Abbe J-S

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dimanche 20 décembre 2015

Homélie pour le IVe dimanche l'Avant - 2015, l'Année C

Après avoir reçu l’Annonce de l’Ange, Marie, portant déjà en elle le germe du Messie, « se rendit avec l’empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée », pour visiter sa cousine Élisabeth, l’épouse de Zacharie ; la vieille femme appelée « stérile » se trouvant à ce jour-là à son sixième mois de grossesse.
« Cette épisode, dit le Pape Benoît XVI, n’est pas un simple geste de courtoisie, mais représente avec une grande simplicité la rencontre de l’Ancien avec le nouveau Testament. Les deux femmes, toutes deux enceintes, incarnent en effet l’attente et l’attendu. Élisabeth âgée symbolise Israël qui attend le Messie, tandis que la jeune Marie, porte en elle l’accomplissement de cette attente, au profit de toute l’humanité ». (Catéchèse du 23 décembre 2012)
Selon l’enseignement du saint Père, en Élisabeth s’incarne la première Alliance. Cette œuvre généreuse de Dieu était, à cette époque, considérée comme mourante et stérile. Cependant, la fécondité d’Élisabeth est aujourd’hui miraculeusement éveillée par l’Esprit-Saint : puisqu’en elle est conçu le plus grand des enfants de l’homme, le Précurseur, celui qui préparera la venue du Sauveur, celui qui désignera au sein de son peuple la présence du Messie. Cet inouï et inespéré renouveau dans l’histoire sainte nous fait comprendre la véritable vocation du peuple élu : par son Alliance avec le Très Haut, Israël est chargé de faire connaître au monde, plongé dans l’ignorance de la nuit par le péché, le nom de l’unique vrai Dieu, la clarté et la beauté de son visage, la tendresse de son amour miséricordieux. Cette vocation est la vitalité même de ce peuple choisi par Dieu entre toutes les nations. Sans aucun mérite de sa part, Dieu veut, par ce peuple, se révéler au monde entier.
Et pourtant, de génération en génération, malgré les efforts généreux et inlassables de nombreux Prophètes, Israël n’a pas su persévérer dans sa vocation. Et par la voix d’Isaïe, on entend le regret profond du cœur blessé de Dieu : « La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël. Le plant qu’ il chérissait, ce sont les hommes de Juda. Il en attendait le droit, et voici le crime ; il en attendait la justice, et voici les cris » (Is 5,7).
Mais au sein de la maison d’Israël, il y a ces quelques pauvres et insignifiants qui demeurent fidèles à l’Alliance sacrée, ils ne veulent pas que l’œuvre de Dieu se trouve en définitif abandon et ils supplient le Seigneur : « Dieu de l’univers reviens ! Du haut des cieux regarde et vois : visite cette vigne et protège-la, celle qu’a plantée ta main puissante. Que ta main soutienne ton protégé, le fils de l’homme qui te doit sa force. Jamais plus nous n’irons loin de toi : fais-nous vivre et invoquer ton nom ! » (Ps 79)
La conception de Jean le Baptiste par Élisabeth la « stérile », n’est-ce pas la réponse clémente de Dieu à l’humble et insistante prière de ses fidèles ? La vie d’Israël refleurit dans la naissance du dernier et le plus grand Prophète de la première Alliance, et sa vocation aboutit par cette voix qui acclamant : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ».
Et nous, mes chers frères et sœurs, nous sommes l’Église de Dieu, le peuple racheté par le sang du Christ, nous sommes l’Israël nouveau d’aujourd’hui, le peuple élu pour l’Alliance nouvelle, et nous avons la même vocation de faire connaître au monde le visage de l’unique vrai Dieu, le Dieu de Jésus-Christ, le Dieu de l’infinie miséricorde. Et la vie de l’Église ne peut trouver sa vigueur et sa fécondité qu’en recevant sans cesse sa vocation. Si notre Église est aujourd’hui vieillissante, si notre travail se trouve stérile, c’est peut-être parce que nous avons égaré en quelque sorte notre vocation. Mais en faisant rayonner la miséricorde de Dieu, en vivant la joie de l’Évangile, nous pouvons recevoir de Dieu un élan toujours nouveau.
Que le divin enfant de Bethléem qui va naître sème en nous un ardent désir évangélique, et que nous puissions, durant cette année sainte inaugurée par le Pape François, être tous des authentiques et courageux apôtres de la miséricorde de Dieu dans un monde assoiffé de l’amour et de la paix. Amen.





mardi 8 décembre 2015

La solennité de l'Immaculée Conception 2015

« Ecce ancilla Domini : fiat mihi secundum verbum tuum ; voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta Parole. » C’est, nous le savons, avec le « fiat » de Marie, cette jeune fille humble et méconnue de Nazareth, que la lumière du salut perça l’obscurité du péché, et que l’histoire du genre humain entra dans une ère nouvelle.
Si aujourd’hui, Marie est vénérée par tous les chrétiens authentiques comme la « Porte du Ciel, Porta caeli », c’est bien parce qu’à ce jour-là, à cet instant-là, elle a été pour Dieu, par son consentement libre et total, la porte de ce monde, la porte par laquelle, le Créateur entra dans l’univers créé, en faisant siennes la pesanteur et la fragilité de notre chair.
En effet, depuis que le tentateur vola le « oui » d’Ève, la mère de tous les vivants, et souilla ainsi l’innocence de nos premiers parents, une porte close s’installa entre Dieu et l’humanité et les sépara. Cependant, l’amour incessant et inlassable du Créateur ne s’est point découragé ; ne voulant pas que le porteur de son image soit à jamais sujet de la corruption, alors il tint devant cette porte fermée, et il attendit.
Dans un passage du Cantique des Cantiques, Dieu fit entendre à son peuple le désir profond et ardent de son cœur par la voix de l’Époux : « Aperi mihi, soror mea, amica mea, columba mea, immaculata mea ; ouvre-moi, ma sœur, mon amie, ma colombe, mon immaculée. » (Ct 5,2)
Oui, comme un mendiant d’amour, Dieu veut que cette porte s’ouvre devant Lui, et qu’elle soit ouverte par la volonté de celle qui, ayant un cœur vraiment pur et une âme généreuse, sait accueillir l’impossible avec une liberté audacieuse et innocente, et Il l’appela déjà son « Immaculée ».
Et voilà, avec le « fiat » de Marie, avec le « oui » de l’Immaculée, le monde renaquit, la Miséricorde divine devint une réalité visible, puisqu’elle portera désormais un visage d’homme, et la terre entière s’éveilla en s’ouvrant aux merveilles du Ciel, et sur la blancheur de l’aurore, se dessina le renouveau de l’Alliance entre Dieu et son peuple.
Aujourd’hui nous célébrons la solennité de la Conception Immaculée de la très sainte Mère de Dieu, mais méditons davantage sur cet instant unique de toute l’histoire, méditons sur cet « oui » qui a été décisif non seulement pour elle-même, pour sa nation, mais aussi pour nous tous, en nous souvenant le « oui » que nous avons nous-mêmes prononcé un jour dans notre vie. 
Je pense à cet « oui » que j’ai dit devant l’évêque à Dieu et à toute son Église lors de mon ordination sacerdotale, il y a à peine quelques mois. Et vous, une grande partie d’entre vous aussi, un jour vous avez dit cet « oui » dans le sanctuaire de Dieu l’un à l’autre, et par ce mot si beau et si solennel, vous êtes devenus l’unique l’un pour l’autre et ensemble, unis par Dieu, vous êtes devenus « un », pour toujours.
Cependant, nous savons, vous comme moi, que combien sommes-nous fragiles et inconstants, et que le chemin que nous avons à arpenter est jalonné de dangers et de tentations. Mais n’oublions pas le « oui » de l’Immaculée, le « oui » qu’elle a prononcé ce jour-là à l’Ange de Dieu, pour l’humanité et pour chacune et chacun d’entre nous ; et c’est bien par cet « oui » qu’elle est devenue pour nous l’étoile du matin, l’étoile qui nous annonce le jour sans déclin et qui éclaire nos cœurs et nous conduit vers la finalité de notre pèlerinage, vers son divin Fils, Notre-Seigneur.
Oui, méditons le « oui » de Marie, gravons-le dans le plus profond de notre cœur, que la lumière de sa pureté dissipe les ténèbres de nos doutes, de nos peurs, et que nos « oui », si souvent timides et hésitants soient consolidés par le sien. Amen.






