Dieu ; c'est en quittant notre « grandeur » artificielle et illusoire et en acceptant notre réelle petitesse que nous pouvons pénétrer dans l'amour paternel de Dieu qui nous élève et nous fera grandir. « mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère », chante le psalmiste dans psaume 130e. Et sur ces mots, on peut aussi percevoir la petite voie de sainte Thérèse : son ascenseur spirituel qui l'a élèvé directement jusqu'au Ciel, et c'est cela « la porte étroite ».

Mais l'exemple suprême de l'humilité filiale n'est-ce pas celui de Notre-Seigneur ? Lui le petit enfant de Bethléem, couché dans la mangeoire, lui le roi humilié que l'on a exposé sur le bois de supplice, lui le mendiant d'amour qui se tient à notre porte froidement fermée : connaissons-nous une humilité encore plus grande que celle de Notre-Seigneur et Notre Dieu ?
Et aujourd'hui, le Seigneur s'abaisse encore, pour venir à nous sous un aspect encore plus humble, sous un morceau de pain : « Voici, chaque jour, Il s'humilie comme lorsque des trônes royaux, il vint dans le ventre de la Vierge ; chaque jour, il vient lui-même à nous sous une humble apparence ; chaque jour, il descend du sein du Père sur l'autel dans les mains du prêtre. » (Admonitiones I, 16-18) Ces mots de saint François d'Assise nous disent ce qu'est vraiment la très sainte Eucharistie.
Oui, Notre-Seigneur s'abaisse pour venir jusqu'à nous, et nous, osons-nous nous abaisser nous aussi, afin d'être élevés par Lui et de nous unir à Lui ?

Puisse le Christ eucharistique, par son amour divinement humble, fasse naître en nous la même humilité. Amen.

dimanche 12 avril 2015

Homélie du 12 avril 2015, Dimanche de la Miséricorde

Après avoir écouté ce passage de l'évangile selon saint Jean bien connu, mesurons-nous l'humilité surprenante de Notre-Seigneur ?
« Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! » L'Apôtre Thomas refusa ainsi de croire le témoignage de ses collègues.
Le refus de Thomas provient d'une attitude parfaitement humaine, une attitude que l'on peut même qualifier de « scientifique ». Pour l'homme, ceux qui ne peuvent être abordé, vérifié, analysé par ses sensibilités, n'offrent pas non plus de sens intelligibles, et ne sont donc pas crédibles. Cette attitude est une attitude juste et honorable à l'intérieur des sciences de nature.
Or, les réalités de Dieu s'échappent aux sciences à la mesure de l'homme. La résurrection de Jésus-Christ n'est pas une réalité qui puisse être saisie par les sensibilités humaines ni par son entendement.
Devant les limites de l'homme, devant sa misérable petitesse, Notre-Seigneur, le Ressuscité, il ne s'en moque pas. Encore une fois, il s'abaisse. Il s'adresse à son disciple incrédule, non pour le reprocher, mais pour s'offrir à lui : tu veux voir mes plaies ? Tu veux les toucher ? Me voici, regarde-moi, avance ta main...
Si aujourd'hui, le premier dimanche après Pâques, nous célébrons la miséricorde de Dieu, sachons bien que dans cette miséricorde divine il n'y a rien de condescendent à notre égard. Dieu nous dit sa miséricorde dans son humilité. C'est par cette inconcevable humilité que son Verbe, le Verbe de Vie, le Verbe en qui se révèlent tous les mystères du Ciel, s'est fait chair de notre chair : Le Verbe s'est chair, et il a demeuré parmi nous, afin que nos yeux puissent le contempler, et que nos mains puissent le toucher, et que, malgré notre pauvreté et l'obstacle de nos péchés, nous ayons l'accès aux mystères de Dieu et à la vie divine.
Et cette humilité de Dieu a fait l'écho dans le cœur de son disciple. Si, l'Apôtre Thomas incarne, en quelque sorte, l'incrédulité de l'homme, il est non moins le modèle de la conversion. C'est dans sa bouche que nous avons entendu cette incomparable profession de foi : « Mon Seigneur et mon Dieu ». C'est le sommet de toutes les professions de foi des quatre évangiles. Et c'est la seul profession de foi qui attribue à Jésus-Christ le titre de « Dieu ».
Le Ressuscité, celui qui s'est relevé d'entre les morts, est notre Dieu. Ce n'est pas la marque des clous qui a révélé à Thomas ceci, mais c'est son cœur qui s'est ouvert à l'amour infiniment grand et infiniment humble du Dieu vivant.
Notre-Seigneur, en se faisant humble, a pu obtenir l’ouverture du cœur de l'Apôtre Thomas. Aujourd'hui, il s'adresse à nous, sous un aspect encore plus humble – il s'adresse à nous sous le voile de l'Eucharistie. Dans la très sainte Eucharistie, le Seigneur s'offre à chacun de nous, non seulement il nous laisse le contempler, il nous laisse le toucher, et bien plus, par la sainte Communion, il veut devenir une partie de nous-mêmes.
Le Pape saint Pie X, une très grande figure de sainteté du XXe siècle, a donné ce conseil admirablement judicieux à tous les fidèles catholiques : à chaque Messe, lors de l'élévation des saintes espèces, en les adorant, nous pouvons dire à voix basse ou simplement dire dans nos cœurs la profession de foi de l’Apôtre Thomas : « mon Seigneur et mon Dieu ». Puisque c'est vraiment Notre-Seigneur et notre Dieu qui, du haut des cieux, s'abaisse jusqu'à nous, et il veut se donner à nous dans ce petit morceau de pain si banal, il veut s'unir à nous d'une façon aussi humble et pauvre, afin que nous puissions, nous aussi, avoir part à son amour, à son salut.



