Abbe J-S

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mercredi 2 novembre 2016

L'Homélie du 2 novembre 2016 - La Commémoration de tous les fidèles défunts

« Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume » À cette demande du malfaiteur repenti, le Seigneur répondit sur sa Croix : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis ».
« Demande, et il te sera donné » (Mt 7,7), et bien plus que tu n’as osé demander, puisque le salut n’est plus une simple promesse, tu le reçois aujourd’hui, à l’instant-même où tu ouvres ton cœur au pardon de Dieu : oui, « aujourd’hui, avec le Fils de Dieu, comme un enfant égaré mais retrouvé, tu seras accueilli dans le Paradis ».
Dans la bouche de Jésus, le mot « aujourd’hui » est un mot chargé d’importance. À la Synagogue de Nazareth, le jeune rabbi encore méconnu du public prononça son premier sermon : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre » (Lc 4,21) ; et sur le chemin vers Jérusalem, vers l’achèvement de sa Mission terrestre, le Messie dit au sujet de Zachée, le publicain méprisé : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham » (Lc 19,9).
Avec la venue de Jésus, l’« aujourd’hui » de Dieu entra dans l’histoire de l’homme. Désormais, chaque jour devient « aujourd’hui » de Dieu, puisqu’à chaque jour, le salut nous est donné et la Miséricorde est à l’œuvre. Le temps du salut de Dieu, le temps de son inépuisable Miséricorde, est cet éternel « aujourd’hui ».
Et c’est pourquoi aujourd’hui, rassemblés dans la Maison de Dieu, nous prions avec ferveur et confiance pour nos fidèles défunts, pour ces êtres chers que nous avons perdu. Mais si nous nous sommes perdus de vue avec nos défunts, ils ne nous ont pas quitté pour autant : puisque, « […] il n’y a pas un royaume des vivants et un royaume des morts, il n’y a que le royaume de Dieu, vivants ou morts, et nous sommes dedans »1, ainsi écrit Georges Bernanos dans le Journal d'un Curé de campagne.
Il n’y a que le Royaume de Dieu, il n’y a que le Royaume de sa divine Miséricorde. Avec chaque acte de foi et chaque acte de charité que nous posons dans la confiance et la liberté, et à chaque fois lorsque nous nous ouvrons à la sainte Espérance, la grâce que nous recevons de la Miséricorde de Dieu sera aussi une source de joie et de consolation pour nos chers défunts, puisque, l’amour toujours présent et actuel de Dieu nous tient dans une même et seule Communion ; et le catéchisme de l’Église catholique nous la confirme fermement dans son N° 958 […] « Reconnaissant dès l’abord cette communion qui existe à l’intérieur de tout le corps mystique de Jésus-Christ, l’Église en ses membres qui cheminent sur terre a entouré de beaucoup de piété la mémoire des défunts dès les premiers temps du christianisme en offrant aussi pour eux ses suffrages ; car ‘la pensée de prier pour les morts, afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés, est une pensée sainte et pieuse’ (2 M 12, 45) » (LG 50). Notre prière pour eux peut non seulement les aider mais aussi rendre efficace leur intercession en notre faveur. »
Oui, c’est dans la foi en Communion des saints que nous prions aujourd'hui pour les fidèles défunts. Et cette Communion est la preuve et l’expression même de l’infinité et de l’éternelle actualité de la Miséricorde divine, qui a, d’ores et déjà, vaincu la séparation de la vie et de la mort.
Oui, aujourd'hui, et à chaque aujourd'hui, nous sommes en communion avec nos frères défunts par la Sainteté de Dieu, par son infinie Miséricorde, et nous sommes sur le même chemin, et nous marchons ensemble vers la vision bienheureuse de Dieu.

1 Georges Bernanos, Œuvres Romanesques, coll. Bibliothèque de la Pléiade ; 1961, Paris ; p. 1161.

mardi 1 novembre 2016

Homélie pour la Solennité de la Toussaint - 1 novembre 2016

« Au Seigneur, le monde et sa richesse, la terre et tous ses habitants ! » Le commencement du Psaume 23e que nous venons d’entendre, est en effet une véritable profession de foi : Dieu, le Créateur de tout ce qui existe, Il est et demeurera éternellement le Maître de son œuvre. Il est le Maître, puisqu’il est non seulement l’auteur, mais aussi la source perpétuelle, le fondement indéfectible et le gardien fidèle et absolument fiable de toute la création. « C’est lui qui l’a fondée sur les mers et la garde inébranlable sur les flots ». « Les mers », « les flots », ces mots imagés nous demandent de les entendre selon le langage biblique. En effet, dans l’Écriture sainte, les eaux signifient bien souvent la force du néant, la puissance redoutable que l’homme ne peut pas maîtriser. Dieu créa le monde à partir du néant, et Il continue à le garder de cette menace. C’est en s’enracinant dans la miséricorde inépuisable du Créateur que l’homme ainsi que toute créature puisse demeurer « inébranlable » devant la possibilité du néant.
Cependant, distingué de toutes les autres créatures, l’homme seul a été créé à l’image de Dieu. C’est-à-dire, il est la seule créature douée de conscience et de liberté. Il peut discerner et se décider pour son avenir. C’est pourquoi la vie qui lui est donnée est un chemin à parcourir. Mais c’est à lui de choisir, de déterminer, à chaque jour et à chaque instant, si son chemin se dirige vers Dieu.
« Qui peut gravir la montagne du Seigneur, et se tenir dans le lieu saint ? L’homme au cœur pur, aux mains innocentes, qui ne livre pas son âme aux idoles. » Ces versets du Psaume peut être interprétés d’une façon simplement légaliste et moralisante. Mais la Parole de Dieu n’est pas un manuel de la théologie morale. Elle nous révèle qui est Dieu et qui nous sommes, elle nous dessine la volonté aimante et bienfaisante de Notre-Seigneur. Si le Créateur nous a donné un cœur, c’est parce qu’Il veut y faire sa demeure ; et s’Il nous a donné les mains, c’est pour que nous cultivons et embellissons ce monde dans lequel Il nous a établi gardiens et gouverneurs. Mesurons-nous sa confiance et sa libéralité ? Sommes-nous fidèles à notre vocation ? Ou bien, nous nous laissons envahir et asservir par ces choses qui ne sont pas Dieu : que ce soit l’argent, le pouvoir, le confort, la facilité, ou notre propre ego ? Salir nos mains et notre cœur, c’est nous laisser égarer dans ce labyrinthe de tentations, c’est nous laisser charmer par les séductions malicieuses et éphémères des idoles mondaines qui finiront par nous aliéner, par nous chosifier. En vivant dans ce monde, il est tellement aisé de se laisser aller. Et le contraire, ce serait de vivre cette vie comme une épreuve et la mener comme un combat.
« Ces gens vêtus de robes blanches, qui sont-ils ? Et d’où viennent-ils ? » L’Apôtre saint Jean nous invite à lever nos yeux vers le Ciel, vers cette assemblée lumineuse des saints, vers cette Église triomphante qui glorifie Dieu devant sa Majesté, et Il nous fait entendre cette voix qui dit : « ils viennent de la grande épreuve ». Mais quelle épreuve ? Pour le chrétien, il n’y a jamais qu’une seule épreuve qui se résume par cette contradiction : vivre dans ce monde tout en s’attachant à Dieu, c’est-à-dire : vivre déjà en citoyen du Ciel. Cette épreuve peut prendre la forme d’une persécution avérée et sanglante, comme dans certains pays islamiques, ou celle d’une terreur déguisée – la terreur des mensonges politiques et médiatiques, la terreur des injures publiques ou la terreur de l’indifférence de la majorité – comme dans nos pays occidentaux ; mais elle peut aussi prendre la forme de la simple routine, et se cacher derrière les petites tentations du quotidien. Tous ceux qui peuvent nous séparer de Dieu nous mettent à l’épreuve, et nous devons les combattre, et les saints du Ciel sont vainqueurs de ces mêmes combats.

