Abbe J-S

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jeudi 28 avril 2016

Homélie prononcée au Collège et lycée Saint-Pierre-Chanel de Thionville lors de la Fête patronale (28 avril 2016)

Dans le passage d’Évangile que nous venons d'entendre, le Seigneur ressuscité envoie ses Apôtres : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ». Dis-huit siècles plus tard, c'est animé par le même Esprit évangélique, avec le même zèle, que le jeune prêtre mariste Pierre Louis Marie Chanel embarque en direction de l'Océanie.

En arrivant à l'île de Futuna, le Père Chanel a reçu d'abord un accueil bienveillant, même généreux. Durant les deux premières années de sa missions, il a été soutenu et protégé par Niuliki, roi des indigènes. Cependant, très vite, le mouvement des conversions à la foi chrétienne prend l'ampleur, et le succès des missionnaires suscite de vive jalousie de la part des notables locaux. Menacé de mort, le Père Chanel répond : « La religion est implantée dans l'île, elle ne s'y perdra point par ma mort, car elle n'est pas l'ouvrage des hommes, mais elle vient de Dieu. » Cette parole est prophétique. Peu après son martyre, toute île de Futuna devient chrétienne, même ses assassins se sont convertis au Christ et la fille du roi Niuliki sera la première religieuse futunienne. Le sang du martyr est la semence de la foi chrétienne.

L’œuvre qui vient de Dieu ne se perdra pas. Cette parole du saint martyr nous invite à méditer sur nos engagements professionnels, sur nos travaux quotidiens : nos ouvrages, persisteront-ils ?

Je voudrais m'adresser à vous, chers professeurs, vous êtes chargés d'éduquer et de former la nouvelle génération ; et en œuvrant pour ceci, vous participez à l'édification de l'avenir de notre société. Quels jeunes voudriez vous former ? Les jeunes solides, bien sûr, les jeunes bien instruits, compétents, compétitifs, les jeunes dynamiques, ouverts d'esprit, les jeunes responsables et serviables qui auront souci du bien commun et qui sauront construire un vivre-ensemble harmonieux. Oui, certes, vous travaillez pour former des jeunes entreprenants et sérieux qui tâcheront de construire un avenir meilleur.

Cependant, je pense aux pères maristes qui ont fondé cet établissement et l'ont confié au patronage de saint Pierre Chanel, je pense que la volonté qui les poussa à faire naître cette belle œuvre éducative ne s'attachait probablement pas uniquement aux qualités humaines de la jeunesse. Étant hommes de foi et missionnaires, ils voulurent sans doute donner au monde des jeunes non seulement intellectuellement solides, mais aussi spirituellement enracinés ; des jeunes non seulement instruits et compétents mais qui feront aussi partie de ceux qui voudront devenir des hommes de conviction noble et profonde, des dépositaires et des passeurs des valeurs intemporelles ; des jeunes non seulement dynamiques et ouverts d'esprit, mais aussi capables de s'incarner l'âme d'un pays, d'une société, d'une génération ; des jeunes non seulement serviables et entreprenants, mais aussi généreux, audacieux et sans complexe, qui oseront agir selon leur foi et leur vocation même lorsque l'air du temps est contraire à leurs idéaux et à la vérité.

Oui, si nous voulons que nos ouvrages persistent dans ce monde si changeant, il faudrait que nous nous attachions aux choses qui ne passeront pas. « Ta pyramide n'a point de sens, dit Antoine de Saint-Exupéry, si elle ne s'achève en Dieu. Car Celui-là se répand sur les hommes après les avoir transfigurés ».

