Abbe J-S

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mercredi 2 novembre 2016

L'Homélie du 2 novembre 2016 - La Commémoration de tous les fidèles défunts

« Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume » À cette demande du malfaiteur repenti, le Seigneur répondit sur sa Croix : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis ».
« Demande, et il te sera donné » (Mt 7,7), et bien plus que tu n’as osé demander, puisque le salut n’est plus une simple promesse, tu le reçois aujourd’hui, à l’instant-même où tu ouvres ton cœur au pardon de Dieu : oui, « aujourd’hui, avec le Fils de Dieu, comme un enfant égaré mais retrouvé, tu seras accueilli dans le Paradis ».
Dans la bouche de Jésus, le mot « aujourd’hui » est un mot chargé d’importance. À la Synagogue de Nazareth, le jeune rabbi encore méconnu du public prononça son premier sermon : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre » (Lc 4,21) ; et sur le chemin vers Jérusalem, vers l’achèvement de sa Mission terrestre, le Messie dit au sujet de Zachée, le publicain méprisé : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham » (Lc 19,9).
Avec la venue de Jésus, l’« aujourd’hui » de Dieu entra dans l’histoire de l’homme. Désormais, chaque jour devient « aujourd’hui » de Dieu, puisqu’à chaque jour, le salut nous est donné et la Miséricorde est à l’œuvre. Le temps du salut de Dieu, le temps de son inépuisable Miséricorde, est cet éternel « aujourd’hui ».
Et c’est pourquoi aujourd’hui, rassemblés dans la Maison de Dieu, nous prions avec ferveur et confiance pour nos fidèles défunts, pour ces êtres chers que nous avons perdu. Mais si nous nous sommes perdus de vue avec nos défunts, ils ne nous ont pas quitté pour autant : puisque, « […] il n’y a pas un royaume des vivants et un royaume des morts, il n’y a que le royaume de Dieu, vivants ou morts, et nous sommes dedans »1, ainsi écrit Georges Bernanos dans le Journal d'un Curé de campagne.
Il n’y a que le Royaume de Dieu, il n’y a que le Royaume de sa divine Miséricorde. Avec chaque acte de foi et chaque acte de charité que nous posons dans la confiance et la liberté, et à chaque fois lorsque nous nous ouvrons à la sainte Espérance, la grâce que nous recevons de la Miséricorde de Dieu sera aussi une source de joie et de consolation pour nos chers défunts, puisque, l’amour toujours présent et actuel de Dieu nous tient dans une même et seule Communion ; et le catéchisme de l’Église catholique nous la confirme fermement dans son N° 958 […] « Reconnaissant dès l’abord cette communion qui existe à l’intérieur de tout le corps mystique de Jésus-Christ, l’Église en ses membres qui cheminent sur terre a entouré de beaucoup de piété la mémoire des défunts dès les premiers temps du christianisme en offrant aussi pour eux ses suffrages ; car ‘la pensée de prier pour les morts, afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés, est une pensée sainte et pieuse’ (2 M 12, 45) » (LG 50). Notre prière pour eux peut non seulement les aider mais aussi rendre efficace leur intercession en notre faveur. »
Oui, c’est dans la foi en Communion des saints que nous prions aujourd'hui pour les fidèles défunts. Et cette Communion est la preuve et l’expression même de l’infinité et de l’éternelle actualité de la Miséricorde divine, qui a, d’ores et déjà, vaincu la séparation de la vie et de la mort.
Oui, aujourd'hui, et à chaque aujourd'hui, nous sommes en communion avec nos frères défunts par la Sainteté de Dieu, par son infinie Miséricorde, et nous sommes sur le même chemin, et nous marchons ensemble vers la vision bienheureuse de Dieu.