dimanche 15 mars 2015

Homélie du 15 mars 2015, IVe dimanche de Carême (l'église St Rémi de Rombas)

Depuis son entrée en Église, notre communauté de paroisses accompagne Rose vers son baptême. Dimanche dernier, avec elle, nous avons assisté la rencontre du Seigneur avec la femme samaritaine, le Seigneur nous a invité à recevoir le don de Dieu, l'eau vive qui deviendra en nous la source de la vie éternelle : c'est le don qui nous est donné par le baptême. Aujourd'hui, ce 4e dimanche de Carême, nous poursuivons ce chemin avec Rose en recevant cette Parole révélatrice du Seigneur : « Je suis la lumière du monde ».
Revenons sur l’Évangile que nous venons d'entendre. C'est un récit qui nous surprend dès le début. En voyant l'aveugle-né, les disciples demandèrent au Maître : « Rabbi, qui a péché ? » Un homme privé de vue et de lumière dès sa naissance, c'est mal, c'est inadmissible, c'est un scandale. Comment est-il possible un tel malheur ? Il faut donc qu'il y ait un coupable en qui nous pouvons charger toute la responsabilité, afin que ce scandale impossible devienne concevable.
C'est la logique humaine. Mais le mal n'a pas d'autre nom que le mot « mal », et il n'a pas de logique, il n'a pas de pourquoi, et surtout il n'a pas de visage, il ne peut pas être personnifié, sinon dans la personne du Diable.
Vouloir expliquer le mal c'est vouloir donner « raison » au mal, c'est vouloir le justifier, le relativiser, le banaliser, afin de pouvoir l'ignorer et l'oublier. Une fois le mal est masqué par le visage d'un coupable, il devient dérisoire et négligeable, et même parfois tolérable : quel coupable n'est pas en même temps victime ? Et de qui est-il victime ?
C'est ainsi que le mal continue son œuvre, alors que nous nous contentons du confort de notre bon sentiment et bon sens médiocre.
Mais aujourd'hui, le Seigneur vient nous secouer : non il n'y a pas de coupable dans ce malheur : ni lui ni ses parents n'en sont responsables. Mais Dieu, le Créateur de tout bien, sera glorifié en supprimant ce malheur, en restaurant le bien, ici et maintenant.
Le Seigneur Jésus nous révèle ainsi une autre attitude vis-à-vis du mal : au lieu de vouloir expliquer le mal, nous pouvons lutter. Que la lumière du Bien perce les ténèbres du mal, et qu'elle triomphe.
Mais là, il y a une autre question qui s'impose : lutter contre le mal, c'est courageux ; mais comment ? Le Seigneur Jésus est le Fils de Dieu, il est capable de faire un miracle en guérissant l'aveugle-né, mais nous, que pouvons-nous faire devant tant de maux écrasants qui semblent infiniment plus puissants que nous ?