dimanche 15 novembre 2015

Homélie du 10 novembre 2015, suite aux attentats à Paris

Depuis cette nuit, la France n’est plus la même ; depuis cette nuit, le monde n’est plus le même ; depuis cette nuit, notre vie n’est plus la même.
Depuis cette nuit : cette nuit tachée de sueurs et de sangs, cette nuit saturée de peur, de cris, de hurlements, cette nuit portant le visage de la barbarie, et depuis, tout n’est plus le même. Rien ne demeure le même.
Et cette nuit que nulle aube ne peut effacer, que nulle lumière ne peut dissiper, que nulle force ne peut ébranler, elle se prolonge, elle se prolonge dans notre peur, elle voile notre vue, elle enveloppe notre cœur.
Et nous le savions. Nous le savions depuis si longtemps. Nous le savions depuis le matin du 7 janvier dernier. Une année s’ouvrant dans le sang, elle s’achèvera sous la pesanteur de la mort.
Nous ne parlons plus de sécurité. Il n’y a plus de sécurité. Nous sommes en guerre. La France est en guerre. Puisque quelqu’un nous a déclaré la guerre.
Monsieur le président de la république nous dit que : nous savions d’où venaient ces attaques, nous savions qui étaient ces terroristes. Mais qui sont ils ? Que savons-nous ? Savons-nous leur visage ? Oui, puisque leur visage est le même que le nôtre. Savons-nous où se trouvent leurs maisons ? Oui, puisque leurs maisons sont à côté des nôtres. Ils sont là, ils sont parmi nous, ils sont nos voisins d'un même quartier, nous les voyons le matin en allant au travail, nous les croisons dans le train, dans le métro, dans les supermarchés.
Et nous savons même le nom qu’ils portent : ils s’appellent « homme ».
Ceux sont des hommes. Et comme elle est terrifiante cette réalité : « L'homme est un loup pour l'homme – Homo homini lupus », selon la fameuse formule de Plaute.
Mais comment se fait-il ? Que se passe-t-il ? Il m’est revenue cette horrible sentence de Louis Veuillot : « Lorsque l’insolence de l’homme a obstinément rejeté Dieu, alors Dieu dit : Eh bien, que ta volonté soit faite ! Et le dernier fléau est lâché. Ce n’est pas la famine, ce n’est pas la peste, ce n’est pas la mort, c’est l’homme. Quand l’homme est livré à l’homme, alors on peut dire qu’il connaît la colère de Dieu. »
Mais, est-ce vraiment l'absence de Dieu qui a fait disparaître l'humanité de ces hommes ? Ces hommes-là, n'est-ce pas au nom de dieu qu'ils tuent et qu'ils se tuent ? N'est-ce pas en criant le nom de leur dieu qu'ils ont tiré sur les hommes et ont fait exploser leurs propres chairs ?
Mais, existe vraiment un dieu qui se réjouit du spectacle d'un tel carnage ? Existe vraiment un dieu qui prend plaisir en s'abreuvant au sang de ses créature ? Existe vraiment un dieu qui veut la mort de l'homme au lieu de lui donner la vie ? Existe vraiment ce dieu ?
Nous, nous connaissons cependant notre Dieu, qui est doux et humble de cœur, il se laisse conduire par ses bourreaux comme une brebis qui se laisse conduire pour aller jusqu'à l’abattoir, et il a été outragé, bafoué, martyrisé. Et bien plus, chaque fois lorsque l'on outrage un homme, c'est toujours lui que l'on outrage ; lorsque l'on bafoue un homme, c'est toujours lui que l'on bafoue ; et lorsque l'on martyrise un homme, c'est encore lui que l'on martyrise.
À cette nuit, à cette nuit meurtrière, à chaque balle tirée, les épines de son couronne s'enfoncent dans son front, et il saigne, et il pleure, il pleure avec nous, il pleure sur nous.
Mais, espérons, espérons, et disons peut-être avec notre ami Charles Péguy : « Les armes de Jésus c'est la peine de l'homme, c'est le chemin qui mène et qui ramène à Rome, c'est la main qui le frappe et poing qui l'assomme. »
Seigneur, que ta grâce vienne, que ce monde passe. Amen.




lundi 2 novembre 2015

Homélie pour la solennité de la Toussaint 2015

« Voici une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant Trône et devant l’Agneau ».
Cette vision de l’Apôtre saint Jean dessinée dans le livre de l’Apocalypse nous révèle ce qu’est réellement la victoire du Christ : la victoire du Christ, la victoire de la sainte Croix se manifeste par ce peuple des sauvés ; ce peuple en chair et en os, ce peuple debout, vivant, ce peuple qui est la nouveauté suprême et ultime du Ciel nouveau et de la terre nouvelle, ce peuple qui élève nos âmes vers les réalités d’en haut, vers les réalités du siècle à venir, vers les réalités qui, pénétrant déjà dans l’air de notre temps comme signe de salut et de contradiction.
Oui, en cette foule immense et indénombrable, rayonne la victoire du Christ, la gloire de l’amour de Dieu. Mais pourquoi l’Église nous invite à contempler cette liturgie céleste aujourd'hui ? En quoi cette foule nous concerne, de sorte qu’elle fasse l’objet de cette solennité que nous célébrons ? Qui sont-ils pour nous, ceux qui constituent cette immense foule ?
Ces questionnements nous invitent à revenir sur un élément essentiel de notre foi : à la Messe dominicale chaque fois lorsque nous professons notre foi baptismale par le symbole des Apôtres, nous disons que nous croyons à la Communion des saints. Cette Communion des saints, qui semble peut-être à un concept théologique plutôt difficile est en effet le nom le plus exacte de notre Église : « l’Église une, sainte, catholique et apostolique » est véritablement la Communion des saints, sa réalité totale déborde grandement sa réalité visible et terrestre. Les saints dont les noms et les visages nous sont bien familiers, les saints qui nous ont touchés par la sublimité de leur enseignement, par l’ardeur de leur amour, par le rayonnement de l’exemple de leur vie, mais aussi les saints dont les noms et les parcours nous sont inconnus mais Dieu seul connaît la beauté de l’âme bien qu'elle est bien cachée sous le voile de l'humilité : tous ces élus du Ciel qui forment ensemble cette immense foule devant la majesté de Dieu, ils sont nos aînés dans la foi. Par leur ouverture intérieure à l’Esprit-Saint, le Christ, Fils unique du Dieu vivant est présent en chacun de ces membres. C’est par eux que nous voyons la destinée lointaine de notre chemin de chrétien ; c’est par eux que nous comprenions que notre combat ne consiste pas à instaurer une chrétienté mondaine, ou à réaliser un idéal spirituel à notre mesure humaine, et qu’ici-bas l’amour véritable, l'amour que nous recevons de Dieu, ne peut qu’être vécu comme une blessure ouverte, dans laquelle sera semée la semence du Royaume des Cieux.
Mais en admirant cette liturgie céleste de tous les saints, nous savons aussi que ce n’est pas non plus un arrière monde ou une arrière vie que nous espérons : lorsque nos voix rejoignent les leurs, nos cœurs s’enflamment en touchant la pureté de leur charité, et le Ciel est déjà parmi nous : puisque, cimentés par la foi reçue d’un même baptême, nous constituons ensemble d’un même édifice, qui s’élève sur l’horizon de l’éternité, et unifiés par celui-ci notre vie béatifique a déjà commencé.

