Abbe J-S

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samedi 31 janvier 2015

Homélie du 4e dimanche du Temps Ordinaire de l'Année B, 1 Février 2015

Dans l’Évangile qui vient d'être proclamé, nous avons entendu une « profession de foi », une profession de foi d'un esprit mauvais, d'un démon.

Qu'est-ce qu'un démon ? Existe-t-il vraiment ? Au jour d'aujourd'hui, peut-on encore croire l'existence du démon ? N'est-ce pas une simple superstition ? 

Dans le Credo que l'on professe à la sainte Messe chaque dimanche, on dit : « je crois en Dieu, le Père tout puissant, Créateur du ciel et de la terre, de l'univers visible et invisible ». Il y a donc un univers invisible, peuplé par les créatures spirituelles, que l'on appelle les anges, dont les démons faisaient partie. À l'origine, ils ont été créés bons, comme les autres anges, vivaient en pleine communion avec Dieu. Mais à cause de l'orgueil et de la jalousie et par un choix délibéré, ils se sont détournés de Dieu un fois pour toutes. Le premier parmi eux, appelé Satan, ou le Diable, et ceux qui l'ont suivi, les démons. Se coupant de la grâce de Dieu, ils sont devenus les artisans du péché et de la mort et l'origine de l'Enfer, confirme le catéchisme de l’Église catholique.

Et qu'est qu'est-ce que le démon peut faire de l'homme ? Dans l’Évangile de ce dimanche, le démon porte le nom de « l'esprit impur », c'est-à-dire, l'esprit qui s'oppose à la sainteté de Dieu. C'est un esprit qui nous souille, qui nous rend impurs. Qu'est-ce que cette impureté ? Dans les Béatitudes, le Seigneur dit : heureux les cœurs purs, car il verront Dieu. L'esprit impur est donc celui qui peut nous détourner de Dieu, qui nous rendre aveugles devant sa présence, devant la lumière de sa sainteté.

D'où viens cette puissance du démon, qui peut jusqu'à nous détourner de Dieu? En effet, le démon n'a aucun pouvoir sur nous, sinon celui que nous lui aurons donné. Mais comment ? Quand est-ce que nous donnons du pouvoir au démon ? Au lendemain de son élection, notre Pape François dit dans sa tout première homélie en tant que Pape, en citant citant Léon Bloy : « Celui qui ne prie pas le Seigneur, prie le Diable ». Celui qui ne prie pas le Seigneur, c'est-à-dire, celui oublie le bon Dieu, celui qui délaisse sa relation avec le Seigneur Jésus-Christ, celui qui vit comme si Dieu n'existait pas, il devient, qu'il le veuille ou non, partisan de Satan, l'associé du Diable ; car par sa négligence, par sa tiédeur, par son indifférence, il donne pouvoir aux démons et les rend forts.

Cependant, si nous prions le Seigneur, si nous accueillons sa Parole, si nous nous laissons façonner par Dieu notre Créateur et Sauveur, si nous demeurons constamment en communion avec Lui, avec Lui, nous sommes dès aujourd’hui, vainqueur du Mal et de son auteur. 

Dans le chapitre X de l'évangile selon Luc, les disciples sont envoyés, deux par deux, pour annoncer la Parole de Dieu et l'avènement du Royaume. Une fois la mission accomplie, ils sont rentrés, remplis de joie. Alors Jésus leur dit : « Je voyais Satan tomber du Ciel comme l'éclair ». Oui, si nous accueillions la Parole du Seigneur, si nous laissons la puissance de cette Parole agir en nous et par nous, si nous sommes vraiment des témoins authentique et crédible de cette puissante et agissante Parole, nous faisons Satan tomber du Ciel !

dimanche 25 janvier 2015

Homélie pour la fin de la semaine de prière pour l'unité des chrétiens (25 janvier 2015)