Chers amis, l'éducation est une mission délicate mais bien noble, et son importance pour la société est difficilement mesurable. Que l'exemple de saint Pierre Chanel – qui était lui-même excellent éducateur – vous encourage, que ses paroles et ses actes enrichissent vos pensées et vous inspirent, et que sa prière vous obtienne la bénédiction du Ciel.

dimanche 24 avril 2016

Homélie du Ve dimanche de Pâques C (24 avril 2016)


Dans la première lecture, les Apôtres, Paul et Barnabé, « rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux, et comment il avait ouvert aux nations la porte de la foi » (Ac 14,27). Dieu, par le labeur de ses serviteurs, a ouvert aux peuples du monde « la porte de la foi ».
« Traverser cette porte, dit le Pape Benoît XVI, implique de s’engager sur ce chemin qui dure toute la vie. Il commence par le baptême (cf. Rm 6, 4), par lequel nous pouvons appeler Dieu du nom de Père, et s’achève par le passage de la mort à la vie éternelle, fruit de la résurrection du Seigneur Jésus qui, par le don de l’Esprit Saint, a voulu associer à sa gloire elle-même tous ceux qui croient en lui (cf. Jn 17, 22) ». (Porta fidei, 1)
La foi, qui nous est donnée comme un don de Dieu dans le baptême n'est donc pas une fin en soi. La foi est une « porte », elle nous révèle un chemin, elle nous engage à parcourir ce chemin de la foi.
Mais vers où nous mène ce chemin ? La Pape nous dit : il nous mènera vers « le passage de la mort à la vie éternelle », vers la « gloire » du Ressuscité, à laquelle nous sommes invités à nous « associer ». C'est-à-dire : par le don de la foi, notre vie, notre existence même a reçu un sens, une orientation – nous sommes destinés à cette vie éternelle promise par Dieu, par la résurrection de son Fils, et nous participerons à sa gloire. C'est ce que nous appelons « l'espérance chrétienne », le don de la foi est lié au don de l'espérance en la vie éternelle.
Cependant, espérons-nous vraiment « la vie éternelle » ? Qu'est-ce que c'est cette « vie éternelle », pour que nous la désirons et y mettons notre espérance ? pourquoi est-elle digne d'être considérée comme le sens de notre vie ?
Voilà que le livre de l'Apocalypse nous offre un paysage surprenant qui illustre bien ce qu'est cette vie éternelle. Il nous parle d'« un ciel nouveau et une terre nouvelle », une cité divinement belle descendue du Ciel d'auprès de Dieu. Mais cette cité céleste, le ciel nouveau et la terre nouvelle ne désigne aucun lieu géographique ou spatial, elle signifie en effet une réalité inouïe : « Voici la demeure de Dieu avec les hommes ; il demeurera avec eux, et ils seront ses peuples, et lui-même, Dieu avec eux, sera leur Dieu ». Et voilà ce qu'est la vie éternelle : la vie éternelle n'est rien d'autre que notre communion véritable et parfaite avec Dieu et avec tous nos frères en Dieu.
Et cette communion va transfigurer notre vie présente : Dieu « essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur : ce qui était en premier s’en est allé. » C'est-à-dire : toutes nos souffrances, tous nos chagrins, tous nos regrets, en un mot, tous ceux qui pourraient rendre notre vie vilaine, insupportable, voire absurde seront recueillis et complètement transformés en Dieu, et nous-mêmes serons libérés de notre pauvre finitude – c'est-à-dire notre condition mortelle, et notre vie deviendra véritablement Vie en atteignant en Dieu sa perfection et sa plénitude.
Et voilà pourquoi Dieu nous a créé et que nous sommes nés dans le monde : nous ne sommes pas nés pour qu'un jour, nous soyons anéantis par une mort définitive et irréversible ; nous ne sommes pas nés pour être arrachés aux personnes que nous aimons et sombrer dans leur regret et l'oubli des âges à venir ; nous ne sommes pas nés pour retourner à la poussière comme toutes les œuvres des mains humaines de jadis. C'est par l'amour totalement gratuit que Dieu, qui est Lui-même la perfection et la plénitude, nous a créés, et nous sommes nés pour l'amour, pour la perfection, pour la plénitude. Nul amour n'est vain, et rien de ce que nous avons et de ce que nous aurons semé de beau et de vrai en cette vie ne sera perdu.
Et la vie éternelle, Dieu nous l'a déjà donnée : en nous faisant renaître de l'eau et de l'Esprit, en nous ouvrant la porte de la foi, Il nous a donné la vie éternelle sous forme de la promesse et comme un grain de l'espérance, cette vie véritable a été semée en nous.
Et l'apôtre saint Pierre nous dit : « Soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre raison de l’espérance qui est en vous » (1P 3,15).
Oui, tenons-nous toujours prêts à rendre raison de l'espérance qui est en nous. Seuls nous qui pouvons rendre visible le don invisible que nous avons reçu de Dieu.
En voyant les chrétiens sortaient de l'église, le philosophe Nietzsche dit : « Je croirais en Dieu quand je verrai les chrétiens plus heureux ». Pour quelqu'un qui questionne, il n'avait pas tort. Soyons donc les messagers de l'amour de Dieu par notre joie, la joie du Ressuscité, la joie de la vie éternelle.

