Abbe J-S

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lundi 25 mai 2015

Homélie de la Pentecote 2015


Le Seigneur nous dit aujourd'hui : « L'Esprit de vérité vous conduira dans la vérité tout entière ».

L'Esprit de Dieu, l'Esprit qui procède du Père et du Fils, l'Esprit comme don que le Seigneur nous envoie d'auprès du Père, est l'Esprit de Vérité.

Mais qu'est-ce que la Vérité ? Cette question a été posée à Jésus par Ponce Pilate, lors du procès du Christ. Lorsque Jésus lui dit : « Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix » ; Pilate lui demanda alors : « Quid est veritas – qu'est ce que la vérité ? » (Jn 18, 27-38)

« Qu'est ce que la vérité ? » Nous pouvons très bien rester indifférents à cette question. En effet, si nous ne nous interrogeons pas sur notre vie, sur le sens de notre existence, cette question a pour nous peu d'importance. Comme Ponce Pilate, qui, en posant cette question, n'attendait aucune réponse, il ne s'y intéressait pas. 

Et nous, sommes-nous intéressés par la Vérité ? Cherchons-nous à savoir ce qu'est la vérité ? Si vous avez fait un peu de grec, vous savez que le mot « vérité » vient du mot « alétheia », qui signifie le contraire de « l'oubli » ou le contraire de ce qui « est caché ». En effet, « Léthé », la seconde partie d'« alétheia », est, dans la mythologie grecque, le fleuve où les âmes y buvant après leur mort, perdent le contact avec ce qu'elles étaient – leurs mémoires s'effacent dans ce fleuve. Si la vérité est le contraire de « ce qui est caché dans l'oubli », elle est donc en quelque sorte un « dévoilement ». Nous pouvons dire que par la vérité, nous nous souvenons de « qui nous sommes réellement », de ce « moi » profond qui, bien souvent, est caché par le brouillard du quotidien, et défiguré par de diverses artifices.

« Qui sommes-nous réellement » ? C'est seulement lorsque nous réussissons à répondre à cette question, que notre existence peut prendre un sens, et devenir vraiment « vie » ; et elle se développe, et tend vers son achèvement. Mais la réponse de notre question ne se trouve qu'en Dieu, qui, comme affirme le symbole de la foi, est notre Créateur et le Créateur de toutes choses. Dieu seul est vérité, puisqu'il est l'origine de toutes existences et en qui toutes réalités se reposent.

Cependant, que pouvons-nous savoir de Dieu, s'il ne se donne pas à nous ? Mais nous savons que pour nous, Dieu, la Vérité suprême, s'est fait chair. Par l'incarnation du Verbe, la Vérité a reçu désormais un visage,  un visage humain. Et ce visage est pour nous un miroir, un miroir qui reflète ce que nous sommes en vérité : la noblesse de notre origine, la grandeur de notre destinée. Ce miroir est le visage du Fils de Dieu qui nous révèle que nous sommes, nous aussi, enfants de Dieu.

Étant retourné auprès du Père, Notre-Seigneur n'est plus présent à nous comme il l'était autrefois auprès des Apôtres ; mais nous ne l'avons pas perdu, puisqu'il nous envoie aujourd'hui son Esprit : l'Esprit de Vérité, qui nous révèle la présence de Notre-Seigneur qui persiste dans notre monde : sa présence dans la sainte Écriture, sa présence dans notre prière, sa présence dans le sacrifice de l'autel, sa présence dans notre prochain. Mais bien plus, l'Esprit de Vérité nous « conduira dans la vérité tout entière ». C'est en accueillant son Esprit que nous pouvons entrer dans le Christ, et devenir Un avec Lui : nous deviendrons « fils » dans le Fils, en Esprit et en Vérité.

Oui, mesurons le don que Dieu veut nous remettre aujourd'hui, c'est don de son amour en plénitude. Amen.