« Donne-moi à boire », dit Jésus à la femme samaritaine.
À cet instant-là, cette femme surprise, voire troublée par une telle demande aussi brusque que inattendue, qu’est-ce qu’elle voit ? Elle voit sous le soleil brûlant un homme assis à côté du puits, épuisé et affamé, accablé par la fatigue et tourmenté par la chaleur insupportable du midi, un homme totalement exposé dans sa vulnérabilité, dans sa fragilité, et qui la regarde avec insistance.
En cet homme-là, elle reconnaîtra, dans quelques instants, le Messie, le Sauveur du monde, le Sauveur qu’elle-même a tant désiré et attendu.
Augustin d’Hippone, le très grand penseur chrétien et philosophe, en commentant ce passage de l’Évangile dans un sermon, il dit : Jésus qui est « la force même », est présentement « faible » ; il est fort, car il est la Parole créatrice de Dieu – au commencement était le Verbe, par Lui tout a été fait et rien n’a été fait sans lui ; mais il est faible, car – le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous. La force du Christ nous a créés, la faiblesse du Christ nous a recréés ; « la force du Christ a donné l’existence à ce qui n’était pas, la faiblesse du Christ a préservé de la mort ce qui était ; il nous a créés par sa force, il nous a recherchés par sa faiblesse ».
« Donne-moi à boire », dans cette voix assoiffée, nous entendons peut-être quelques faibles échos des pleurs de l’Enfant de Bethléem qui agitait dans la pauvre mangeoire, ou nous entendons peut-être aussi, de loin, la voix de l’homme de douleur, suspendu sur la Croix qui dit : «  j’ai soif ».
Mais qu’est-ce que cette soif de Jésus ? Cette soif si ardente, sinon la soif de notre soif.
Oui, Jésus a soif de notre soif, et en nous montrant sa soif, il veut éveiller la nôtre, la vraie soif profonde qui se cache en nous ; il veut nous entendre dire enfin : donne-nous ton eau qui deviendra en nous une source d’eau vive, et qu’elle étanche notre soif pour l’éternité !
Mais connaissons-nous cette soif ? Cette soif si vive mais bien souvent insensible, qui se déguise en une multitude de désirs, mais qui nous ronge à l’intérieur et qui creuse en nous un vide toujours plus grand ? Ou bien, sachions nous que en chacun il y a cette femme samaritaine, qui vit en usant sa liberté comme un enfant insolent traite capricieusement ses jouets, mais qui, ayant peur du regard des autres, s’enferme dans sa solitude, et s’expose seule sous le soleil hostile, et s’épuise jour après jour sur un chemin qui ne finit pas, en cherchant cette eau qui ne peut apaiser sa soif que pour un instant.
Mais entendons-nous cette voix qui vibre en nous et nous demande : donne-moi à boire ? Voyons-nous ce regard, ce regard comme ce puits au lueur profonde qui sans violence aucune, pénètre en nous en faisant taire la honte dont depuis si longtemps nous sommes captifs.

Oui, il est là, ici et maintenant et il nous demande humblement : donne-moi à boire. Et si nous sommes aujourd’hui ici réunis, n’est-ce pas pour nous offrir tout simplement à son regard, et lui répondre chacun en son nom : mais donne-moi ton eau, qu’elle devienne en moi la fontaine d’eau vive.