Oui, aujourd’hui cette foule immense s’ouvre devant nous, afin que nous puissions y prendre chacun et chacune notre place, bien qu’il y a encore ce chemin qui nous sépare, bien qu'il y a encore ce mystérieux paradoxe du « déjà là et pas encore », mais que cette vision bienheureuse soit déjà le visage de notre espérance, qui nous illumine, qui nous encourage, qui veille sur nous.

mardi 15 septembre 2015

Homélie du 15 septembre 2015, N-D des douleurs - au Grand Séminaire de Lorraine

Après avoir célébré hier la Croix Glorieuse de Notre-Seigneur, aujourd’hui la liturgie de l’Église nous invite à contempler l’âme transpercée de la sainte Mère de Dieu.
Au Calvaire, Marie a participé au sacrifice de son divin Fils, en offrant son cœur de Mère au même supplice. Exposé sur la Croix, le Christ par ses mains attachées, ouvrit tout grand la Porte du Ciel à l’humanité égarée ; et debout à côté de l’homme de douleurs, Marie, en acceptant d’être la mère du disciple bien-aimé, accueillit elle aussi, dans son sein immensément maternel, l'humanité tout entière, rachetée par le sang de son Fils.
Nommée par saint Bernard de Clairvaux « la Martyre de l’âme », Notre-Dame est une véritable Martyre dans le sens littéral du terme : elle a su, par ses larmes de compassion et son cœur déchiré, témoigner l’offrande sanglante de son Fils en l’enveloppant de sa propre offrande ineffablement douloureuse.
Cependant, nous savons que la foi de l’Église n’est pas une foi doloriste, nous ne célébrons pas la douleur en tant que telle. Si aujourd’hui, nous vénérons la mémoire des douleurs de la Vierge Marie à l’heure de la Passion du Christ, c’est parce que par celles-ci elle participe à la fécondité du salut de la Croix. Les douleurs de Marie est celles d’une mère qui enfante. Si du côté ouvert de Jésus est né le peuple des sauvés, c’est-à-dire la sainte Église ; par l’adoption d’un seul des disciples, ce peuple nouveau, ce Corps mystique du Christ fut aussitôt et entièrement accueilli par la Mère de Dieu, qui devint ainsi la Mère de l’Église.
Aujourd’hui, en rendant hommage à Notre-Dame des douleurs, nous célébrons l’œuvre de la rédemption du Christ, environné par la maternité virginale de Marie, cette maternité qui se déploie sur toute l’histoire du salut ; et nous aussi, nous bénéficions à présent cette très douce maternité qui veille sur nous par sa prière bienfaisante et sa constante sollicitude. Et dans cette maternité immaculée, s’enracine également la maternité de l’Église, qui, en tant que l’Épouse de l’Agneau Vainqueur, par le sacrement de baptême, le sacrement de l’Eucharistie, ainsi que tous les autres sacrements, engendre, nourrit et prend soin des enfants de Dieu nés dans la grâce du salut.
Et nous, prêtres, diacre ou futurs prêtres, par notre ministère ou futur ministère, nous participons ou participerons à cette maternité de l’Église, et notre mission consistera à la rendre toujours plus féconde par notre labeur et notre fidélité. Et nous savons, en contemplant Notre-Dame des douleurs, vaillamment debout au pied de la Croix, que nous pouvons toujours compter sur le secours de cette Mère qui nous fut donnée par notre divin Maître.

Confions donc à notre chère Mère céleste notre nouvelle année, pastorale ou scolaire, que sa tendresse maternelle nous garde sur ce chemin à la suite de son Fils. Et que saint Josèphe, son très chaste époux soit le gardien de notre fidélité.



vendredi 11 septembre 2015

Homélie du XXIIIe dimanche, l'année B, à l'église Saint-Maximin de Thionville

Sur une terre étrangère, la terre de Décapole, on amena à Jésus une personne sourde qui avait aussi de la difficulté à parler. C’est-à-dire que cette personne n’est pas muette, il pouvait parlait mais il parlait avec peine, il parlait confusément, ses paroles étaient sans doute difficilement compréhensibles. C’est peut-être autant plus pénible : en étant déjà entouré par un silence impénétrable, et en plus la voix qui sortait de sa bouche ne pouvait pas faire vraiment entendre sa pensée.
Oui, nous pouvons dire que pour quelqu’un qui n’entendait pas, et aussi dépourvu de toute assistance technique, il est normal qu’il ne pouvait pas apprendre à parler correctement. Mais le Seigneur l’a guéri, comme il a guéri aussi bien d'autres malades et infirmes.
Cependant, que signifie vraiment cette guérison ? Nous savons bien que Notre-Seigneur n’est pas venu seulement pour nous libérer de nos souffrances et nos handicapes physiques. Tous les récits de guérison dans les Évangiles, en effet, nous invitent à une lecture croyante et spirituelle, et à une conversion toujours plus profonde.
Ces derniers jours, en méditant sur ce passage de saint Marc, il m’est venu spontanément l’histoire de la Tour Babel. Dans le chapitre XI du livre de la Genèse, on raconte qu’après le déluge, tous les peuples du monde parlaient encore une seule langue. Alors ils décidèrent de construire ensemble, sur une terre plaine à l’Orient, une tour, dont le sommet arrivera jusqu’au Ciel. Cette entreprise n’arrivera pas à la fin souhaitée par les hommes : ils n’iront pas au Ciel par leur effort purement humain. Cependant, à force de vouloir s’élever par eux-mêmes, ils perdirent celle qui les liait les uns aux autres : c’est-à-dire, l’entente mutuelle. La confusion de la langue commune ne venait pas de la jalousie de Dieu, mais la rupture entre Dieu et l’homme. C’est le rejet de Dieu qui engendre la division entre les hommes. En bouchant ses oreilles à la Parole de Dieu, la voix des autres devint elle aussi étrangère et inaudible.
L’unité de toute l’humanité ne se trouve qu’en Dieu. C’est dans le Verbe divin, c’est-à-dire, dans la Personne du Fils, en qui l’amour filial communique l’amour paternel, que l’homme entendra la voix de son prochain, son semblable, et reconnaîtra en lui son frère.
Aujourd’hui, devant le Seigneur Jésus, dans cette personne sourde et privée de parole, c’est toute l’humanité pécheresse, prisonnière de la division et de la solitude qui se présente devant son Rédempteur et attend de lui son secours. Et, Notre-Seigneur, le Verbe de Dieu fait chair, va la saisir de ses mains.
Combien elle est touchante cette matérialité de ses gestes ! Afin de briser la surdité de l’homme, la Parole de Dieu devint manifeste et palpable, et avec ses doigts de Créateur, elle ouvre ses oreilles et délie sa langue.
« Effata », dans ce mot que nous avons tous entendu le jour de notre baptême, se déploie les mystères du salut. Dieu vient nous ouvrir, il vient nous libérer de nous-mêmes, de notre ego qui nous réduit en multitude d’individu ; mais en faisant pénétrer en nous la Parole de Vérité et d’Amour, il nous redonne cette ressemblance divine que nous avons perdu en nous détournant de lui, c’est-à-dire, la capacité d’aimer.
C’est, étant inspirés du Verbe divin, que l’amour mutuel se communique dans notre parole qui sort de nos cœurs.
Et aujourd’hui, le Seigneur par sa présence eucharistique va encore s’adresser à chacun de nous : lorsque ce divin corps touchera nos lèvres, qu’il ouvrira aussi nos cœurs ici et maintenant, que nous entendions la voix de nos frères qui crie vers nous depuis tous les horizons.