Et nous savons aussi que nous ne serons jamais orphelins : regardons nos saints du Ciel : « ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau ». Oui, nous aussi, nous serons vainqueurs, puisque l’Agneau est Vainqueur : le Christ, le Ressuscité, Il est Vainqueur du Mal et de la Mort. Il est notre vie, Il est le chemin qui nous conduit vers Dieu, Il est notre chemin de sainteté. Tous, nous sommes appelés à la sainteté, et c’est en nous revêtant du Christ que nous deviendrons saints. Nos aînés du Ciel en ont fait expérience. Marchons dans leurs pas, poursuivons leur chemin, et nous y parviendrons nous aussi.

dimanche 17 juillet 2016

Homélie du XVIe dimanche du Temps Ordinaire (année C) - 17 juillet 2016

« Une seule chose est nécessaire », dit le Seigneur à Marthe, sa très dévouée servante. Cette Parole du Seigneur s'adresse aussi à nous. Qu'est-ce qui est nécessaire pour nous ? J'ai regardé dans le dictionnaire Littré, il est écrit que ce qui est nécessaire, c'est ce « qui doit être pour que quelque chose soit ou se fasse ». Par exemple, la respiration est nécessaire à la vie.

Qu'est-ce qui est cette unique chose nécessaire pour nous qui peut être comparable à la respiration, sans laquelle notre existence s'anéantira ? La figure de Marie, la sœur de Marthe semble pouvoir nous donner une réponse : elle « s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole ». Être avec le Maître, écouter sa parole en le contemplant avec tendresse et piété, en se laissant entièrement absorbée par Lui, cela, selon la Seigneur est la meilleure part de ce qui est nécessaire.

En effet, l'attitude Marie à l'égard du Seigneur illustre bien une autre parole de l’Évangile. Dans le chapitre IIIe de l'évangile selon saint Marc, l'évangéliste écrit : Le Seigneur « gravit la montagne, et il appela ceux qu’il voulait. […] Il en institua douze pour qu’ils soient avec Lui » (Mc 3,13-14).

Les disciples du Seigneur sont ceux qui sont appelés « pour être avec Lui ». Être avec le Seigneur, c'est ce qui fait d'une personne un disciple du Christ, c'est ce qui donne le sens et le fondement à la vie d'un chrétien. Un chrétien, un disciple de Jésus-Christ, son existence n'a de sens seulement lorsque le Christ est constamment présent au centre de sa vie ; c'est le Christ aimé, adoré, contemplé qui, seul, peut porter sa vie, peut élever son âme vers Dieu le Père, vers les béatitudes promises.

Marie, en tant que disciple de Jésus-Christ, a entendu l'appel de son Maître, et elle a su répondre à cette appel avec l'attitude d'un véritable disciple, elle a compris que ce qui est essentiel pour un disciple : cette unique chose « nécessaire », c'est être avec lui, être pleinement avec lui.

Être avec le Christ, c'est ce qui donne sens à notre vie, à nous chrétiens qui sommes appelés à devenir ses disciples. Cependant, cette invitation ne concerne-t-elle que nous, ou bien qu'elle s'adresse à tous ? Nous pouvons dire avec certitude que du moment où le Seigneur dit à ses Apôtres : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé » (Mt 28, 19-20), toute l'humanité est appelée par le Christ, tout être humain est appelé à devenir disciple du Christ : puisque Lui, qui est « le chemin, la vérité, la vie » (Jn 14,6) en Personne, Il est le sens même de toute vie. Comme dit le Pape Benoît XVI : « Seulement là où on voit Dieu commence véritablement la vie. Seulement lorsque nous rencontrons dans le Christ le Dieu vivant, nous connaissons ce qu’est la vie. Nous ne sommes pas le produit accidentel et dépourvu de sens de l’évolution. Chacun de nous est le fruit d’une pensée de Dieu. Chacun de nous est voulu, chacun est aimé, chacun est nécessaire ».


Nous voyons combien le monde d'aujourd'hui est régné par le nihilisme et l'absurde, nous voyons combien à présent l'humanité est en quête du sens. Ces personnes qui sont emportées par la barbarie, ne sont-elles pas les victimes aussi de ce vide qui les ronge de l'intérieur et qui les aliènent, alors elles vont jusqu'à croire que leur salut se trouve dans la destruction des autres ?

Bien sûr que nous devons lutter contre la barbarie, contre la violence, contre toute radicalisation qui défigure l'homme. Mais la meilleure façon de combattre le mal, c'est couper sa racine. Et la racine du mal de notre temps, c'est le matérialisme, qui, par la dictature des médias, des publicités, veut nous faire croire que nous ne sommes que des esclaves de nos instincts les plus bas et que seule la consommation puisse nous sauver.

Non, nous ne sommes esclave de personne, ni de nous-mêmes, le Christ nous a libérés, et Il est venu pour sauver toute l'humanité.