Certes, nous ne savons pas faire de miracles. Cependant, si le Seigneur a affirmé aujourd'hui que : « Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde », il nous a dit aussi, dans son sermon sur la montagne, que : « vous êtes la lumière du monde ». En effet, depuis la Pentecôte, c'est à nous, chrétiens, de faire rayonner la lumière du Christ dans le monde, et c'est l’Église qui est dorénavant « Lumen Gentium », la présence rayonnante et lumineuse du Christ devant toutes les nations. Si nous voulons que la lumière vainque les ténèbres, soyons nous-mêmes la lumière – et comment, Sinon, que chacun de nous devienne un membre du Christ Notre-Seigneur et que tous nous devenions un avec Lui ? Et l'Apôtre Paul ne nous a pas dit que : nous sommes le Corps du Christ, et chacun de nous est un membre de ce Corps ? En effet, de par le baptême, ensemble nous devenons déjà un avec Jésus-Christ, en devenant membres de son Corps. Et ce corps porte un nom, il s'appelle : « Église ».
Mais ce « devenir » n'a pas été fait une fois pour toutes, c'est par chacun de nos actes, par chacune de nos paroles, par toute notre vie que nous devenons membres du Christ.
C'est en soignant les blessures que nous devenons les mains du Christ ; c'est en consolant les déprimés, que nous devons les lèvres du Christ ; c'est en allant vers les isolés, les délaissés que nous devenons les pieds et le regard du Christ. Certes que personne entre nous ne sait effectuer un miracle, mais le miracle adviendra, lorsque nous deviendrons vraiment son Corps, son Église.

Rose, le jour de ton baptême, tu deviendras toi aussi un membre de l’Église, un membre du Corps du Christ, sois fière ! Demeure toujours un membre vivant. Et surtout, fais sentir ta joie, ta fraîcheur, ta vivacité à ce corps qui semble bien souvent las et fatigué ! Bon courage !

jeudi 12 mars 2015

Homélie du 13 mars 2015, prononcée au Grand Séminaire de Lorraine


Dans la première lecture, le Prophète Osée nous a fait cette invitation : « Revenez au Seigneur en lui présentant ces paroles : enlève toutes les fautes, et accepte ce qui est bon ».

Ayant « un cœur compliqué et malade », comme dit Jérémie, un autre grand prophète, nous pouvons légitimement nous demander : mais qu'est-ce qu'il peut y avoir de bon en nous ?

Souvenons-nous que dans le récit des six jours de la création, à chaque soir, Dieu regarde ce qu'il a œuvré dans la journée, il s'en réjouit : il voit tout ce qu'il a fait était bon, voire très bon. Et parmi les œuvres de Dieu, il y a l’homme. L'homme fut donc parfaitement bon aux yeux de Dieu – dans son état d'origine, dans son innocence, lorsqu'il fut encore le pur reflet de l'image de Dieu, selon sa ressemblance.

Et aujourd'hui, nous demandons à Dieu d'enlever d'abord toutes nos fautes – qu'est-ce que ces fautes ? Sinon ceux qui avilissent en nous la bonté d'origine, ceux qui entachent notre innocence, ceux qui déforment notre ressemblance à l'image de Dieu ?