dimanche 30 août 2015

Homélie du XXIIe dimanche, l'année B, à l'église Saint-Maximin de Thionville

« C’est du dedans, du cœur de l’homme que sortent les pensées perverses, […] tout ce mal vient du dedans et rend l’homme impur » ; en écoutant ces versets, nous pouvons dire qu’aujourd’hui, le Seigneur est bien dur dans son propos à notre égard : pourquoi que c’est du cœur de l’homme que sort le mal, les pensées malicieuses qui l’avilissent ? L’homme est-il intrinsèquement mauvais ?
Cependant, nous savons, par le récit de la Genèse, que l’homme a été bon lors de sa création : Dieu dit – faisons l’homme à notre image et selon notre ressemblance (Gn 1.26), et ayant fait ainsi, Dieu regarde l’œuvre de ses mains, et « cela était très bon » (Gn 1.31).
Conçu par une volonté aimante de Dieu, l’homme fut le chef d’œuvre et couronnement de toute la création. Et comment se fait-il que son cœur devint « compliqué et malade » (Jr 17.9), voire l’origine des souillures ? Sinon, à cause du péché, qui le défigure de l’intérieur ?
Et le péché, qu’est que c’est ? Bien souvent, nous mélangeons le péché et la faute. Le péché peut se traduire en faute, mais ils sont bien deux réalités qui se distinguent. Quelqu’un qui se comporte toujours d’une bonne manière et ne commet jamais de fautes flagrantes peut être intérieurement un misérable pécheur ; mais derrière toutes les fautes que nous pourrions faire, ne se cache pas toujours le péché.
En effet, tout péché est un oubli de Dieu, un oubli volontaire, ou involontaire. Etant créature de Dieu et bénéficiaire de tous ses dons, mais vivre comme si Dieu n’existait pas, voilà le péché qui engendre tous les autres péchés. Le péché, c’est tout ce qui nous sépare de Dieu, et le remède du péché, c’est nous laisser unir à Lui et vivre en sa présence.
« Mon Dieu, si vous êtes partout (présent), comment se fait-il que je sois si souvent ailleurs ? » écrit Madeleine Delbrel. Mais c’est le péché d’Adam qui nous a rendus insensible et aveugle à la présence divine, et tel est notre infirmité la plus profonde. 
Pouvons-nous vraiment vivre sans Dieu ? Serons-nous plus libres en vivant sans lui ? Depuis le siècle des lumières, tant d’élites occidentaux ont tenté de trouver ce chemin qui nous débarrasse de Dieu et nous mène vers une liberté proprement humaine, et certain va jusqu’à déclarer la mort de Dieu. Quel est donc le résultat ? Un historien intellectuellement honnête saurait bien vous le dire, et moi, je ne peux que vous rappeler que Dieu nous est proche, Il ne s’est jamais éloigné de nous, et pour s’unir à nous, il va jusque se faire notre nourriture.
Oui, Dieu nous est proche, il est toujours à notre portée, et il est toujours prêt à nous tendre la main, à nous relever, et il veut effacer toutes les taches qui nous enlaidissent et restaurer en nous son image et sa ressemblance.
Nous savons bien que nous ne sommes pas toujours en mesure de réparer les conséquences de nos fautes commises, mais tout péché, quelque soit sa gravité, peut être pardonné, si du fond de notre cœur, nous nous tournons vers Dieu, et nous nous ouvrons à Lui. Si nous ne voulons pas que notre cœur soit la source de toutes les malices, que Dieu y habite, Lui qui est bon, et qui est à l’origine de toutes bontés.
Ce disant, un vieux souvenir me revient. Il y a 23 ans, un jour, une dame chinoise, une des rares chrétiens que j’ai pu rencontrer en Chine m’a dit : jeune homme, si ton cœur n’est pas la demeure de Dieu, il deviendra le temple de Satan.
Oui, si nous n’avons pas en nos cœurs le Dieu des vivants, son adversaire viendra, et il y sèmera la mort.
Pour terminer, je voudrais vous citer ce vers de Paul Claudel : « En ce 7ième jour que Vous fîtes, Seigneur, quel est Votre repos, si ce n’est dans mon cœur ? »





lundi 24 août 2015

"Dieu s'en va, Dieu se retire de nous, comme il nous laisse à la fois vides et lourds!... Le drame de l'Europe est un drame spirituel, le drame de l'Europe est un drame de l'esprit... Un cadavre est essentiellement, cela va sans dire, une chose inanimée, au sens exact du mot, privée d’âme. Mais ce n’est pas une chose inerte. Le cadavre est au contraire tout frémissant, tout vibrant, tout grouillant de mille combinaisons nouvelles, dont l’absurde diversité se retrace dans les diaprures et les chatoiements de la pourriture. Ces histoires ne sont pourtant pas une histoire. Le cadavre en décomposition ressemble beaucoup – si un cadavre peut ressembler à quelque chose – à un monde où l’économique l’a emporté décidément sur le politique, et qui n’est plus qu’un système d’intérêts antagonistes inconciliables, un équilibre sans cesse détruit dont le point doit être cherché toujours plus bas. Le cadavre est beaucoup plus instable que le vivant, et
si le cadavre pouvait parler, il se vanterait certainement de cette révolution, de cette évolution accélérée qui se traduit par des phénomènes impressionnants, par des écoulements et des gargouillements sans nombre, une fonte générale des tissus dans une égalité parfaite, il ferait honte au vivant de sa relative stabilité, il le traiterait de conservateur." G. Bernanos, La liberté pour quoi faire ?, Genève, septembre 1946

dimanche 26 juillet 2015

Homélie du 26 juillet, XVII dimanche du Temps Ordinaire de l'Année B, à St Clément de Metz