Chers frères et sœurs, nous sommes les disciples du Christ, notre vie s'enracine dans notre union à lui ; et en tant que disciples, nous existons pour montrer au monde le Dieu de Jésus-Christ, pour faire rencontrer, connaître et aimer Notre-Seigneur, l'unique vrai Sauveur à tous nos frères ; c'est là, et seulement là, notre combat de toujours.

Ne soyons jamais découragés, quelque soient les menaces, le Seigneur est fidèle et Il est avec nous, Il est notre espérance, Il ne nous abandonnera jamais.





samedi 11 juin 2016

Homélie du XIe dimanche du Temps Ordinaire, Année C – 12 juin 2016

Nous avançons dans l'année sainte de la Miséricorde, et voilà l’Évangile de cet onzième dimanche du Temps Ordinaire nous donne un enseignement admirablement profond sur la Miséricorde de Dieu ; et surtout, il nous illustre ce qu'est « accueillir la Miséricorde de Dieu ».

Saint Luc, l'écrivain le plus sublime des quatre évangélistes, nous met devant une scène extraordinaire : dans la maison d'un notable pharisien nommé Simon, lors d'un festin auquel Jésus était convié en qualité de Rabbi ; survint alors une femme, une pécheresse reconnue ; et, entrant dans la salle, elle se mit directement derrière Jésus, et elle couvrit les pieds de ce dernier du parfum précieux et de ses baisers, et elle les essuya de ses chevaux. Ces gestes plus que osés, nous pouvons les qualifier de « gestes affectueux », pour ne pas dire sensuels. Et ces gestes ont été posés publiquement, mais devant quel public ! Les pharisiens, les personnes religieuses et vertueuses, ceux qui incarnent l’observance stricte de la loi Mosaïque et qui orientent les opinions de publiques. Et évidemment, à cet instant, tous les regards sont fixés sur Jésus, et nous savons que si personne n'avait empêché l'entreprise de cette pécheresse, c'est parce que ces notables qui étaient présents voulaient savoir ce qui allait se produire, et comment Jésus allait réagir.
Nous connaissons ce qu'est la réaction de Jésus, son attitude libératrice et salutaire à l'égard de cette femme, mais revenons sur elle : qu'est-ce qui l'a poussée à faire cette folie ? D'où vient son audace surprenante ?
Sans doute, elle a déjà entendu parler de Jésus : ce Jésus qui en traversant la terre de Galilée et de Judée annonce l'arrivée du Royaume de Dieu et enseigne la conversion à tous ; ce Jésus qui guérit les malades, relève les infirmes, chasse les esprits mauvais et en libère les captifs ; et surtout ce Jésus qui est un rabbi, non pas comme les autres, mais il ose toucher ceux qui étaient intouchables, fréquenter ceux qui n'étaient pas fréquentables, et il va vers ceux ont été rejetés, exclus, et il les fait revenir sur le chemin vers Dieu en leur donnant le pardon.
Elle qui était intouchable, infréquentable, rejetée et exclue, en apprenant l'arrivée d'un tel Maître, elle y vois son Messie et son cœur éteint s'allume par une espérance nouvelle, et elle a décidé d'aller à sa rencontre.
Mais si en entrant dans la maison de Simon, elle a pu repérer aussitôt celui que son cœur cherchait, très probablement, elle connaissait déjà le visage de Jésus. Peut-être, elle l'a déjà aperçu de loin en se dissimulant parmi la foule qui le suivait. Peut-être elle-même l'a déjà suivi depuis quelques jours. Nous ne pouvons pas savoir ce qu'elle a vu, mais une chose est certaine : l'ayant vu de ses yeux, ce qu'elle avait entendu auparavant a été confirmé ; et bien plus, le visage de Jésus lui a donné cette certitude que, bien avant être pardonnée, elle était déjà aimée – elle a cette certitude d'être aimée de ce rabbi, en qui Dieu est présent, alors elle a décidé de répondre à cet amour immérité et inespéré par l'expression de son propre amour, elle a décidé de lui dire son amour par ses gestes : ses gestes audacieux mais humbles et sincères, ses affectueux, amoureux mais profondément chastes et purs, ses gestes silencieux mais qui font entendre le cri de son cœur.
Cette femme n'a pas demandé le pardon, mais en accueillant l'amour divin, elle est déjà pardonnée ; elle n'a pas demandé le salut, mais en manifestant son amour, elle est déjà sauvée ; elle est à présent fondue en larmes, mais de ses larmes jaillissent déjà les rayons de la joie ; elle s'est prosternée aux pieds de son Sauveur, mais dorénavant elle est relevée par les mains de Dieu.
Cette femme a vécu une véritable expérience de la Miséricorde de Dieu. La Miséricorde de Dieu n'est pas une pitié hautaine et impersonnelle qui nous est donnée avec mépris ou condescendance, mais elle est ce sans quoi notre vie perd de sens et tombe en ruine ; elle est toujours là à portée de nos mains, elle nous précède et nous environne, elle frappe sur la porte de notre cœur en voulant être accueillie.

Le Pape Benoît XVI dit : « Seulement là où on voit Dieu commence véritablement la vie. Seulement lorsque nous rencontrons dans le Christ le Dieu vivant, nous connaissons ce qu’est la vie. Nous ne sommes pas le produit accidentel et dépourvu de sens de l’évolution. Chacun de nous est le fruit d’une pensée de Dieu. Chacun de nous est voulu, chacun est aimé, chacun est nécessaire ». Cet amour qui nous précède et donne sens à notre vie est le cœur même de la Miséricorde de Dieu. Et le don de cette Miséricorde se renouvelle encore aujourd'hui, puisqu'elle se fait chair dans le Corps du Christ, elle est présente dans l'Eucharistie. 

dimanche 5 juin 2016

Xe Dimanche du Temps ordinaire – 5 juin 2016 (Année C)

Dans les lectures que la liturgie de ce dimanche nous propose, nous pouvons repérer un parallélisme évident entre le passage du Premier livre des rois et le récit de l’évangile selon saint Luc. Il s’agit de deux veuves, ayant perdu leurs fils uniques, morts tous deux prématurément, puis miraculeusement retournés à la vie ; ces deux miracles, le premier opéré par le Prophète Élie, le second, par Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Nous pouvons dire qu’en faisant ce miracle, le Seigneur Jésus se comporte comme le nouvel Élie, attendu par le peuple, dont la venue annoncera la fin des temps. Cependant, la différence des deux événements est bien profonde : dans le premier récit, le garçon est retourné à la vie grâce à la supplication du Prophète – en priant Dieu, Élie se révèle comme homme de Dieu et intercesseur de son peuple. Dans le récit de l’évangile, le Christ agit au nom de Lui-même : « Jeune homme, je te l’ordonne : lève-toi ! » En parlant ainsi, Il se révèle comme Homme-Dieu – bien plus qu’Élie, bien plus que Prophète, Il est Lui-même Maître de la Vie et de la Mort.