Avilis, entachés, défigurés, dans notre misérable nudité nous nous adressons à Dieu, Notre-Seigneur, Celui qui nous dit : « Si vos péchés sont comme l’écarlate, ils deviendront aussi blancs que neige. S’ils sont rouges comme le vermillon, ils deviendront comme de la laine ». Le Dieu qui nous a créés bon, est aussi capable de nous récréer, en restaurant en nous la bonté et la pureté première, en nous redonnant la ressemblance selon son propre image.

Oui, demander à Dieu le pardon, demander lui l'effacement de la souillure de nos péché, c'est demander à Dieu une création nouvelle, c'est demander à Dieu de nous transformer en créatures nouvelles ; cette demande elle est déjà un acte de foi, un acte d'espérance et un acte d'amour ; et elle est aussi, selon le Prophète Osée, le sacrifice que nous offrons au Seigneur : « Au lieu de taureaux, nous t’offrons en sacrifice les paroles de nos lèvres ».

Est-il vrai que les paroles de nos lèvres, c’est-à-dire nos prières, peuvent être offertes à Dieu en sacrifice ? Et qu'est-ce que le sacrifice ?

Devant nous, chers frères, il y a la Croix, sur laquelle est exposé le Christ crucifié, c'est ce que l'on appelle – l'unique sacrifice de la nouvelle Alliance : l'unique sacrifice qui est digne de Dieu, c'est le Christ en Croix. Mais le Christ, n'est-il pas le Verbe divin, la Parole de Dieu par laquelle Dieu a créé toute chose ? Et ce Verbe, chargé de la plénitude de l’amour et de la volonté de Dieu, il a pris chair de notre chair, et il a demeuré parmi nous. Le Christ, il est l'expression pleine et entière de l'amour de Dieu notre Créateur et notre Père, et cette expression, nous le voyons, elle n'est pas simplement une expression verbale, elle est charnelle ; en se faisant chair, la Parole sortie de la bouche de Dieu devint l’unique sacrifice, authentique et efficace, offert pour le rachat du monde. Et cette Parole faite chair, elle continue à nous parler, elle continue à se faire entendre, sur la Croix, dans les Saintes Écritures et dans la sainte Eucharistie.

Et nous, pouvons-nous offrir à Dieu en sacrifice les paroles de nos lèvres sans qu'elles se fassent chair ? Et l’apôtre saint Paul, ne nous a-t-il pas dit dans son Épitre aux romains que : « Je vous exhorte, frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps – votre personne tout entière –, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu : et c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte ».

Chers frère, offrons à Dieu les paroles de nos lèvres, mais que notre personne et tout ce que nous sommes y soient engagés et offerts, alors nous pouvons dire au Seigneur que tel est notre sacrifice.

Et qu’en recevant le sacrifice de nos prières, le Seigneur nous prenne entre ses mains, ainsi, il pourra effacer nos souillures, soigner nos blessures, et nous transformer, nous renouveler.

Amen.

samedi 7 mars 2015

Homélie du 8 mars, le IIIe dimanche de Carême (Messe du premier scrutin de catéchumène)