 

jeudi 14 mai 2015

Homélie de la solennité de l'Ascension du Seigneur (14 mai 2015 - l'Année B)

Devant ses disciples, le Seigneur Jésus est monté au Ciel. « Que veut dire : Il est monté ? – écrit Apôtre saint Paul – cela veut dire qu'il était d'abord descendu dans les régions inférieures de la terre. Et celui qui était descendu est le même qui est monté au-dessus de tous les cieux pour remplir l'univers ». (Ep IV)
Jésus-Christ Notre-Seigneur, le Fils unique de Dieu, le Verbe divin, avant son retour auprès du Père, il est d'abord descendu du Ciel. Cette descente du Fils de Dieu est mentionnée dans notre profession de foi ; dans le Symbole de Nicée-Constantinople : « Pour nous les hommes et pour notre salut, il est descendu du Ciel ; par l'Esprit-Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s'est fait chair ». Dieu s'abaisse pour devenir « l'un parmi nous » – le Dieu-Emmanuel, et pour nous relever et nous redonner la dignité de l'enfant de Dieu – la dignité que nous avons perdu à cause du péché.
Et nous savons que l'abaissement du Christ Jésus s'est accompli sur la Croix. Dans son Épître aux Philippiens, saint Paul nous a livré ce magnifique hymne christologique qui résume tous les mystères du Christ : « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, [...], il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : ''Jésus Christ est Seigneur'' à la gloire de Dieu le Père ».
De son humble abaissement à sa glorieuse exaltation, de la fête de Noël à la fête de l'Ascension, se dessine devant nous le chemin tracé par Notre-Seigneur, balisé par ses paroles vivifiantes et ses œuvres rédemptrices. Ce chemin, chers frères et sœurs, devrait aussi être le nôtre : puisque le Christ est notre chemin, comme il est notre unique vérité et la plénitude de notre vie ; il nous invite à arpenter ce chemin qu'il a aplani pour nous – ce chemin qui commence par l'abaissement, et s'achève dans l'élévation.
« Abaissez-vous devant le Seigneur, et il vous élèvera » (Jc 4,10), nous dit l'Apôtre saint Jacques. Mais quel abaissement – sinon l'humilité de reconnaître en Dieu notre Créateur, l'unique tout-puissant et notre sauveur infiniment miséricordieux, et reconnaître en nous la créature infime et blessée, mais qui est appelé à redevenir enfant de Dieu ?
C'est en ayant un cœur d'enfant, un cœur rempli d'affection filial et d'obéissance que nous devenions vraiment enfant de Dieu ; c'est en quittant notre « grandeur » artificielle et illusoire et en acceptant notre réelle petitesse que nous pouvons pénétrer dans l'amour paternel de Dieu qui nous élève et nous fera grandir. « mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère », chante le psalmiste dans psaume 130e. Et sur ces mots, on peut aussi percevoir la petite voie de sainte Thérèse : son ascenseur spirituel qui l'a élèvé directement jusqu'au Ciel, et c'est cela « la porte étroite ».

Mais l'exemple suprême de l'humilité filiale n'est-ce pas celui de Notre-Seigneur ? Lui le petit enfant de Bethléem, couché dans la mangeoire, lui le roi humilié que l'on a exposé sur le bois de supplice, lui le mendiant d'amour qui se tient à notre porte froidement fermée : connaissons-nous une humilité encore plus grande que celle de Notre-Seigneur et Notre Dieu ?
Et aujourd'hui, le Seigneur s'abaisse encore, pour venir à nous sous un aspect encore plus humble, sous un morceau de pain : « Voici, chaque jour, Il s'humilie comme lorsque des trônes royaux, il vint dans le ventre de la Vierge ; chaque jour, il vient lui-même à nous sous une humble apparence ; chaque jour, il descend du sein du Père sur l'autel dans les mains du prêtre. » (Admonitiones I, 16-18) Ces mots de saint François d'Assise nous disent ce qu'est vraiment la très sainte Eucharistie.
Oui, Notre-Seigneur s'abaisse pour venir jusqu'à nous, et nous, osons-nous nous abaisser nous aussi, afin d'être élevés par Lui et de nous unir à Lui ?

Puisse le Christ eucharistique, par son amour divinement humble, fasse naître en nous la même humilité. Amen.