Ayant compris cette nuance, nous pouvons aller encore plus loin en questionnant : quel est le sens des deux miracles ? Certes, ces deux jeunes hommes sont retournés à la vie, et leurs mères, les deux veuves sont épargnées d’une situation plus tragique et plus misérable. Mais cela n’est pas le salut. Ces deux jeunes hommes, comme la jeune fille du chef de la synagogue dans le chapitre V de l’évangile selon saint Marc, ou bien comme Lazare de l’évangile selon saint Jean, ils sont tous revenus à une vie qui est toujours mortelle. Et ils mourront plus tard.

« Les hommes meurent, et ils ne sont pas heureux », cette sentence de Caligula, le héros de l’absurde d’Albert Camus, résume peut-être la fragilité la plus fatale de l’être humain : si l’homme est conditionné par sa mortalité, son bonheur sera toujours éphémère et relatif : puisque l’homme mortel tend de son intérieur vers l’absolu, il a soif de l’absolu, il a soif de la vraie Vie.

Mais d’où vient le malheur de la mort ? Le livre de la Genèse nous enseigne que la mort vient du péché : c’est au moment où nos premiers parents se détournaient de Dieu, que la mort est devenue la souffrance ultime de l’homme. L’homme, séparé et éloigné de Dieu, devient prisonnier de la mort.

Si cette vie n’est que cela, à quoi bon de la redonner à l’homme, comme l’ont fait le Prophète Élie et Notre-Seigneur ? C’est finalement la voix du peuple qui révèle la vraie signification de ces miracles : « Un grand Prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple ».

Si la mort devient le malheur de l’homme à cause de notre séparation avec Dieu, alors qu’aujourd’hui, Dieu, l’auteur de la Vie, vient vers nous, vers son peuple dans la Personne de son Fils unique. Et puisque Dieu se révèle dans son Fils, le Verbe fait homme, tout homme qui s’attache à ce Fils retrouvera sa communion avec Dieu. Et en marchant à la suite de ce Fils, qui est pour nous le chemin, la vérité et la Vie, et qui est mort et a ressuscité pour notre salut, la mort ne sera plus pour nous un malheur qui nous anéantit, mais un passage qui nous mène vers la Maison du Père, vers le face-à-face avec notre Créateur.

Frère et sœurs, Dieu vient nous visiter pour nous donner la Vie véritable que nous avons perdue ; Il vient vers nous aujourd’hui, ici et maintenant, sur l’autel dans la très sainte Eucharistie. Recevoir l’Eucharistie avec foi, c’est saisir la Vie que Dieu nous offre dans le don de Lui-même. Prenons donc au sérieux du geste que nous allons poser devant l’autel, que chaque Communion au Corps du Christ soit pour nous un vrai acte de foi, qui se renouvelle chaque dimanche. Qu’il en soit ainsi.





lundi 30 mai 2016

Homélie de la Fête-Dieu 2016

A la fin de l'évangile selon saint Matthieu, le Seigneur ressuscité dit à ses Apôtres : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde ». (Mt 28,20) Le grand mystère de la foi que nous fêtons aujourd’hui : le fête du très Saint Sacrement, appelée aussi la Fête-Dieu, est la réalisation même de cette promesse de Notre-Seigneur.
Le Seigneur ressuscité est avec nous tous les jours, sa présence fidèle et constante parmi nous est une réalité concrète et vivante. Seule la foi catholique ose affirmer une telle proximité entre Dieu et les hommes, puisque le Dieu des chrétiens est le Dieu qui se donne aux hommes. Notre Dieu se donne pour nous comme victime sur l'autel de la Croix, notre Dieu se donne à nous en nourriture et breuvage, notre Dieu se donne à nous afin que nous soyons habités par Lui : Il fait sa demeure en nous.
C'est parce que notre Dieu se révèle dans un don totale et irréversible de Lui-même, que nous pouvons affirmer comme l'évangéliste saint Jean en disant avec certitude que : « Dieu est Amour » (1Jn 4,16).
Dieu se donne à nous dans son Amour infini et ce faisant, Il nous invite à l'imiter dans le don de nous-mêmes. C'est cette Parole du Seigneur que nous avons entendu aujourd’hui dans l'évangile : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Lc 9,16). A cet instant, le Seigneur savait très bien que la foule devant Lui était épuisée et affamée, mais qu'il était Lui-même dépourvus de provisions, cependant Il demanda ses disciples de prendre soin de leurs frères, et s'ils n'avaient rien, alors qu'ils se donnassent eux-mêmes à la foule pour la nourrir.
Que pouvaient-ils faire ses pauvres disciples en recevant un tel ordre ? Mais plus tard, ils comprendront lorsque le Seigneur leur dira : « Ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui » (Jn 6,55-56).
Le Seigneur se donne Lui-même à nous pour nous nourrir, Il se donne à nous dans sa chair, dans son sang – non seulement sur la Croix, là où son Corps a été livré et son sang versé – mais aussi dans la très sainte Eucharistie, dans laquelle le sacrifice de la Croix se renouvelle à chaque jour et s'actualise jusqu'à la fin des temps.
Accueillir le Seigneur dans son Corps eucharistique, c'est participer au don du Christ sur la Croix, c'est devenir par Lui, avec Lui et en Lui l'unique offrande de l'amour pour toute l'humanité et pour toute l'éternité. Puisque en accueillant en nous le Christ dans la très sainte Eucharistie, nous devenons une partie vivante de Lui-même, nous devenons membres du Corps du Christ.
Nous sommes membres du Corps du Christ : c'est pourquoi tout baptisé a sa part à la table eucharistique, c'est pourquoi tout baptisé est convié et attendu à la table eucharistique chaque fois lorsque la sainte Messe est célébrée. Le Christ offre son Corps et sa Personne à tous les hommes dans son Eucharistie, et nous pouvons nous aussi offrir nous-mêmes à tous nos frères en prenant part de ce repas sacré, en devenant membres de son Corps vivant.
Élise, dans quelques instants, tu seras baptisée, tu seras appelée enfant de Dieu et la petite sœur de Jésus-Christ Notre-Seigneur, et avec tous les baptisés qui se réunissent aujourd’hui pour cette grande fête, tu vas recevoir le Corps du Christ qui s'offre à toi et tu deviendra réellement membre de son Corps. Et bientôt, comme les grands qui sont à côté de toi, tu vas te préparer pour recevoir l'Esprit-Saint, l'Esprit qui va t'édifier, te faire grandir et te transformer à chaque jour en un élan d'amour dans le cœur de Dieu.