Chers amis, ne trouvez-vous pas qu’il est un peu étrange que Jésus-Christ, Notre-Seigneur a besoin de ces cinq pains et deux poissons pour réaliser ce miracle ? Lui la Parole créatrice de Dieu, et c’est bien par Lui que Dieu le Père a créé toutes choses à partir du néant : Dieu dit, et cela est, c’est ce que nous lisons dans le livre de la Genèse. Mais aujourd'hui, il semble avoir besoin que l’on lui donne quelque chose.
Alors on a trouvé ce gamin qui apporte à lui cinq pains et deux poissons. Qu’est-ce que ces cinq pains et ces deux poissons ? Le très sage saint Augustin y voit un symbolisme : il dit dans son Traité sur l’évangile selon saint Jean que les cinq pains signifient les cinq livre de la Loi, c’est-à-dire la Torah, et les deux poissons, le sacerdoce et la royauté du Christ, Lui qui est à la fois le Grand Prêtre et le Souverain Roi. Saint Augustin a certainement raison.
Mais aujourd’hui, en lisant cette page d’Évangile, spontanément, je suis touché par la figure de ce jeune garçon, qui, à cause de son âge, n’était même pas compté parmi les cinq mille hommes – puisque les femmes et les mineurs, ça ne comptait pas pour les juifs de ce temps ; et, seul devant une telle foule si affamée, il faut vraiment être candide – pour ne pas dire dupe – pour vouloir révéler si facilement ce qu’il avait dans sa bourse. Son geste plus que généreux, me fait penser à cette veuve qui a mis ses deux pièces d’argent dans le trésor du Temple et pour qui le Seigneur a dit qu’elle avait donné plus que tous les autres puisqu’elle a donné tout ce qu’elle avait pour vivre. Et c’est cela, ce geste surprenant de ce jeune garçon, qui a permis à ce grand miracle de se réaliser.
Le vrai miracle, c’est la multiplication, la multiplication d’un petit rien, mais ce petit rien vient de l’homme, et donné avec la simplicité du cœur. Cette multiplication est le fruit de la communion féconde et généreuse de la grâce de Dieu et de la confiance de l’homme.
Cette communion qui existait à l’origine, a été défigurée par le péché. Si Dieu a envoyé son Fils Jésus-Christ dans le monde, c’est pour que, par le don de son Fils, Il renouvelle son engagement envers l’homme, afin que la communion première entre Dieu et l’homme soit rétablie et perfectionnée dans la Nouvelle Alliance, celée par le sang du Christ. Mais l’engagement de Dieu appelle l’engagement de l’homme. Comment l’homme peut-il s’engager dans cette Alliance nouvelle avec Dieu, sinon par sa foi en la Parole de Dieu incarnée dans la personne de son Fils unique ? La foi, c’est tout ce que nous pouvons offrir à Dieu, et elle est figurée bien souvent dans peu de chose : dans les deux pièces d’argent de la veuve, ou dans les cinq pains et les deux poissons de ce jeune garçon.

Etty Hillesum écrit dans son journal le 29 juin 1942 : « C’est à nous de t’aider, mon Dieu, et de défendre jusqu’au bout la demeure qui t’abrite en nous ». Cette petite et humble demeure qui abrite Dieu en nous, c’est notre foi. Laissons-Lui cette place, ce petit rien qu’Il nous demande ; et entretenons cette demeure, c’est-à-dire, vivre en communion avec Dieu en nous appuyant sur sa grâce, et c’est ainsi que nous devenions, nous, ses véritables enfants. Et cela, n’est-il pas aussi miracle de son divin amour ?

samedi 25 juillet 2015

Homélie du 19 juillet, XVIe dimanche du Temps Ordinaire de l'Année B, prononcée à l'église de l'Immaculée Conception de Queuleu

En accueillant ses disciples revenant de leur première mission, Le Seigneur Jésus voulait conduire son petit troupeau – uniquement les sien – vers un endroit désert, à l’écart, et le faire reposer.
Cependant, la foule ne voulait pas le lâcher. À pieds, de toutes les villes, ils coururent, et même ils devancèrent Jésus et ses disciples sur l’autre rive, et ils l’attendirent. Cette foule affamée, cette foule épuisée, cette foule vulnérable et perdue, elle se présentait en ce jour devant Jésus dans toute sa pauvreté, avec son désir ardent, elle semblait vouloir s’imposer à lui, avec foi et insistance, afin qu’il devienne dès maintenant son berger, son Pasteur.
Oui, cette foule semble avoir bien compris la véritable mission de Jésus : il n’est pas venu pour établir quelques-uns, mais Dieu l’a envoyé pour eux et pour tous. En venant vers lui, en le suivant, la foule voulait réveiller en lui cette insondable miséricorde divine, et le pousser à aller plus loin dans sa mission rédemptrice.
N’est-ce pas étonnant de voir que sur cette page d’Évangile, cette foule audacieuse semble être plus lucide que Notre-Seigneur lui-même sur sa propre mission ? Et si cette foule a pu reconnaître en Jésus son Pasteur, n’est-ce pas parce qu’elle en a vraiment besoin ? N’est-ce pas parce que depuis si longtemps elle a souffert de l’abandon, elle a été affligée par la faim et la soif et tourmentée par la peur et l’égarement, et qu’elle attendait un Pasteur, un vrai bon Pasteur, un Pasteur juste et miséricordieux, qui saura prendre soin d’elle, qui va la nourrir par d’herbe fraîche en abondance et la rassasier par la source d’eau vive, et enfin la conduire jusqu’à sa demeure désirée ?
Dans ce désir ardent de la foule, nous pouvons entendre résonner le beau psaume XXIIe que nous venons de chanter : le Seigneur est mon Berger, rien ne saurait me manquer, sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer…
Jusqu’au IVe siècle, berger et brebis, pâturage verdoyant et eaux vives appartenaient à la décoration des baptistères. Et un peu partout dans l’Église à cette époque, les néophytes – c’est-à-dire les nouveaux baptisés, chantaient le Ps XXII quand ils se rendaient du baptistère à la basilique pour y recevoir pour la première fois la très sainte Eucharistie – le pain de la vie et la coupe du salut, le très saint Corps et le très précieux Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Le peuple de Dieu, régénéré par la grâce, éprouve en lui la faim et la soif de Dieu, son unique Pasteur, et le désir de s’y attacher.
La faim et la soif de Dieu, c’est la vitalité du peuple de Dieu, c’est la vitalité de son Église. Nous ne pouvons pas être nourris par Dieu sans que nous soyons habités par cette faim et cette soif. Dieu ne peut pas être le sauveur d’un peuple qui n’a pas besoin de son salut. Dieu ne peut pas habiter un cœur dans lequel il n’est pas attendu. C’est notre désir qui peut hâter les pas de Dieu pour qu’Il vienne à nous. C’est notre désir ardent qui peut faire de nous son peuple, et que sans ce désir, nous redeviendrons des brebis sans berger.
Il y a quelque temps, un représentant de nos frères d’une autre religion a manifesté publiquement son désir de récupérer nos églises désertées pour en faire leurs lieux de culte. Je ne suis pas ici pour commenter cette réclamation. Mais vous le savez comme moi : nos églises ne peuvent être remplies par nos soupirs de regret ou de nostalgie, ni par notre indignation, elles ne peuvent être remplies que par les chrétiens, les chrétiens en chair et en os, les chrétiens qui sont habités par la faim et la soif de Dieu.
Dans quelques instants, le Seigneur notre bon Pasteur viendra vers nous et il va nous nourrir de son propre Corps. Que ici et maintenant le Seigneur ravive en nous notre faim notre soif, et notre désir de nous unir à Lui.



lundi 25 mai 2015

Homélie de la Pentecote 2015


Le Seigneur nous dit aujourd'hui : « L'Esprit de vérité vous conduira dans la vérité tout entière ».