1 Georges Bernanos, Œuvres Romanesques, coll. Bibliothèque de la Pléiade ; 1961, Paris ; p. 1161.

mardi 1 novembre 2016

Homélie pour la Solennité de la Toussaint - 1 novembre 2016

« Au Seigneur, le monde et sa richesse, la terre et tous ses habitants ! » Le commencement du Psaume 23e que nous venons d’entendre, est en effet une véritable profession de foi : Dieu, le Créateur de tout ce qui existe, Il est et demeurera éternellement le Maître de son œuvre. Il est le Maître, puisqu’il est non seulement l’auteur, mais aussi la source perpétuelle, le fondement indéfectible et le gardien fidèle et absolument fiable de toute la création. « C’est lui qui l’a fondée sur les mers et la garde inébranlable sur les flots ». « Les mers », « les flots », ces mots imagés nous demandent de les entendre selon le langage biblique. En effet, dans l’Écriture sainte, les eaux signifient bien souvent la force du néant, la puissance redoutable que l’homme ne peut pas maîtriser. Dieu créa le monde à partir du néant, et Il continue à le garder de cette menace. C’est en s’enracinant dans la miséricorde inépuisable du Créateur que l’homme ainsi que toute créature puisse demeurer « inébranlable » devant la possibilité du néant.
Cependant, distingué de toutes les autres créatures, l’homme seul a été créé à l’image de Dieu. C’est-à-dire, il est la seule créature douée de conscience et de liberté. Il peut discerner et se décider pour son avenir. C’est pourquoi la vie qui lui est donnée est un chemin à parcourir. Mais c’est à lui de choisir, de déterminer, à chaque jour et à chaque instant, si son chemin se dirige vers Dieu.
« Qui peut gravir la montagne du Seigneur, et se tenir dans le lieu saint ? L’homme au cœur pur, aux mains innocentes, qui ne livre pas son âme aux idoles. » Ces versets du Psaume peut être interprétés d’une façon simplement légaliste et moralisante. Mais la Parole de Dieu n’est pas un manuel de la théologie morale. Elle nous révèle qui est Dieu et qui nous sommes, elle nous dessine la volonté aimante et bienfaisante de Notre-Seigneur. Si le Créateur nous a donné un cœur, c’est parce qu’Il veut y faire sa demeure ; et s’Il nous a donné les mains, c’est pour que nous cultivons et embellissons ce monde dans lequel Il nous a établi gardiens et gouverneurs. Mesurons-nous sa confiance et sa libéralité ? Sommes-nous fidèles à notre vocation ? Ou bien, nous nous laissons envahir et asservir par ces choses qui ne sont pas Dieu : que ce soit l’argent, le pouvoir, le confort, la facilité, ou notre propre ego ? Salir nos mains et notre cœur, c’est nous laisser égarer dans ce labyrinthe de tentations, c’est nous laisser charmer par les séductions malicieuses et éphémères des idoles mondaines qui finiront par nous aliéner, par nous chosifier. En vivant dans ce monde, il est tellement aisé de se laisser aller. Et le contraire, ce serait de vivre cette vie comme une épreuve et la mener comme un combat.
« Ces gens vêtus de robes blanches, qui sont-ils ? Et d’où viennent-ils ? » L’Apôtre saint Jean nous invite à lever nos yeux vers le Ciel, vers cette assemblée lumineuse des saints, vers cette Église triomphante qui glorifie Dieu devant sa Majesté, et Il nous fait entendre cette voix qui dit : « ils viennent de la grande épreuve ». Mais quelle épreuve ? Pour le chrétien, il n’y a jamais qu’une seule épreuve qui se résume par cette contradiction : vivre dans ce monde tout en s’attachant à Dieu, c’est-à-dire : vivre déjà en citoyen du Ciel. Cette épreuve peut prendre la forme d’une persécution avérée et sanglante, comme dans certains pays islamiques, ou celle d’une terreur déguisée – la terreur des mensonges politiques et médiatiques, la terreur des injures publiques ou la terreur de l’indifférence de la majorité – comme dans nos pays occidentaux ; mais elle peut aussi prendre la forme de la simple routine, et se cacher derrière les petites tentations du quotidien. Tous ceux qui peuvent nous séparer de Dieu nous mettent à l’épreuve, et nous devons les combattre, et les saints du Ciel sont vainqueurs de ces mêmes combats.

Et nous savons aussi que nous ne serons jamais orphelins : regardons nos saints du Ciel : « ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau ». Oui, nous aussi, nous serons vainqueurs, puisque l’Agneau est Vainqueur : le Christ, le Ressuscité, Il est Vainqueur du Mal et de la Mort. Il est notre vie, Il est le chemin qui nous conduit vers Dieu, Il est notre chemin de sainteté. Tous, nous sommes appelés à la sainteté, et c’est en nous revêtant du Christ que nous deviendrons saints. Nos aînés du Ciel en ont fait expérience. Marchons dans leurs pas, poursuivons leur chemin, et nous y parviendrons nous aussi.