Élise, n'oublie jamais de ce tu vis aujourd’hui, tu as cette chance de pouvoir te souvenir plus tard de ton propre baptême – je sais ce que je dis, puisque moi aussi j'ai été baptisé grand. Sois toujours fidèle à la grâce que tu as reçu aujourd’hui, sois fière d'être enfant de Dieu dans le Christ Notre-Seigneur, et Lui aussi, Il sera fier de toi.  
[L'autre conclusion : Le deuxième concile du Vatican nous enseigne que l'Eucharistie est la source et le sommet de la vie chrétienne. Source, parce qu'à cette vie présente, c'est dans la très sainte Eucharistie que nous pouvons puiser l'amour infini et vivifiant de Dieu, qui nous nourrit, et qui fait de nous les membres d'un même Corps, les enfants d'un même Père ; sommet, parce que l'Eucharistie nous fait toucher la réalité la plus profonde de Dieu : notre Dieu nous est proche, Il se laisse saisir, Il se donne.
Frères et sœurs, si nous savions vraiment le don de Dieu, nous saurons qui nous attend chaque dimanche à la sainte Messe. Ne laissons pas l'amour de Dieu sans réponse, et osons annoncer haut et fort cet amour à ce monde qui s'éloigne de Lui.]

Homélie pour la Solennité de la Pentecôte (15 mai 2016)


« Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Et tous furent remplis d'Esprit-Saint ». L'Esprit-Saint descendu du Ciel sur chacun des Apôtres sous forme de feu. Ce passage peut nous faire penser à cette parole du Christ rapportée dans l'évangile de saint Luc : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » (Lc 12,49) Ici, le verbe « balein » veut plutôt dire « jeter » qu'« apporter ». Le Christ est venu dans le monde pour « jeter » un feu sur la terre, mais ce feu ne pouvait pas encore être allumé – il faut d'abord que tout soit accompli (Jn 19,30) : il faut que le Fils fût élevé sur la Croix comme le serpent de bronze élevé par Moïse (Jn 3,14) ; il faut qu'il fût livré, tué, enseveli, et que le troisième qu'il ressuscitât (Lc 24,46) ; et encore, il faut qu'il partît, qu'il montât vers Dieu, vers son Père (Jn 20,17), c'est alors que le feu de l'Esprit-Saint peut venir dans le monde et s'allumer partout sur la terre. « Il vaut mieux pour vous que je m’en aille, dit le Seigneur, car, si je ne m’en vais pas, (l'Esprit-Saint) le Défenseur ne viendra pas à vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai » (Jn 16,7). La venue de l'Esprit-Saint, la diffusion de ce feu divin, est donc le fruit des mystères pascales, c'est-à-dire : le fruit de la Passion, de la mort, de la résurrection et de l'Ascension du Christ, elle est l'accomplissement de Pâques, l'accomplissement de toute la mission terrestre du Fils.
Le Fils de Dieu est venu dans le monde pour nous apporter un feu. Quel est donc ce feu ?
Nous savons que dans la mythologie grecque, il y ait aussi quelqu'un qui a apporté le feu au monde – un Titan, nommé Prométhée, a dérobé le feu sacré de l'Olympe et l'a apporté à l'homme. Selon les poètes de jadis, grâce au feu volé par Prométhée, l'homme, ayant l'intelligence éclairée, obtint les secrets des arts, put désormais rivaliser avec les dieux.
Le feu de Prométhée a pu donc faire sortir l'homme de l'obscurité de l'ignorance. L'homme libéré et illuminé, réclame aux divins son indépendance. Karl Marx voit en ce Prométhée cette « haine des dieux », et le nomme « le tueur des dieux ».
Est-ce que Jésus-Christ est le Prométhée des chrétiens ? Mais le feu de l'Esprit-Saint que le Christ a fait descendre du Ciel n'est pas volé de Dieu, il est donné par Dieu, il est le don de Dieu. Plus exactement, si sur la Croix, le Christ a fait de sa vie un don suprême à toute l'humanité, le feu de l'Esprit-Saint est le don du Père qui vient confirmer et achever le don de son Fils qui est la révélation même de son amour. Oui, la mort du Christ sur la Croix est l'expression la plus parfaite de l'amour de Dieu irréversible et sans limite ; et par sa résurrection, Dieu, avec sa puissance de Créateur fait jaillir de l'abîme de la mort la lumière de la vie invincible ; et enfin, l'Esprit-Saint souffle dans le monde, il diffuse dans le cœurs de tous ses enfants dispersés la chaleur délicate de la tendresse du Père.
Et bien sûr, le feu de l'Esprit-Saint consume : il consume en nous tous ceux qui nous séparent de Dieu, tous ceux qui nous aliènent, enlaidissent, alourdissent – il consume le péché, et en le consumant, il nous purifie, il nous édifie, il nous élève.
Frères et sœurs, ouvrons nos cœurs au souffle de l'Esprit-Saint – si le don de l'Esprit n'est pas accueilli en nous, le don du Christ ne pourrait pas donner son fruit. Puisque, si le Fils s'est donné à nous, c'est pour que, à notre tour, nous devenions des fils et des filles d'un même Père, mais c'est l'Esprit-Saint qui nous fait connaître qui est le Père, c'est l'Esprit-Saint qui, dans nos cœur, crie vers Dieu : « Abba, Père ». Oui, nous sommes des enfants de Dieu, et que le monde entende le cri de nos cœurs.



samedi 7 mai 2016

Homélie lors des obsèques de Lucile, une petite filles de 17 mois (7 mai 2016)