vendredi 23 janvier 2015

Homélie pour la Fête de Rémi - 18 janvier 2015

L’Église fête la mémoire de l'évêque saint Rémi le 13 janvier, le jour de son trépas. Mais si aujourd'hui, la sainte Messe est célébrée en l'honneur de ce vénérable confesseur de foi, c'est parce que notre église paroissiale a été consacrée sous le patronage de ce grand saint, et il nous convient donc, ce dimanche proche du 13 janvier, d'honorer solennellement cette fête.
Rémi de Reims était un saint évêque. Durant son ministère, il fut très vénéré pour sa sollicitude généreuse envers les plus pauvres, pour son zèle infatigable dans l'annonce de l’Évangile, mais ce qui est encore plus admirable chez lui c'était sa miséricorde sans limite pour les pécheurs repentis, les pénitents – il disait à ses frère prêtres que : « ce n'est pas pour la colère que le Seigneur nous a établis, mais pour la guérison des hommes ».
Oui, saint Rémi était une authentique figure de la sainteté chrétienne. Cependant, la grande célébrité de saint Rémi est dû à un événement particulier, l'événement qui a aussi profondément marqué l'histoire de la France, c'est, vous le savez, le baptême de Clovis.
C'est très probablement en 506, que Clovis, le roi des francs, guidé par sa très religieuse épouse sainte Clotilde, s'est fait baptiser par Rémi l'évêque de Reims, et avec lui, 3000 francs furent baptisé. À ce jour-là, la terre de la France devint une terre bénie du Ciel, la chrétienté s'y est enracinée, et la France – la nation française fut baptisée la « fille aînée » de l’Église.
Le baptême de Clovis par saint Rémi est cet événement, me semble-t-il, qui prouve qu'il y a réellement une racine chrétienne de la France, même si aujourd'hui cette expression frotte peut-être la sensibilité de certains. Oui, la France est née dans l'expansion de la chrétienté en Europe, sa naissance est la naissance-même de l'Europe chrétienne, et cela est un fait historique. Mais considérer la racine chrétienne de la France, cela ne veut pas dire que les autres cultures, les peuples venant d'autres horizons doivent d'être exclus. Au contraire, la terre de la France a toujours été une terre accueillante, et la charité chrétienne oblige les chrétiens de chaque génération à ouvrir leurs bras et recevoir les autres tels qu'ils sont, quelques soient leurs origines et leurs croyances religieuses.
En disant cela nous rejoignons notre saint Père dans son message pour la journée mondiale des migrants et des réfugiés de cette année. Dans ce message le saint Père nous dit que Notre-Seigneur dans sa « sollicitude, particulièrement envers les plus vulnérables et marginalisés, nous invite tous à prendre soin des personnes plus fragiles et à reconnaître son visage souffrant, surtout dans les victimes des nouvelles formes de pauvreté et d’esclavage » ; il souligne que « La mission de l’Église, pèlerine sur la terre et mère de tous, est donc d’aimer Jésus Christ, de l’adorer et de l’aimer, particulièrement dans les plus pauvres et abandonnés ; (et) au nombre de ceux-ci figurent […] les migrants et les réfugiés, qui cherchent à tourner le dos aux dures conditions de vie et aux dangers de toute sorte » et qui sont venu dans les pays plus développés, et le saint Père nous dit que : « Jésus-Christ est toujours en attente d’être reconnu dans les migrants et dans les réfugiés, dans les personnes déplacées et les exilés, et aussi de cette manière il nous appelle à partager nos ressources, parfois à renoncer à quelque chose de notre bien-être acquis ».
Oui, si nous considérons en profondeur notre racine chrétienne, nous savons qu'elle n'est pas quelque chose qui nous rend les yeux aveuglés et le cœur fermé ; au contraire, elle nous rappelle notre vocation : le baptême que nous avons reçu a fait de nous des frères de Jésus-Christ, mais aussi des frères de tous.
Et si vraiment nous sommes les frères de tous, notre vocation ne s'arrête pas à seulement accueillir les autres qui viennent vers nous. Le Pape dit dans son message : « l’Église ouvre ses bras pour accueillir tous les peuples, sans distinctions et sans frontières » mais aussi « pour annoncer à tous que ''Dieu est amour'' » !
Oui, si nous devons aimer tous les frères que nous rencontrons sur notre chemin, c'est parce que nous avons tous un même Père, le Dieu et Père de Jésus-Christ, le Dieu d'Amour. Comme dans l'évangile de ce jour, André se précipita pour annoncer à son frère Simon : « nous avons trouvé le Messie », nous aussi, allons annoncer à nos frères la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, puisque si elle nous est confiée, ce n'est pas pour que nous la gardions dans nos coffre-forts, mais pour que nous l’annoncions à tous.
Oui, l'accueil de tous dans l'amour fraternel et l'annonce de l'amour de Dieu, ces deux constituent ensemble notre vocation chrétienne, et un grand nombre de fils et filles de la France ont pleinement vécu cette noble vocation, ils sont devenus des saints et des saintes, et aujourd'hui, au Ciel, ils veillent sur nous avec affection et bienveillance, et par leur intercession ils nous protègent ; et parmi eux, il y a saint Rémi de Reims, que nous fêtons aujourd'hui avec reconnaissance.