L'Esprit de Dieu, l'Esprit qui procède du Père et du Fils, l'Esprit comme don que le Seigneur nous envoie d'auprès du Père, est l'Esprit de Vérité.

Mais qu'est-ce que la Vérité ? Cette question a été posée à Jésus par Ponce Pilate, lors du procès du Christ. Lorsque Jésus lui dit : « Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix » ; Pilate lui demanda alors : « Quid est veritas – qu'est ce que la vérité ? » (Jn 18, 27-38)

« Qu'est ce que la vérité ? » Nous pouvons très bien rester indifférents à cette question. En effet, si nous ne nous interrogeons pas sur notre vie, sur le sens de notre existence, cette question a pour nous peu d'importance. Comme Ponce Pilate, qui, en posant cette question, n'attendait aucune réponse, il ne s'y intéressait pas. 

Et nous, sommes-nous intéressés par la Vérité ? Cherchons-nous à savoir ce qu'est la vérité ? Si vous avez fait un peu de grec, vous savez que le mot « vérité » vient du mot « alétheia », qui signifie le contraire de « l'oubli » ou le contraire de ce qui « est caché ». En effet, « Léthé », la seconde partie d'« alétheia », est, dans la mythologie grecque, le fleuve où les âmes y buvant après leur mort, perdent le contact avec ce qu'elles étaient – leurs mémoires s'effacent dans ce fleuve. Si la vérité est le contraire de « ce qui est caché dans l'oubli », elle est donc en quelque sorte un « dévoilement ». Nous pouvons dire que par la vérité, nous nous souvenons de « qui nous sommes réellement », de ce « moi » profond qui, bien souvent, est caché par le brouillard du quotidien, et défiguré par de diverses artifices.

« Qui sommes-nous réellement » ? C'est seulement lorsque nous réussissons à répondre à cette question, que notre existence peut prendre un sens, et devenir vraiment « vie » ; et elle se développe, et tend vers son achèvement. Mais la réponse de notre question ne se trouve qu'en Dieu, qui, comme affirme le symbole de la foi, est notre Créateur et le Créateur de toutes choses. Dieu seul est vérité, puisqu'il est l'origine de toutes existences et en qui toutes réalités se reposent.

Cependant, que pouvons-nous savoir de Dieu, s'il ne se donne pas à nous ? Mais nous savons que pour nous, Dieu, la Vérité suprême, s'est fait chair. Par l'incarnation du Verbe, la Vérité a reçu désormais un visage,  un visage humain. Et ce visage est pour nous un miroir, un miroir qui reflète ce que nous sommes en vérité : la noblesse de notre origine, la grandeur de notre destinée. Ce miroir est le visage du Fils de Dieu qui nous révèle que nous sommes, nous aussi, enfants de Dieu.

Étant retourné auprès du Père, Notre-Seigneur n'est plus présent à nous comme il l'était autrefois auprès des Apôtres ; mais nous ne l'avons pas perdu, puisqu'il nous envoie aujourd'hui son Esprit : l'Esprit de Vérité, qui nous révèle la présence de Notre-Seigneur qui persiste dans notre monde : sa présence dans la sainte Écriture, sa présence dans notre prière, sa présence dans le sacrifice de l'autel, sa présence dans notre prochain. Mais bien plus, l'Esprit de Vérité nous « conduira dans la vérité tout entière ». C'est en accueillant son Esprit que nous pouvons entrer dans le Christ, et devenir Un avec Lui : nous deviendrons « fils » dans le Fils, en Esprit et en Vérité.

Oui, mesurons le don que Dieu veut nous remettre aujourd'hui, c'est don de son amour en plénitude. Amen.

 

jeudi 14 mai 2015

Homélie de la solennité de l'Ascension du Seigneur (14 mai 2015 - l'Année B)

Devant ses disciples, le Seigneur Jésus est monté au Ciel. « Que veut dire : Il est monté ? – écrit Apôtre saint Paul – cela veut dire qu'il était d'abord descendu dans les régions inférieures de la terre. Et celui qui était descendu est le même qui est monté au-dessus de tous les cieux pour remplir l'univers ». (Ep IV)
Jésus-Christ Notre-Seigneur, le Fils unique de Dieu, le Verbe divin, avant son retour auprès du Père, il est d'abord descendu du Ciel. Cette descente du Fils de Dieu est mentionnée dans notre profession de foi ; dans le Symbole de Nicée-Constantinople : « Pour nous les hommes et pour notre salut, il est descendu du Ciel ; par l'Esprit-Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s'est fait chair ». Dieu s'abaisse pour devenir « l'un parmi nous » – le Dieu-Emmanuel, et pour nous relever et nous redonner la dignité de l'enfant de Dieu – la dignité que nous avons perdu à cause du péché.
Et nous savons que l'abaissement du Christ Jésus s'est accompli sur la Croix. Dans son Épître aux Philippiens, saint Paul nous a livré ce magnifique hymne christologique qui résume tous les mystères du Christ : « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, [...], il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : ''Jésus Christ est Seigneur'' à la gloire de Dieu le Père ».
De son humble abaissement à sa glorieuse exaltation, de la fête de Noël à la fête de l'Ascension, se dessine devant nous le chemin tracé par Notre-Seigneur, balisé par ses paroles vivifiantes et ses œuvres rédemptrices. Ce chemin, chers frères et sœurs, devrait aussi être le nôtre : puisque le Christ est notre chemin, comme il est notre unique vérité et la plénitude de notre vie ; il nous invite à arpenter ce chemin qu'il a aplani pour nous – ce chemin qui commence par l'abaissement, et s'achève dans l'élévation.
« Abaissez-vous devant le Seigneur, et il vous élèvera » (Jc 4,10), nous dit l'Apôtre saint Jacques. Mais quel abaissement – sinon l'humilité de reconnaître en Dieu notre Créateur, l'unique tout-puissant et notre sauveur infiniment miséricordieux, et reconnaître en nous la créature infime et blessée, mais qui est appelé à redevenir enfant de Dieu ?
C'est en ayant un cœur d'enfant, un cœur rempli d'affection filial et d'obéissance que nous devenions vraiment enfant de Dieu ; c'est en quittant notre « grandeur » artificielle et illusoire et en acceptant notre réelle petitesse que nous pouvons pénétrer dans l'amour paternel de Dieu qui nous élève et nous fera grandir. « mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère », chante le psalmiste dans psaume 130e. Et sur ces mots, on peut aussi percevoir la petite voie de sainte Thérèse : son ascenseur spirituel qui l'a élèvé directement jusqu'au Ciel, et c'est cela « la porte étroite ».