Lorsque j'ai reçu la sollicitation d'officier ce matin pour les obsèques de Lucile, il m'est venu ces quelques vers du Mystère des saints Innocents de Charles Péguy :
« ce que mon Fils a dit une fois, sinite parvulos venire ad me – laissez les petits venir à moi – je le redis, on me le fait redire toutes les fois (quel engagement !)
« Et mon Fils l’avait dit de quelques enfants qui jouaient et qui, aussitôt bénis, le quittèrent pour retourner jouer.
« Mais moi je le dis, on me le fait dire à chaque enfant qui ne retournera plus jouer, sinon dans mon paradis.
« Or cela (quel engagement !) je le redis à cet office des morts, à qui tout vient aboutir, auquel tout s’achemine ».
Dans ces mots que le poète a mis dans la bouche de Dieu le Père, nous pouvons entendre un ton de regret, une certaine amertume ineffable : il semble que c'est avec grande peine que Dieu appelle à Lui toutes les petites âmes innocentes et ailées. N'avait-Il vraiment pas d'autres choix que de nous imposer une telle séparation ? Mais Il ne s'explique pas. La douleur n'a pas besoin d'explication. La mort n'a pas besoin d'explication. Expliquer la mort, c'est donner raison à la mort, mais la mort n'a jamais eu aucune raison.
Lucile, je ne peux pas oublié ton petit visage de que, durant quelques instants, j'ai pu fixer sans pouvoir prononcer un mot. C'était peu après ton départ, et j'ai toujours devant moi tes yeux fermés, et cette pâleur qui t'environne et semble dégager une petite lueur argentée mais délicate. Avec crainte, j'ai demandé la permission de toucher son front, et très doucement, j'y ai tracé un petit signe de croix. Ai-je laissé sur toi une bénédiction ? Mais, ne voudrais-je pas, moi, y rester et te contempler longuement, jusqu'à ce que ta beauté angélique clarifie mon regard, et que ton silence serein et exquis apaise et remplisse mon cœur ?
Lucile, ta maman vient de te dire : de ta façon, tu auras marqué beaucoup de gens. Elle a raison. Tu es cette petite lumière qui résistera toute nuit et toutes ténèbres. Comment puisse s'éteindre cette lumière ? Nous savons que si tu t'éloignes de nous, ce n'est pas pour nous quitter et disparaître, mais aujourd'hui les anges t'élèvent au-dessus de nous, et pour nous, tu te transformeras en une étoile. Et, par tes rayons paradisiaques, tu nous révélera le paysage qui se cache derrière les horizons de notre pauvre existence.

Jadis, lors des obsèques d'un tout petit, le prêtre disait toujours ce verset de psaume : « Beati immaculati in via, Heureux les sans tache dans la voie ». Lucile, détachée de toute souillure, tu nous dis ce qu'est l'innocence, et tu entres aujourd'hui dans un bonheur auquel nous n'avons pas d'accès, et dont nous n'avons aucune connaissance. Mais nous savons que tu nous regardes, et que tu veilleras sur nous, et que depuis la Maison de Dieu, tu nous enverra la fraîcheur du ciel, qui séchera nos larmes, et allumera notre espérance.    

jeudi 28 avril 2016

Homélie prononcée au Collège et lycée Saint-Pierre-Chanel de Thionville lors de la Fête patronale (28 avril 2016)

Dans le passage d’Évangile que nous venons d'entendre, le Seigneur ressuscité envoie ses Apôtres : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ». Dis-huit siècles plus tard, c'est animé par le même Esprit évangélique, avec le même zèle, que le jeune prêtre mariste Pierre Louis Marie Chanel embarque en direction de l'Océanie.

En arrivant à l'île de Futuna, le Père Chanel a reçu d'abord un accueil bienveillant, même généreux. Durant les deux premières années de sa missions, il a été soutenu et protégé par Niuliki, roi des indigènes. Cependant, très vite, le mouvement des conversions à la foi chrétienne prend l'ampleur, et le succès des missionnaires suscite de vive jalousie de la part des notables locaux. Menacé de mort, le Père Chanel répond : « La religion est implantée dans l'île, elle ne s'y perdra point par ma mort, car elle n'est pas l'ouvrage des hommes, mais elle vient de Dieu. » Cette parole est prophétique. Peu après son martyre, toute île de Futuna devient chrétienne, même ses assassins se sont convertis au Christ et la fille du roi Niuliki sera la première religieuse futunienne. Le sang du martyr est la semence de la foi chrétienne.

L’œuvre qui vient de Dieu ne se perdra pas. Cette parole du saint martyr nous invite à méditer sur nos engagements professionnels, sur nos travaux quotidiens : nos ouvrages, persisteront-ils ?

Je voudrais m'adresser à vous, chers professeurs, vous êtes chargés d'éduquer et de former la nouvelle génération ; et en œuvrant pour ceci, vous participez à l'édification de l'avenir de notre société. Quels jeunes voudriez vous former ? Les jeunes solides, bien sûr, les jeunes bien instruits, compétents, compétitifs, les jeunes dynamiques, ouverts d'esprit, les jeunes responsables et serviables qui auront souci du bien commun et qui sauront construire un vivre-ensemble harmonieux. Oui, certes, vous travaillez pour former des jeunes entreprenants et sérieux qui tâcheront de construire un avenir meilleur.

Cependant, je pense aux pères maristes qui ont fondé cet établissement et l'ont confié au patronage de saint Pierre Chanel, je pense que la volonté qui les poussa à faire naître cette belle œuvre éducative ne s'attachait probablement pas uniquement aux qualités humaines de la jeunesse. Étant hommes de foi et missionnaires, ils voulurent sans doute donner au monde des jeunes non seulement intellectuellement solides, mais aussi spirituellement enracinés ; des jeunes non seulement instruits et compétents mais qui feront aussi partie de ceux qui voudront devenir des hommes de conviction noble et profonde, des dépositaires et des passeurs des valeurs intemporelles ; des jeunes non seulement dynamiques et ouverts d'esprit, mais aussi capables de s'incarner l'âme d'un pays, d'une société, d'une génération ; des jeunes non seulement serviables et entreprenants, mais aussi généreux, audacieux et sans complexe, qui oseront agir selon leur foi et leur vocation même lorsque l'air du temps est contraire à leurs idéaux et à la vérité.

Oui, si nous voulons que nos ouvrages persistent dans ce monde si changeant, il faudrait que nous nous attachions aux choses qui ne passeront pas. « Ta pyramide n'a point de sens, dit Antoine de Saint-Exupéry, si elle ne s'achève en Dieu. Car Celui-là se répand sur les hommes après les avoir transfigurés ».