Saint Rémi, priez pour nous, priez pour la France !   

samedi 3 janvier 2015

Homélie de l’Épiphanie du Seigneur - 4 janvier 2015 (Clouange)

À la sainte nuit de Noël, nous avons poursuivi les bergers, ces hommes qui, à l'annonce des Anges, aussitôt se sont mis en marche, pour aller voir le Messie nouveau-né, le Sauveur donné par Dieu à son peuple.
Aujourd'hui, dans la Sainte Famille sont accueillis de nouveaux adorateurs, venus de bien plus loin.
Ces mages, ces bienheureux qui ont contemplé le visage du nouveau Roi, qui sont-ils ?
Très probablement, ils sont des astronomes de l'Est, plus précisément, de la Mésopotamie, là où il y avait déjà une longue tradition de l'astronomie bien connue.
N'est-ce pas l'apparition d'une nouvelle étoile qui les a mis en route ? Oui, mais cette étoile porte en elle une signification bien plus grande qu'elle-même : « Lumen requirunt lumine », en suivant une lumière, ces hommes de science cherchaient une autre lumière : la lumière ; et cette lumière, est le Roi qui vient de naître.

Nous pouvons comprendre plus aisément la promptitude des bergers : ils sont comme Syméon, comme la prophétesse Anne, ils sont les pauvres du Seigneur, les pauvres d'Israël, dans leurs misères ils attendaient la délivrance, et ils ne pouvaient être insensible, être indifférents à cette annonce angélique : aujourd'hui, vous est né le Sauveur, c'est le Messie, le Seigneur. Ils l'entendirent et instantanément ils crurent.
Mais les mages, que cherchent-ils en cherchant le Roi d'Israël ? Sans doute, ils n'ignoraient pas la prophétie du prophète païen Balaam, venu aussi de la Mésopotamie, que nous lisons dans le Livre des Nombres : « Un astre issu de Jacob devient chef et un sceptre se lève, issu d’Israël », et cet astre sera le « héro » qui « dominera sur des peuples nombreux », et « sa royauté sera exaltée ». (Cf. Nb, 24)
Oui, dans cette prophétie, les mages y entendirent une promesse de Dieu, et aujourd'hui, l'éclat de la nouvelle étoile leur annonce la venue du Roi promis : ce Roi, établi par Dieu, envoyé par Dieu, il est non seulement le Roi des Juifs, il est aussi le Roi du monde, il est aussi leur Roi : et ils sont venus pour lui rendre hommage.
Certes, les mages sont des hommes de science, des hommes qui observent attentivement le monde et son univers ; mais s'ils scrutent et interroge le réel avec tant d'insistance, ce n'est pas seulement pour acquérir toujours plus de connaissances, mais aussi pour repérer les vestiges du Créateur, et pour lire les messages du Divin. Le Pape émérite Benoît XVI a décrit dans une homélie les mages comme « des personnes au cœur inquiet », qui ne se contentaient pas de l'apparence des choses et de tout ce qui est habituel. « Mais ils étaient des hommes à la recherche de la promesse, à la recherche de Dieu ».
Les mages sont des « hommes au cœur inquiet » : mais qu'est-ce que cette inquiétude du cœur ? Le Pape explique cette expression dans un texte qui date avant son pontificat dans lequel il dit : (Cette) attitude fondamentale d'inquiétude du cœur (est celle) qui empêche l'homme d'être tranquillement en lui-même, dans son petit monde à lui, mais elle aide l'homme à se mettre en chemin, à partir vers l'éternel, qui lui seul peut lui donner sérénité et plénitude.
Sur ces mots, j'entends l'écho de la célèbre phrase de saint Augustin : « Tu nous as fait pour Toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos, quand tant qu'il ne se repose en Toi ».
L'homme au cœur inquiet est donc l'homme purifié de toute l'auto-suffisance et de toute sorte de l'illusion idolâtre, il est l'homme qui se sait pauvre et pécheur, qui a besoin de la rédemption du vrai Dieu, et qui aspire à être comblé par ce Dieu, par sa divine bonté et son infinité.
La même vérité, saint Bernard de Clairvaux la dit avec les expressions encore plus nettes et radicales, il dit : « Qui ne connaît pas son malheur, ne peut non plus connaître sa consolation. Et qui ne sent pas la nécessité de la consolation […], n'a pas la grâce de Dieu. C'est pourquoi l'homme mondain absorbé par leurs affaires et leurs passions, n'ayant point le sentiment de leur misère, n'ont aucun souci de la miséricorde ».
Alors, nous, sommes-nous des hommes et des femmes au cœur inquiet ? Aujourd'hui, devant les mages en adoration, il est peut-être bon de nous poser cette question ; et que la piété de ces humbles adorateurs puisse purifier notre cœur de tout son orgueil et nous aider à voir l'essentiel.
Oui, heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.