Notre sœur Rose est sur la dernière ligne droite vers son baptême. Le premier dimanche de Carême, à la Cathédrale de Metz, elle a reçu l'appel décisif de l’Église par notre évêque. Ce dimanche, ainsi que les deux prochains dimanches, elle va vivre les trois scrutins de catéchumènes. Et selon la Tradition de l’Église, à l'occasion de ces trois scrutins, la liturgie nous propose les trois passages bien particuliers de l’Évangile selon saint Jean : la rencontre de Jésus avec la femme samaritaine, la guérison de l'aveugle-né et la réanimation de Lazare.
Ici, le mot « scrutin » n'a pas vraiment une connotation électorale, il nous rappelle plutôt le psaume 138e : « Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais […] de très loin tu pénètres mes pensées ». Oui, le Seigneur sait ce qu'il y a dans le cœur de l'homme, il voit nos joies et nos peines, il entend nos désirs, même lorsqu'ils se dissimulent dans le silence. Le Seigneur nous connaît bien mieux que nous-mêmes. Cependant, il s'adresse à nous, il veut nous rencontrer, chacun, chacune, en particulier. Il veut révéler à nous qui nous sommes, en pleine vérité, et également ce à quoi nous sommes appelés. C'est pourquoi, la liturgie d'aujourd'hui nous fait écouter la rencontre entre le Seigneur et la femme samaritaine.
Le Seigneur dit à cette femme : « Si tu savais le don de Dieu ». Nous sommes en Palestine, sous le soleil brûlant du midi. Si cette femme venait chercher l'eau à cette heure-là, c'est bien pour ne rencontrer personne. Puisqu'elle n'était pas une personne de bonne réputation, elle n'est pas quelqu'un de fréquentable, la suite du récit nous l'a fait bien entendre. Elle n'attendait donc pas que cet étranger soit là, à côté du puits, et encore moins qu'il lui adressait une parole, une demande. Et pourtant, cet étranger l'a fait, et il lui dit ce phrase surprenante : « Si tu savais le don de Dieu ». Mais qu'est-ce que le don de Dieu ? Si cette pauvre femme n'en avait aucune idée, son cœur, cependant, ne pouvait être indifférent du regard de cet homme – le regard de Jésus, ardant et limpide, pénétrant mais toujours doux et bienveillant ; c'est ce regard qui lui dit : ce don de Dieu, c'est d'abord toi, ce que tu es, tu es un don de Dieu fait à ce monde. Les autres peuvent t'ignorer, te rejeter, te mépriser, te malmener, et tu peux même être dédaignée et détestée par toi-même ; mais tu es, et tu demeures un don de Dieu, une fierté de ton Créateur, puisque tu es fruit de sa pensée , de son amour, tu as été voulue par sa sainte volonté irrévocable ; tu peux être avilie par le péché, mais rien, rien ne peut te réduire dans le cœur de Dieu, puisque dans son cœur tu es toujours unique et irremplaçable. As-tu oublié cela ? As-tu oublié que tu es un enfant bien aimée de ton Dieu, ton Père ?
Et le Seigneur poursuit, il lui dit encore : et si tu savais celui qui te dit – donne-moi à boire... et oui, qui est cet étranger devant toi, cet homme, si différent que tous les hommes que tu avais connu ? C'est le Messie, c'est-à-dire, l'envoyé de Dieu ; et bien plus, c'est le Fils, le Fils unique de Dieu. « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle » (Jn 3,16). Nous ne pouvons être vraiment touchés par l'amour de Dieu sans avoir rencontré Jésus-Christ ; nous ne pouvons mesurer cet amour sans mesure sans être embrassés pleinement par le don du Fils – c'est en rencontrant le Fils de Dieu que notre vie commence véritablement, et c'est en contemplant le Fils, étant saisie par le Fils que nous apprenons en vérité qui nous sommes.
Mais le Seigneur poursuit encore, il dit à cette femme : mais c'est toi qui devait me demander, et je te donnerai mon eau, l'eau vive qui deviendra en toi une fontaine qui ne tarira jamais. Et qu'est-ce que cette eau vive, sinon celle qui nourrit en nous la plénitude de nous-mêmes ?
À chacun de nous, Dieu a préparé un don particulier, c'est son appel, et tout ce qu'il nous est nécessaire pour y répondre. C'est le don de la vocation : son projet pour chaque personne, afin que nous puissions grandir et nous réaliser dans la pleine liberté et notre inflexible unicité. Cet appel ouvre à chacun son chemin vers les béatitudes, et nous avons toute notre vie pour arpenter ce chemin et arriver à notre Terre promise. Mais Dieu attend de nous une seule chose, c'est de lui ouvrir nos cœurs, et d'accepter ce don qu'il a préparer pour nous.
Le don de Dieu : le don de Dieu qui est nous-mêmes, le don de Dieu qui est son Fils, le don de Dieu qui est la vocation. Méditons dans nos cœurs ce triple don divin, et écoutons dans le silence la voix du Seigneur.