Chers amis, l'éducation est une mission délicate mais bien noble, et son importance pour la société est difficilement mesurable. Que l'exemple de saint Pierre Chanel – qui était lui-même excellent éducateur – vous encourage, que ses paroles et ses actes enrichissent vos pensées et vous inspirent, et que sa prière vous obtienne la bénédiction du Ciel.

dimanche 24 avril 2016

Homélie du Ve dimanche de Pâques C (24 avril 2016)


Dans la première lecture, les Apôtres, Paul et Barnabé, « rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux, et comment il avait ouvert aux nations la porte de la foi » (Ac 14,27). Dieu, par le labeur de ses serviteurs, a ouvert aux peuples du monde « la porte de la foi ».
« Traverser cette porte, dit le Pape Benoît XVI, implique de s’engager sur ce chemin qui dure toute la vie. Il commence par le baptême (cf. Rm 6, 4), par lequel nous pouvons appeler Dieu du nom de Père, et s’achève par le passage de la mort à la vie éternelle, fruit de la résurrection du Seigneur Jésus qui, par le don de l’Esprit Saint, a voulu associer à sa gloire elle-même tous ceux qui croient en lui (cf. Jn 17, 22) ». (Porta fidei, 1)
La foi, qui nous est donnée comme un don de Dieu dans le baptême n'est donc pas une fin en soi. La foi est une « porte », elle nous révèle un chemin, elle nous engage à parcourir ce chemin de la foi.
Mais vers où nous mène ce chemin ? La Pape nous dit : il nous mènera vers « le passage de la mort à la vie éternelle », vers la « gloire » du Ressuscité, à laquelle nous sommes invités à nous « associer ». C'est-à-dire : par le don de la foi, notre vie, notre existence même a reçu un sens, une orientation – nous sommes destinés à cette vie éternelle promise par Dieu, par la résurrection de son Fils, et nous participerons à sa gloire. C'est ce que nous appelons « l'espérance chrétienne », le don de la foi est lié au don de l'espérance en la vie éternelle.
Cependant, espérons-nous vraiment « la vie éternelle » ? Qu'est-ce que c'est cette « vie éternelle », pour que nous la désirons et y mettons notre espérance ? pourquoi est-elle digne d'être considérée comme le sens de notre vie ?
Voilà que le livre de l'Apocalypse nous offre un paysage surprenant qui illustre bien ce qu'est cette vie éternelle. Il nous parle d'« un ciel nouveau et une terre nouvelle », une cité divinement belle descendue du Ciel d'auprès de Dieu. Mais cette cité céleste, le ciel nouveau et la terre nouvelle ne désigne aucun lieu géographique ou spatial, elle signifie en effet une réalité inouïe : « Voici la demeure de Dieu avec les hommes ; il demeurera avec eux, et ils seront ses peuples, et lui-même, Dieu avec eux, sera leur Dieu ». Et voilà ce qu'est la vie éternelle : la vie éternelle n'est rien d'autre que notre communion véritable et parfaite avec Dieu et avec tous nos frères en Dieu.
Et cette communion va transfigurer notre vie présente : Dieu « essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur : ce qui était en premier s’en est allé. » C'est-à-dire : toutes nos souffrances, tous nos chagrins, tous nos regrets, en un mot, tous ceux qui pourraient rendre notre vie vilaine, insupportable, voire absurde seront recueillis et complètement transformés en Dieu, et nous-mêmes serons libérés de notre pauvre finitude – c'est-à-dire notre condition mortelle, et notre vie deviendra véritablement Vie en atteignant en Dieu sa perfection et sa plénitude.
Et voilà pourquoi Dieu nous a créé et que nous sommes nés dans le monde : nous ne sommes pas nés pour qu'un jour, nous soyons anéantis par une mort définitive et irréversible ; nous ne sommes pas nés pour être arrachés aux personnes que nous aimons et sombrer dans leur regret et l'oubli des âges à venir ; nous ne sommes pas nés pour retourner à la poussière comme toutes les œuvres des mains humaines de jadis. C'est par l'amour totalement gratuit que Dieu, qui est Lui-même la perfection et la plénitude, nous a créés, et nous sommes nés pour l'amour, pour la perfection, pour la plénitude. Nul amour n'est vain, et rien de ce que nous avons et de ce que nous aurons semé de beau et de vrai en cette vie ne sera perdu.
Et la vie éternelle, Dieu nous l'a déjà donnée : en nous faisant renaître de l'eau et de l'Esprit, en nous ouvrant la porte de la foi, Il nous a donné la vie éternelle sous forme de la promesse et comme un grain de l'espérance, cette vie véritable a été semée en nous.
Et l'apôtre saint Pierre nous dit : « Soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre raison de l’espérance qui est en vous » (1P 3,15).
Oui, tenons-nous toujours prêts à rendre raison de l'espérance qui est en nous. Seuls nous qui pouvons rendre visible le don invisible que nous avons reçu de Dieu.
En voyant les chrétiens sortaient de l'église, le philosophe Nietzsche dit : « Je croirais en Dieu quand je verrai les chrétiens plus heureux ». Pour quelqu'un qui questionne, il n'avait pas tort. Soyons donc les messagers de l'amour de Dieu par notre joie, la joie du Ressuscité, la joie de la vie éternelle.

Homélie lors d'un mariage (16 avril 2016)

Chère V., cher N., vous voici devant l’autel du Seigneur, dans quelques instants, vous allez vous donner la main, et, par vos paroles, par vos gestes, vous allez vous donner l’un à l’autre, et cet amour qui vous lie depuis de nombreuses années, sera ainsi béni et sanctifié par ce beau sacrement de mariage établi par le Seigneur Dieu.
Oui, votre amour sera béni par Dieu et sanctifié. Et vous avez entendu cette parole de l’Apôtre Paul : « L’amour ne passera jamais ». L’amour que vous célébrez aujourd’hui, demeurera en vous pour toujours.
Mais il est bon de nous poser cette question : de quel amour parle l’Apôtre Paul ? parle-t-il de cet élan qui vous habite, qui vous anime et qui vous pousse l’un vers l’autre ? parle-t-il de cette petite lueur qui allume vos regards lorsque vous vous regardez profondément les yeux dans les yeux ? parle-t-il de cette chaleur intérieure ou ce gémissement de cœur quand vos doigts se croisent, vos bras se serrent ?
Oui, saint Paul nous parle de l’amour, cependant il ne parle pas d’un amour aussi sublime, aussi poétique, mais d’un amour d’humble apparence : il nous parle d’un amour qui prend patience, qui rend service, qui ne jalouse pas, qui ne se vante pas, qui ne se gonfle pas d’orgueil, qui ne fait rien d’inconvénient, qui ne cherche pas d’intérêt ; il nous parle d’un amour qui n’est pas la description d’un état d’esprit dans lequel nous pouvons nous trouver un jour ou l’autre, mais d’un amour qui est un acte concret que nous avons à poser.
L’amour dans lequel le sacrement de mariage se réalise n’est pas un état mais un acte.
Puisque cet amour est un acte, il ne sera pas affaibli lorsque l’élan de nos cœurs décline ou la chaleur de nos émotions refroidit et il ne sera pas affadi lorsque nos âges avancent et que le temps vienne raidir nos corps et transformer nos visages ; puisque cet amour est un acte, il peut progresser, il peut s’embellir, il peut se perfectionner, par nos soins, par nos attentions, par nos sollicitudes ; et puisque cet amour est un acte, il peut se perpétuer, s’éterniser, en se renouvelant chaque jour, chaque instant.
Oui, cet amour ne passera jamais, puisqu’il est bien plus que ce beau sentiment qui peut faire jaillir votre larme, mais il sollicite votre volonté, et engage toute votre personne. Et cet amour n’est possible que s’il s’enracine et se ressource sans cesse dans un amour plus grand encore, l’amour de celui qui fait de sa vie un don total, celui qui vous a dit aujourd’hui dans l’Evangile : « Demeurez dans mon amour ».
Demeurez dans l’amour du Christ, demeurez dans celui qui nous a aimé par son corps livré et par son sang versé, et ce faisant, votre amour grandira et se consolidera et il fera rayonner la splendeur de la joie parfaite.