Amen.

Homélie du 30 juin 2014 - Mémoire des Protomartyrs romains

Aujourd'hui, au lendemain de la Solennité de Saint-Pierre et Saint-Paul, l’Église notre sainte Mère célèbre la Mémoire des Protomartyrs de la Ville éternelle. En fidèles disciples, ils ont, avec le Prince des Apôtres et le Docteur des Nations, glorifié Dieu en offrant leurs vies d'une manière particulièrement héroïque.
Un jour, un ambassadeur auprès du Saint-Siège demanda quelques reliques de saints au Pape saint Pie V, le Pape lui remit tout simplement un peu de terre recueillie devant la Basilique vaticane. L'ambassadeur crut que le Pape s'était moqué de lui et s'en plaignit, mais le saint Pontife lui montra la terre, alors miraculeusement teinte d'un sang vermeil.
Quand nous allons à Rome, en tant que pèlerins – cela m'est arrivé déjà plusieurs fois – nous ne pouvons oublier d'aller à la Basilique Saint-Pierre et prier devant le tombeau de l'Apôtre. Mais lorsque nous nous recueillions devant l'autel de la Confession et prions pour le Pape et notre Église, pensons-nous que le sol qui nous soutient est aussi consacré par le sang de tous ces martyrs dont nous ignorons le nom ?
Quand, en 1626, sous le pontificat du Pape Urbain VIII, on creusa les fondements du baldaquin de bronze qui maintenant recouvre l'autel de la Confession de Saint-Pierre, on trouva de nombreux tombeaux, dont une grande partie contenaient des ossements calcinés mêlés à de la cendre et à des charbons. On pensa immédiatement aux martyrs brûlés par Néron dans son Cirque. Nous pouvons lire dans le récit de Tacite qui nous relate comment les chrétiens de Rome furent accusés comme responsables de l'incendie de la Ville par le Tyran qui fut lui-même l'auteur de ce drame, et furent atrocement exterminés par ce dernier : « On ne se contenta pas de les faire périr, écrivit l'historien romain, on se fit un jeu de les revêtir de peaux de bêtes pour qu’ils fussent déchirés par la dent des chiens, ou bien ils étaient attachés à des croix et enduits de matières inflammables, quand le jour avait fui, ils éclairaient les ténèbres comme des torches… » Cette scène, nous pouvons encore la contempler dans la magnifique toile de Henryk Siemiradzki, intitulée Les torches de Néron.
« Ils éclairaient les ténèbres comme des torches » ; en écrivant cela, Tacite révéla, sans doute inconsciemment, le sens profond de la Martyre de ces chrétiens, il prophétisa, en quelque sorte, comme le grand prêtre Caïphe quand il disait, lors de la condamnation de Jésus : « Il est préférable qu'un homme meure plutôt que la nation tout entière ».
« La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue » (Jn 1, 5) ; et pourtant, il y eut des hommes et des femmes qui furent touchés par cette lumière, et ils ne voulurent pas qu'elle soit engloutie par les ténèbres, alors ils se transformèrent en charbons, ils se consumèrent, afin que la lumière persiste, afin que la lumière grandisse, jusqu'à ce que la lumière triomphe, jusqu'à ce que toutes les ténèbres soient absorbées par cette lumière.
Telle est la vocation de ces martyrs, telle est la vocation de tous les martyrs chrétiens.
Les martyrs de l'an 64 furent littéralement les témoins de la Lumière du Christ Jésus, leur unique Maître ; et par leur foi, ils ont transformé le spectacle de la cruauté du Tyran en un drame sacré, une louange incomparable à la Sainte Croix.
« Le Sang des martyrs est la semence des chrétiens », nous dit Tertullien. Nous sommes donc la descendance de ces glorieux martyrs, et nous sommes, nous aussi, appelés à être des témoins de cette même lumière, en offrant notre vie, chacun et chacune dans sa vocation propre.