Mais l'exemple suprême de l'humilité filiale n'est-ce pas celui de Notre-Seigneur ? Lui le petit enfant de Bethléem, couché dans la mangeoire, lui le roi humilié que l'on a exposé sur le bois de supplice, lui le mendiant d'amour qui se tient à notre porte froidement fermée : connaissons-nous une humilité encore plus grande que celle de Notre-Seigneur et Notre Dieu ?
Et aujourd'hui, le Seigneur s'abaisse encore, pour venir à nous sous un aspect encore plus humble, sous un morceau de pain : « Voici, chaque jour, Il s'humilie comme lorsque des trônes royaux, il vint dans le ventre de la Vierge ; chaque jour, il vient lui-même à nous sous une humble apparence ; chaque jour, il descend du sein du Père sur l'autel dans les mains du prêtre. » (Admonitiones I, 16-18) Ces mots de saint François d'Assise nous disent ce qu'est vraiment la très sainte Eucharistie.
Oui, Notre-Seigneur s'abaisse pour venir jusqu'à nous, et nous, osons-nous nous abaisser nous aussi, afin d'être élevés par Lui et de nous unir à Lui ?

Puisse le Christ eucharistique, par son amour divinement humble, fasse naître en nous la même humilité. Amen.

dimanche 12 avril 2015

Homélie du 12 avril 2015, Dimanche de la Miséricorde

Après avoir écouté ce passage de l'évangile selon saint Jean bien connu, mesurons-nous l'humilité surprenante de Notre-Seigneur ?
« Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! » L'Apôtre Thomas refusa ainsi de croire le témoignage de ses collègues.
Le refus de Thomas provient d'une attitude parfaitement humaine, une attitude que l'on peut même qualifier de « scientifique ». Pour l'homme, ceux qui ne peuvent être abordé, vérifié, analysé par ses sensibilités, n'offrent pas non plus de sens intelligibles, et ne sont donc pas crédibles. Cette attitude est une attitude juste et honorable à l'intérieur des sciences de nature.
Or, les réalités de Dieu s'échappent aux sciences à la mesure de l'homme. La résurrection de Jésus-Christ n'est pas une réalité qui puisse être saisie par les sensibilités humaines ni par son entendement.
Devant les limites de l'homme, devant sa misérable petitesse, Notre-Seigneur, le Ressuscité, il ne s'en moque pas. Encore une fois, il s'abaisse. Il s'adresse à son disciple incrédule, non pour le reprocher, mais pour s'offrir à lui : tu veux voir mes plaies ? Tu veux les toucher ? Me voici, regarde-moi, avance ta main...
Si aujourd'hui, le premier dimanche après Pâques, nous célébrons la miséricorde de Dieu, sachons bien que dans cette miséricorde divine il n'y a rien de condescendent à notre égard. Dieu nous dit sa miséricorde dans son humilité. C'est par cette inconcevable humilité que son Verbe, le Verbe de Vie, le Verbe en qui se révèlent tous les mystères du Ciel, s'est fait chair de notre chair : Le Verbe s'est chair, et il a demeuré parmi nous, afin que nos yeux puissent le contempler, et que nos mains puissent le toucher, et que, malgré notre pauvreté et l'obstacle de nos péchés, nous ayons l'accès aux mystères de Dieu et à la vie divine.
Et cette humilité de Dieu a fait l'écho dans le cœur de son disciple. Si, l'Apôtre Thomas incarne, en quelque sorte, l'incrédulité de l'homme, il est non moins le modèle de la conversion. C'est dans sa bouche que nous avons entendu cette incomparable profession de foi : « Mon Seigneur et mon Dieu ». C'est le sommet de toutes les professions de foi des quatre évangiles. Et c'est la seul profession de foi qui attribue à Jésus-Christ le titre de « Dieu ».
Le Ressuscité, celui qui s'est relevé d'entre les morts, est notre Dieu. Ce n'est pas la marque des clous qui a révélé à Thomas ceci, mais c'est son cœur qui s'est ouvert à l'amour infiniment grand et infiniment humble du Dieu vivant.
Notre-Seigneur, en se faisant humble, a pu obtenir l’ouverture du cœur de l'Apôtre Thomas. Aujourd'hui, il s'adresse à nous, sous un aspect encore plus humble – il s'adresse à nous sous le voile de l'Eucharistie. Dans la très sainte Eucharistie, le Seigneur s'offre à chacun de nous, non seulement il nous laisse le contempler, il nous laisse le toucher, et bien plus, par la sainte Communion, il veut devenir une partie de nous-mêmes.
Le Pape saint Pie X, une très grande figure de sainteté du XXe siècle, a donné ce conseil admirablement judicieux à tous les fidèles catholiques : à chaque Messe, lors de l'élévation des saintes espèces, en les adorant, nous pouvons dire à voix basse ou simplement dire dans nos cœurs la profession de foi de l’Apôtre Thomas : « mon Seigneur et mon Dieu ». Puisque c'est vraiment Notre-Seigneur et notre Dieu qui, du haut des cieux, s'abaisse jusqu'à nous, et il veut se donner à nous dans ce petit morceau de pain si banal, il veut s'unir à nous d'une façon aussi humble et pauvre, afin que nous puissions, nous aussi, avoir part à son amour, à son salut.



dimanche 15 mars 2015

Homélie du 15 mars 2015, IVe dimanche de Carême (l'église St Rémi de Rombas)