dimanche 27 mars 2016

Homélie pour le saint Jour de Pâques

« Marie-Madeleine se rend au tombeau de grand matin, c'était encore les ténèbres ».
Depuis le jour de la sainte Passion, l'obscurité qui enveloppa le monde sembla inébranlable. Et c'est dans cette obscurité régnante, que Marie-Madeleine avançait en allant vers celui que son cœur aimait. Elle allait vers lui, vers celui qui l'a sauvée en brisant les chaînes de honte qui l'avaient rendue esclave, celui qui l'a revêtue d'innocence et d'une beauté toute nouvelle – la beauté de fille de Dieu ; elle allait vers lui, qui était non seulement son libérateur mais aussi son ami, son Maître, son Seigneur, en qui s'incarnait la Parole de vie et le véritable sens de son existence.
Mais elle avançait dans les ténèbres : le soleil pouvait-il encore se lever, si la lumière de toutes lumières était déjà engloutie par la nuit de la mort ?
Marie-Madeleine marchait dans les ténèbres. Mais elle ne fut pas la seule prisonnière de cette nuit interminable. Les apôtres qui n'ayant rien compris de la sainte Écriture ni les enseignements du Seigneur, s'étaient réfugiés derrière la porte verrouillée de Cénacle, là où la nuit de la tristesse se prolongea, s'obscurcit et s'alourdit par les doutes et la peur grandissante.
La nuit semble indéfiniment installée, son règne semble irréversible. Mais c'est justement au cœur de cette nuit même que le vrai Vainqueur s'est levé d'entre les morts.
« J'avais dit: les ténèbres m'écrasent ! mais la nuit devient lumière autour de moi. Même la ténèbre pour toi n'est pas ténèbre, et la nuit comme le jour est lumière ! » Ces mots du psaume 138e semblent vouloir bien illustrer ce qui s'est produit dans la nuit de la résurrection : du tombeau sort le soleil invincible, en Lui la nuit se transfigure en lumière.
Dans la sainte Écriture, la nuit est bien souvent cette scène mystérieuse sur laquelle se déroulent les œuvres les plus éclatantes de Dieu. C'était durant une nuit bien longue que le déluge inaugura une ère nouvelle ; c'était également durant une nuit particulièrement intense que la Mer Rouge fut divisée afin que les fils d'Israël pussent traverser à pieds secs et poursuivre leur chemin de libération ; c'était dans la nuit la plus douce, que le divin Enfant naquit à Bethléem, comme une lumière se leva au sein des ténèbres ; et c'est également dans une nuit bénie et sanctifiée, que le Christ est ressuscité, et par sa mort Il a détruit la mort.
Marchant dans les ténèbres, les amis Jésus, accablés par la tristesse et les questionnements cherchèrent le corps de leur Maître meurtri, sur lequel ils pouvaient pleurer et lamenter. Mais ils ne trouveront que le tombeau vide, l’œuvre de la méchanceté n'est plus, le Seigneur n'est pas prisonnier du tombeau, Il est vivant.
Dans le tombeau vide, est née la foi en Ressuscité.
Frères et sœurs, ne sommes nous pas, nous aussi, les disciples marchant sur un chemin obscur ? En voyant les spectacles de la barbarie se produire devant nos yeux l'un après l'autre avec une férocité toujours plus fracassante, en voyant la terre que nous avons reçu de la main du Créateur se défigurer et se désertifier à cause de notre lâcheté et notre cupidité, en voyant les cœurs s'éloigner et s'endurcir par la haine, l’ignorance et l'indifférence, en voyant la pourriture de la corruption s'enfler, se dilater, jusqu'à envahir toutes les sphères de notre société, les désordres de ce monde nous embrouille le cœur et nous rend aveugles, nous pouvons nous demander : où sommes nous ? Vers où allons nous? Que cherchons nous finalement ?
Mais frères et sœurs, cherchons le Seigneur ! Comme Marie-Madeleine, comme Pierre et Jean, malgré la nuit obscure, malgré notre tristesse, malgré nos chagrins et nos doutes, allons en avant et cherchons le Seigneur, et nous découvrirons que le tombeau est vide, et Notre-Seigneur est vivant comme Il l'avait promis.
Oui, Notre-Seigneur et notre Dieu est vraiment ressuscité. Saisons donc la main du Ressuscité, et avec Lui, traversons ce monde qui passe et allons vers Père de Miséricorde : tel est le chemin de notre foi, le sens véritable de notre vie. Ne laissons pas notre foi étouffer par les soucis de ce monde, et soyons sûrs de l'amour de Dieu, le Dieu d'Amour, le Dieu de Jésus-Christ, l'unique vrai Dieu ne se détourne jamais à un cœur qui s'ouvre à Lui, même dans la nuit la plus obscure.
Je voudrais terminer par ces quelques vers de saint Jean de la Croix, tirés d'un poème intitulé « Chant de l'âme » :
« Je sais bien la source qui coule et fuit, malgré la nuit.
« Cette source éternelle est hors de vue, moi je sais bien là où est sa venue, malgré la nuit.
« L'origine n'en sais, car n'en a point, mais je sais que toute origine en vient, malgré la nuit.

« Je sais qu'il n'est nulle chose si belle, et que cieux et terre boivent en elle, malgré la nuit. »