Homélie lors d'un mariage (16 avril 2016)

Chère V., cher N., vous voici devant l’autel du Seigneur, dans quelques instants, vous allez vous donner la main, et, par vos paroles, par vos gestes, vous allez vous donner l’un à l’autre, et cet amour qui vous lie depuis de nombreuses années, sera ainsi béni et sanctifié par ce beau sacrement de mariage établi par le Seigneur Dieu.
Oui, votre amour sera béni par Dieu et sanctifié. Et vous avez entendu cette parole de l’Apôtre Paul : « L’amour ne passera jamais ». L’amour que vous célébrez aujourd’hui, demeurera en vous pour toujours.
Mais il est bon de nous poser cette question : de quel amour parle l’Apôtre Paul ? parle-t-il de cet élan qui vous habite, qui vous anime et qui vous pousse l’un vers l’autre ? parle-t-il de cette petite lueur qui allume vos regards lorsque vous vous regardez profondément les yeux dans les yeux ? parle-t-il de cette chaleur intérieure ou ce gémissement de cœur quand vos doigts se croisent, vos bras se serrent ?
Oui, saint Paul nous parle de l’amour, cependant il ne parle pas d’un amour aussi sublime, aussi poétique, mais d’un amour d’humble apparence : il nous parle d’un amour qui prend patience, qui rend service, qui ne jalouse pas, qui ne se vante pas, qui ne se gonfle pas d’orgueil, qui ne fait rien d’inconvénient, qui ne cherche pas d’intérêt ; il nous parle d’un amour qui n’est pas la description d’un état d’esprit dans lequel nous pouvons nous trouver un jour ou l’autre, mais d’un amour qui est un acte concret que nous avons à poser.
L’amour dans lequel le sacrement de mariage se réalise n’est pas un état mais un acte.
Puisque cet amour est un acte, il ne sera pas affaibli lorsque l’élan de nos cœurs décline ou la chaleur de nos émotions refroidit et il ne sera pas affadi lorsque nos âges avancent et que le temps vienne raidir nos corps et transformer nos visages ; puisque cet amour est un acte, il peut progresser, il peut s’embellir, il peut se perfectionner, par nos soins, par nos attentions, par nos sollicitudes ; et puisque cet amour est un acte, il peut se perpétuer, s’éterniser, en se renouvelant chaque jour, chaque instant.
Oui, cet amour ne passera jamais, puisqu’il est bien plus que ce beau sentiment qui peut faire jaillir votre larme, mais il sollicite votre volonté, et engage toute votre personne. Et cet amour n’est possible que s’il s’enracine et se ressource sans cesse dans un amour plus grand encore, l’amour de celui qui fait de sa vie un don total, celui qui vous a dit aujourd’hui dans l’Evangile : « Demeurez dans mon amour ».
Demeurez dans l’amour du Christ, demeurez dans celui qui nous a aimé par son corps livré et par son sang versé, et ce faisant, votre amour grandira et se consolidera et il fera rayonner la splendeur de la joie parfaite.