Depuis son entrée en Église, notre communauté de paroisses accompagne Rose vers son baptême. Dimanche dernier, avec elle, nous avons assisté la rencontre du Seigneur avec la femme samaritaine, le Seigneur nous a invité à recevoir le don de Dieu, l'eau vive qui deviendra en nous la source de la vie éternelle : c'est le don qui nous est donné par le baptême. Aujourd'hui, ce 4e dimanche de Carême, nous poursuivons ce chemin avec Rose en recevant cette Parole révélatrice du Seigneur : « Je suis la lumière du monde ».
Revenons sur l’Évangile que nous venons d'entendre. C'est un récit qui nous surprend dès le début. En voyant l'aveugle-né, les disciples demandèrent au Maître : « Rabbi, qui a péché ? » Un homme privé de vue et de lumière dès sa naissance, c'est mal, c'est inadmissible, c'est un scandale. Comment est-il possible un tel malheur ? Il faut donc qu'il y ait un coupable en qui nous pouvons charger toute la responsabilité, afin que ce scandale impossible devienne concevable.
C'est la logique humaine. Mais le mal n'a pas d'autre nom que le mot « mal », et il n'a pas de logique, il n'a pas de pourquoi, et surtout il n'a pas de visage, il ne peut pas être personnifié, sinon dans la personne du Diable.
Vouloir expliquer le mal c'est vouloir donner « raison » au mal, c'est vouloir le justifier, le relativiser, le banaliser, afin de pouvoir l'ignorer et l'oublier. Une fois le mal est masqué par le visage d'un coupable, il devient dérisoire et négligeable, et même parfois tolérable : quel coupable n'est pas en même temps victime ? Et de qui est-il victime ?
C'est ainsi que le mal continue son œuvre, alors que nous nous contentons du confort de notre bon sentiment et bon sens médiocre.
Mais aujourd'hui, le Seigneur vient nous secouer : non il n'y a pas de coupable dans ce malheur : ni lui ni ses parents n'en sont responsables. Mais Dieu, le Créateur de tout bien, sera glorifié en supprimant ce malheur, en restaurant le bien, ici et maintenant.
Le Seigneur Jésus nous révèle ainsi une autre attitude vis-à-vis du mal : au lieu de vouloir expliquer le mal, nous pouvons lutter. Que la lumière du Bien perce les ténèbres du mal, et qu'elle triomphe.
Mais là, il y a une autre question qui s'impose : lutter contre le mal, c'est courageux ; mais comment ? Le Seigneur Jésus est le Fils de Dieu, il est capable de faire un miracle en guérissant l'aveugle-né, mais nous, que pouvons-nous faire devant tant de maux écrasants qui semblent infiniment plus puissants que nous ?
Certes, nous ne savons pas faire de miracles. Cependant, si le Seigneur a affirmé aujourd'hui que : « Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde », il nous a dit aussi, dans son sermon sur la montagne, que : « vous êtes la lumière du monde ». En effet, depuis la Pentecôte, c'est à nous, chrétiens, de faire rayonner la lumière du Christ dans le monde, et c'est l’Église qui est dorénavant « Lumen Gentium », la présence rayonnante et lumineuse du Christ devant toutes les nations. Si nous voulons que la lumière vainque les ténèbres, soyons nous-mêmes la lumière – et comment, Sinon, que chacun de nous devienne un membre du Christ Notre-Seigneur et que tous nous devenions un avec Lui ? Et l'Apôtre Paul ne nous a pas dit que : nous sommes le Corps du Christ, et chacun de nous est un membre de ce Corps ? En effet, de par le baptême, ensemble nous devenons déjà un avec Jésus-Christ, en devenant membres de son Corps. Et ce corps porte un nom, il s'appelle : « Église ».
Mais ce « devenir » n'a pas été fait une fois pour toutes, c'est par chacun de nos actes, par chacune de nos paroles, par toute notre vie que nous devenons membres du Christ.
C'est en soignant les blessures que nous devenons les mains du Christ ; c'est en consolant les déprimés, que nous devons les lèvres du Christ ; c'est en allant vers les isolés, les délaissés que nous devenons les pieds et le regard du Christ. Certes que personne entre nous ne sait effectuer un miracle, mais le miracle adviendra, lorsque nous deviendrons vraiment son Corps, son Église.

Rose, le jour de ton baptême, tu deviendras toi aussi un membre de l’Église, un membre du Corps du Christ, sois fière ! Demeure toujours un membre vivant. Et surtout, fais sentir ta joie, ta fraîcheur, ta vivacité à ce corps qui semble bien souvent las et fatigué ! Bon courage !

jeudi 12 mars 2015

Homélie du 13 mars 2015, prononcée au Grand Séminaire de Lorraine


Dans la première lecture, le Prophète Osée nous a fait cette invitation : « Revenez au Seigneur en lui présentant ces paroles : enlève toutes les fautes, et accepte ce qui est bon ».

Ayant « un cœur compliqué et malade », comme dit Jérémie, un autre grand prophète, nous pouvons légitimement nous demander : mais qu'est-ce qu'il peut y avoir de bon en nous ?

Souvenons-nous que dans le récit des six jours de la création, à chaque soir, Dieu regarde ce qu'il a œuvré dans la journée, il s'en réjouit : il voit tout ce qu'il a fait était bon, voire très bon. Et parmi les œuvres de Dieu, il y a l’homme. L'homme fut donc parfaitement bon aux yeux de Dieu – dans son état d'origine, dans son innocence, lorsqu'il fut encore le pur reflet de l'image de Dieu, selon sa ressemblance.

Et aujourd'hui, nous demandons à Dieu d'enlever d'abord toutes nos fautes – qu'est-ce que ces fautes ? Sinon ceux qui avilissent en nous la bonté d'origine, ceux qui entachent notre innocence, ceux qui déforment notre ressemblance à l'image de Dieu ?

Avilis, entachés, défigurés, dans notre misérable nudité nous nous adressons à Dieu, Notre-Seigneur, Celui qui nous dit : « Si vos péchés sont comme l’écarlate, ils deviendront aussi blancs que neige. S’ils sont rouges comme le vermillon, ils deviendront comme de la laine ». Le Dieu qui nous a créés bon, est aussi capable de nous récréer, en restaurant en nous la bonté et la pureté première, en nous redonnant la ressemblance selon son propre image.

Oui, demander à Dieu le pardon, demander lui l'effacement de la souillure de nos péché, c'est demander à Dieu une création nouvelle, c'est demander à Dieu de nous transformer en créatures nouvelles ; cette demande elle est déjà un acte de foi, un acte d'espérance et un acte d'amour ; et elle est aussi, selon le Prophète Osée, le sacrifice que nous offrons au Seigneur : « Au lieu de taureaux, nous t’offrons en sacrifice les paroles de nos lèvres ».

Est-il vrai que les paroles de nos lèvres, c’est-à-dire nos prières, peuvent être offertes à Dieu en sacrifice ? Et qu'est-ce que le sacrifice ?

Devant nous, chers frères, il y a la Croix, sur laquelle est exposé le Christ crucifié, c'est ce que l'on appelle – l'unique sacrifice de la nouvelle Alliance : l'unique sacrifice qui est digne de Dieu, c'est le Christ en Croix. Mais le Christ, n'est-il pas le Verbe divin, la Parole de Dieu par laquelle Dieu a créé toute chose ? Et ce Verbe, chargé de la plénitude de l’amour et de la volonté de Dieu, il a pris chair de notre chair, et il a demeuré parmi nous. Le Christ, il est l'expression pleine et entière de l'amour de Dieu notre Créateur et notre Père, et cette expression, nous le voyons, elle n'est pas simplement une expression verbale, elle est charnelle ; en se faisant chair, la Parole sortie de la bouche de Dieu devint l’unique sacrifice, authentique et efficace, offert pour le rachat du monde. Et cette Parole faite chair, elle continue à nous parler, elle continue à se faire entendre, sur la Croix, dans les Saintes Écritures et dans la sainte Eucharistie.

Et nous, pouvons-nous offrir à Dieu en sacrifice les paroles de nos lèvres sans qu'elles se fassent chair ? Et l’apôtre saint Paul, ne nous a-t-il pas dit dans son Épitre aux romains que : « Je vous exhorte, frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps – votre personne tout entière –, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu : et c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte ».

Chers frère, offrons à Dieu les paroles de nos lèvres, mais que notre personne et tout ce que nous sommes y soient engagés et offerts, alors nous pouvons dire au Seigneur que tel est notre sacrifice.

Et qu’en recevant le sacrifice de nos prières, le Seigneur nous prenne entre ses mains, ainsi, il pourra effacer nos souillures, soigner nos blessures, et nous transformer, nous renouveler.

Amen.