Que ces glorieux martyrs intercèdent pour nous, amen.

(Ce sermon a été prononcé le lendemain de mon ordination diaconale.)

Homélie de la Nativité du Seigneur, 25 décembre 2014 (Rombas)

« Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. […] mais le monde ne l'a pas reconnu […] et les siens ne l'ont pas reçu. Mais ceux qui l'ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu ».
Le Verbe de Dieu, c'est-à-dire, la Parole de Dieu, avant de se faire entendre, elle s'est rendue visible, et même tangible, comme l'Apôtre saint Jean a témoigné au début de sa première Épître : le Verbe de Dieu, le Verbe de la vie, les Apôtres l'ont contemplé de leurs yeux et l'ont touché de leurs mains.
Le Verbe de Dieu est Jésus, puisque en toute sa personne, nous trouvons l'expression parfaite de l'amour de Dieu, l'amour du Père ; en tout ce qu'il dit, en tout ce qu'il fait, en tout ce qu'il est, il nous dit l'amour de Dieu ; il est l'amour de Dieu en personne, il a donné à l'amour un visage. 
Aujourd'hui, son visage est devant nous. Ce petit visage rayonnant du divin Enfant qui a éclairé les regards affectueux de Marie et de Joseph, qui a fasciné les cœurs des bergers qui ont couru toute la nuit et qui étaient là émerveillés devant lui, ce visage qui a illuminé le ciel profond de Bethléem et a fait jubiler les saints Anges de toute la cour céleste, il est là, il est devant nous, il nous dit l'amour de Dieu, il nous dit l'amour du Père.
Le Père nous a donné un Fils, il nous a confié son Fils, son unique Fils. Ce Fils, ce tout petit couché sur les pailles dans la mangeoire, ce petit qui a les joues roses et ses mains glacées agitent dans l'air hivernal, il a besoin de nous.
Il a besoin d'être nourri, d'être allaité, il a besoin d'être réchauffé dans nos bras, d'être caressé par nos mains, il a besoin de nos baisers pleins de tendresse, il a besoin de notre bienveillance, de la générosité de nos cœurs, il a besoin de nous.
En nous donnant son Fils, le Dieu tout puissant s'est rendu aujourd'hui vulnérable devant nous, il est désormais dépendant de nous, il est dépendant de notre bonté, de notre sollicitude, puisqu'il nous a donné son Fils unique.
En nous donnant ainsi son amour, il devient mendiant de notre amour.
Aujourd'hui, à chacun de nous, Dieu a donné son Fils, voulons-nous ouvrir nos bras pour le prendre, sommes-nous prêts à le serrer contre notre poitrine et à couvrir son visage de nos baisers ?
Et si nous sortions de notre église, et regardions les rues désertées et les maisons qui se plongent encore dans leur sommeil, savent-ils qu'aujourd'hui Dieu nous a donné son Fils ?
Il y a huit siècles, en Italie, dans les rue d'Assise, il y avait un fou, qui courait en pleurant : l'Amour n'est pas aimé ! L'Amour n'est pas aimé !
Ce fou portait le nom de François. Saint François d'Assise, le petit pauvre, le fou de Dieu.

« Ce qu'il y a de fou dans le monde, voilà Dieu a choisi » (1 Co 1,27), soyons nous aussi les fous de Dieu d'aujourd'hui, et osons annoncer au monde endormi la bonne nouvelle de l'Amour de Dieu !

Homélie du 14 Septembre 2014, l'Exaltation de la Sainte Croix (Rombas)

Aujourd'hui, l’Église célèbre la Croix glorieuse.
Nous pouvons cependant nous demander : qu'est-ce que la croix ? Pourquoi est-elle célébrée par l’Église comme glorieuse ? N'est-elle pas simplement constituée par quelques morceaux de bois ? N'est-elle pas une sorte de pilori atroce, un instrument sanguinaire de supplice et d'humiliation ? Sous l'Empire Romain, des milliers de personnes ont été pendus, suppliciés et impitoyablement exécutés sur la croix autour du bassin méditerranéen ; et hélas, nous ne pouvons ignorer qu'aujourd'hui, la croix continue son œuvre terrible, dans certaines régions ténébreuses de ce monde, et elle illustre encore la barbarie la plus hideuse qu'ont produit les hommes imprégnés de haine – je pense aux chrétiens massivement massacré en Irak, certains entre eux ont été exécutés crucifiés par l'état islamique.
Et parmi les victimes de la croix, il y a un certain juif, un certain Jésus de Nazareth, que l'on appelle le Messie, le Fils de Dieu, le plus beau des enfants de l'homme, devint l'homme de douleur : dépouillé, défiguré, sans beauté ni éclat, mortifié, méprisé et abandonné de tous les hommes. Si vous voulez une image réaliste du Christ en croix, vous pouvez la trouver le magnifique chef d’œuvre de Mikhaïl Boulgakov, Le Maître et Marguerite ; ou bien contempler l'impressionnant Retable d'Issenheim au Musée d’Unterlinden de Colmar. Je pense que nous ne pouvons arriver à dessiner une image réaliste de la crucifixion de Jésus-Christ sans être quelque peu doloriste : la croix est un instrument de la mort.
Mais l’Église célèbre la croix glorieuse, et dans la tradition grecque, cette fête est même intitulée « l'exaltation de la Croix précieuse et vivifiante » : en quoi la croix est-elle glorieuse ? En quoi est-elle précieuse et vivifiante ?
Revenons au jour de la Passion. En désignant le Christ outragé, couronné d'épine, Ponce Pilate a prononcé cette fameuse phrase mystérieuse : Ecce Homo, voici l'homme. Mais oui, le visage de Jésus détruit et confondu, couvert de blessures, de sang, de sueur et de crachat, c'est le visage de l'homme, de l'homme déchu ; de l'humanité souillée, avilie et dégradée par le péché. « Celui qui n'a jamais connu le péché, Dieu l'a fait péché pour nous, afin qu'en Lui, nous soyons justifiés par la justice de Dieu », nous dit l'Apôtre saint Paul. Jésus-Christ s'est fait péché pour nous, afin que par nos mains, le péché, la cause de notre chute, soit crucifié une fois pour toutes, et que nous soyons rétablis par l'amour de Dieu, et devenions enfin ses enfants bien aimés. La croix, l'instrument de la mort devint ainsi l'instrument du salut.
Oui, la croix est précieuse, puisqu'elle la preuve de l'amour de Dieu sans limite ; oui, la croix est vivifiante, puisqu'elle détourne du péché et de la mort et nous ouvre la porte pour la vie ; oui la croix est glorieuse, puisqu'elle symbolise la fidélité patiente et invincible de Dieu qui va jusqu'à nous chercher au fond de l'abîme pour nous relever.
Mais, pour que la glorification de la croix soit accomplie, il faut notre « oui » à cet amour inlassable de Dieu : car Dieu ne peut nous sauver, nous relever, nous adopter comme ses enfant sans notre consentement libre décidé et définitif.
Et dire à l'amour de Dieu c'est mettre la Croix de Jésus-Christ au centre de notre vie, y rester fidèlement attachés, et qu'elle devienne l'étendard de notre foi, le sommet de notre fierté.

Ave Crux, spes unica ! "Salut, ô Croix, notre unique espérance" ; Amen